Certains problèmes sont beaucoup plus faciles à résoudre que d'autres.
Certaines méthodes sont beaucoup plus efficaces pour résoudre un problème donné.Lucius Caviola & Stefan Schubert - Chercheurs en efficacité philanthropique
Chez Mieux Donner, notre mission est de veiller à ce que chacun de vos don ait le plus grand impact possible. Cette page sur notre méthodologie décrit le processus que nous utilisons pour identifier et recommander les meilleurs opportunités de don. Nous tenons à ce qu’il soit rigoureux et fondé sur des données probantes. Notre approche est fondée sur les recherches scientifiques, les considérations éthiques et les résultats mesurables. Cela nous permet d’identifier les organisations qui apportent les solutions les plus efficaces aux défis mondiaux les plus pressants.
Nous pensons qu’adopter une approche systématique et transparente est essentiel pour instaurer la confiance et garantir l’impact des dons caritatifs. En partageant notre méthodologie, nous voulons vous garantir que vos contributions sont dirigées vers des initiatives qui font vraiment la différence.
Notre époque est marquée par de très nombreux problèmes pressants. Et pour peu qu’on choisisse un problème, le nombre d’organisations auxquelles nous pouvons diriger nos dons peut paraître étourdissant. Face à cette ampleur, il peut être tentant de lever les bras aux ciels, et de simplement donner à la première association que l’on croise.
Mais peut-on faire mieux ? En nous appuyant sur des mesures concrètes, notre conclusion est que votre don peut souvent obtenir un impact 100 fois supérieur en donnant aux meilleures interventions. L’objectif de cette page est de vous expliquer comment nous parvenons à cette conclusion, et par quels moyens.
Notre souci d’efficacité peut surprendre ou détonner par rapport aux autres « techniques » qui sous-tendent le choix des dons d’autres personnes. Nous expliquons ici quelques unes de ces habitudes et pourquoi elles ne nous convainquent pas.
Reconnaître ses émotions est un bonne chose, mais les émotions elles-mêmes ne garantissent pas un impact positif sur le monde. Certaines actions qui paraissent sympathiques peuvent être, en réalité, inutiles voire nocives. La réalité du terrain sur lequel se trouvent les bénéficiaires est complexe, et il est difficile de garantir le résultat d’une intervention si elle n’est pas suivie et évaluée.
Un exemple de ce type est PlayPump. Cette initiative suggérait de remplacer les pompes à eau de populations pauvres en Afrique subsaharienne par des tourniquets : l’idée était que les enfants puiseraient de l’eau en s’amusant. L’idée a beaucoup plu au grand public. Mais le résultat obtenu était à l’opposé : le tourniquet, trop dur à pousser, n’attirait pas les enfants, et les femmes qui s’en chargeaient se retrouvaient à devoir pousser le tourniquet à la main, ce qui est moins efficace qu’une pompe à eau classique, et humiliant.
Certaines associations considèrent le fait de ne pas retenir de frais de fonctionnement comme un gage de qualité. Si la transparence est une qualité importante, il n’en demeure pas moins que le résultat à considérer pour orienter ses dons est l’impact final. Si avoir plus d’employés mieux payés permet de sauver plus de vies par euro dépensé, avoir davantage de frais de fonctionnement peut être un excellent choix. Certaines tâches très impactantes dans le changement climatique, par exemple, nécessitent des spécialistes qui y dédient leur carrière.
Les associations diffèrent beaucoup sur ce qu’elles considèrent comme leur impact. Certaines associations vont beaucoup mettre en avant des résultats intermédiaires : le nombre d’interventions menées, ou des photos de ces interventions. Certaines associations sélectionnent, consciemment ou non, des informations qui les tournent à leur avantage. Identifier l’impact d’une association nécessite des outils précis et des évaluations indépendantes.
Certaines personnes considèrent que la loi de la concurrence s’applique également aux actions caritatives. Les associations les plus performantes, si elles sont sujettes à nos libres choix, devraient naturellement obtenir plus de don, en l’emportant sur la concurrence.
Cependant, il est important de garder en tête que pour des transactions classiques, le consommateur obtient le service pour lequel il paye. Pour les associations, le service est délivré à un bénéficiaire différent, et ne voit donc pas sa popularité réajustée en fonction du bénéfice réel qu’il lui fournit.
Une association peut continuer à exister aussi longtemps qu'elle trouve des financements, peu importe qu'elle aide les autres ou non.
La proximité est un critère intuitif pour se soucier des autres -il est logique de se préoccuper de ses proches ou de ses amis, et normal de se soucier de la qualité d’un service dans un pays où l’on ne vit pas, où la culture est différente.
En revanche, en raison des différences de pouvoir d’achat, votre don peut avoir beaucoup plus d’impact dans des pays pauvres distants des pays du Nord. De manière générale, l’endroit où vous pouvez avoir le plus d’impact ne correspond pas forcément à l’endroit où vous vivez. Ce n’est bien entendu par une raison pour négliger la qualité de l’aide délivrée à l’étranger.
Pour identifier les opportunités de don à plus haut impact, nous nous appuyons sur des évaluateurs :
Ces évaluateurs suivent tous un processus de sélection des associations. Nous allons expliquer ce processus.
Nos évaluateurs distinguent entre Problèmes, Interventions et Associations.
Un problème est, en première approximation, un état du monde qui est jugé comme mauvais -par exemple du fait qu’il génère de la souffrance évitable. Dans le thème “santé mondiale”, on peut trouver des problèmes comme le paludisme, la tuberculose, l’exposition au plomb, le SIDA, le trachome, etc.
Une intervention, en revanche, est une action réalisée pour résoudre ce problème. Pour un seul problème donné, comme le paludisme, il existe de nombreuses interventions : distribuer des moustiquaires contre le paludisme, distribuer des traitements préventifs, vacciner la population, sensibiliser et éduquer la population…
Une association, enfin, est un groupe de personnes qui a parfois plusieurs activités. Certaines d’entre elles se concentrent sur les problèmes que nous essayons de résoudre. Elles peuvent se spécialiser sur une seule intervention ou en déployer plusieurs.
Chaque problème peut être amélioré par plusieurs interventions. Chaque intervention peut être réalisée par plusieurs associations.
Le processus de sélection employé par nos évaluateurs est le suivant :
Dans la suite de cet article, nous vous expliquons ce processus de sélection.
Une part significative de l’impact dépend de la cause traitée -bien-être animal, changement climatique ou stabilité géopolitique, par exemple. Nos évaluateurs s’appuient sur les critères suivants :
L’ampleur fait référence aux nombres d’individus touchés. Par exemple, « lutter contre le paludisme » concerne un problème majeur, avec plus de 200 millions de malades dans le monde et des centaines de milliers de décès chaque année. En revanche, « agir pour les animaux domestiques » ne touche pas un problème d’une grande ampleur. Il y a relativement peu d’animaux domestiques, et la majorité sont correctement traités, bien qu’il existe des exceptions
Le potentiel d’amélioration dépend des solutions existantes. Pour le paludisme, il y a un fort potentiel d’amélioration grâce à des solutions efficaces telles que les vaccins, les traitements préventifs et les moustiquaires imprégnées d’insecticides. En revanche, il n’existe pas de solution fiable bien identifiée pour l’amélioration du chômage ou de la crise du logement.
Le caractère négligé dépend des ressources -en personnel, en temps ou en argent- déjà dédiées à un problème. Imaginons un pays où beaucoup de personnes manquent d’une ressource essentielle, comme des filtres à eau ou de la vitamine A. Au début, apporter cette ressource serait très positif, car les distributions dans les grandes villes toucheraient de nombreuses personnes à moindre coût. Cependant, à mesure que l’on cherche à atteindre des zones plus reculées, les coûts augmentent. Finalement, lorsque toute la population est couverte, injecter davantage de fonds n’a plus d’impact. Si la distribution de filtres à eau n’est pas négligée, y contribuer a moins d’impact que si personne ne s’en occupe.
En suivant ces trois critères, nous pouvons déjà nous concentrer sur des problèmes prioritaires et prometteurs.
Une fois les problèmes cibles identifiés, nous pouvons lister et comparer les interventions qui visent à les résoudre.
Les associations caritatives mettent en œuvre un grand nombre d’interventions différentes. A titre d’exemple, quelques interventions (pas forcément toutes efficaces) sont représentées dans le portfolio ci-dessous.
Souvent, la majeure partie de l’impact d’une association dépend principalement des interventions qu’elle choisit. C’est pourquoi de nombreux évaluateurs commencent par analyser ces moyens avant de se concentrer sur les associations qui les mettent en œuvre efficacement.
Voici les outils employés par nos évaluateurs pour prioriser les interventions :
Impact final : il s’agit de l’impact qu’on vise ultimement. Par exemple, l’impact « donner un traitement à 100 personnes malades » est un impact intermédiaire ; ce qu’on vise réellement, c’est sauver des vies. Un autre exemple d’impact final pourrait être « éviter 10 heures de souffrance aiguë à un être
sensible ».
Nous admettons parfois des exceptions : pour le réchauffement climatique, comme il est quasiment impossible d’évaluer l’impact des actions en termes de souffrances et de morts, l’impact intermédiaire
« éviter l’émission de X mégatonnes de CO2éq » est utilisé.
Une unité courante, bien qu’imparfaite, pour ce faire, est le Quality-Adjusted Life Year, ou QALY. On obtient les QALY gagnés en prévenant une mort en comptant le nombre d’années de vies en bonne santé qui auraient été perdues autrement. On peut également associer des QALY à des maladies en interrogeant des personnes combien de temps de vie elles seraient théoriquement prêtes à sacrifier pour revenir au meilleur état de santé, si elles avaient cette maladie. Il existe d’autres unités de ce type, comme le DALY (Disability-Adjusted Life Year).
Les impacts des interventions à évaluer peuvent parfois être de nature très différentes.
Par exemple, une intervention peut sauver la vie des populations différentes :
Les évaluateurs utilisent des « poids moraux » pour comparer les impacts en quantifiant leur désirabilité relative, par exemple en jugeant qu’il est deux fois plus souhaitable de sauver un enfant de 5 ans qu’une personne de 70 ans. Cependant, ces poids dépendent de préférences personnelles et ne peuvent être déterminés scientifiquement. GiveWell combine diverses approches, notamment des enquêtes auprès de donateurs et des populations aidées, pour surmonter cette limite. Plus de détails sont disponibles via ce lien.
Sur les questions de santé, la pauvreté, du soutien aux minorités, de la réduction de la souffrance ou du soutien à l’épanouissement, il existe des unités de mesure standardisées, notamment les « WELLBY » (années de bien-être ajustées) qui traduisent efficacement l’impact de ces interventions sur le bien-être humain. Sans viser la perfection, l’utilisation de ces unités reste accessible et apporte une clarté utile pour comparer et prioriser les actions.
Le rapport coût-efficacité est une métrique clé : il s’agit de l’investissement nécessaire pour réaliser un objectif, comme « sauver une vie » ou « éviter 100 heures de souffrance animale ». Pour obtenir ces données, les évaluateurs analysent de manière détaillée toutes les étapes menant à l’impact final, en s’appuyant sur des études scientifiques. Un exemple d’analyse de GiveWell sur la distribution de suppléments en vitamine A est disponible ici.
A cette étape, on peut par exemple identifier qu’une intervention apporte 10 QALYs par millier d’euros dépensés.
Il est important de noter que la distribution du coût-efficacité n’est pas uniforme à travers les interventions. De nombreuses études ont été faites à ce sujet [1]. Si on range les interventions selon l’efficacité par rapport au coût, avec la moins efficace à gauche et la plus efficace à droite, on obtient cette courbe :
C’est ce que l’on appelle une distribution à queue épaisse : les interventions les plus efficaces sont beaucoup plus efficaces que les interventions les moins efficaces (en l’occurrence, en fonction du problème traité par l’intervention, l’efficacité de la meilleure intervention varie entre 20 fois et 100 fois plus).
Ici, le constat est flagrant pour les interventions en santé mondiale. Mais il vaut aussi pour de nombreux autres domaines, comme par exemple les émissions de gaz à effet de serre ou l’éducation dans les pays pauvres [2].
Il s’agit de mesurer l’impact en comparant ce qui advient si l’intervention a lieu à ce qui advient si l’intervention n’a pas lieu.
Pour illustrer cette notion, imaginons que notre moyen d’action soit de mettre en place un nouveau centre de soin contre une maladie. Ce nouveau centre de soin permettra de soigner 25 malades.
Si les statistiques de la maladie indiquent que 60 % des personnes traitées s’en sortent, on pourrait calculer sans trop réfléchir que l’intervention permettra de sauver 15 des 25 vies -sur cette image, les vies perdues sont en rouge, et les vies sauvées en noir.
Mais c’est oublier de comparer avec l’absence de traitement ! Dans notre cas, 10 personnes (40%) s’en sortent même sans traitement.
En comparant les deux scénarios, on se rend compte que l’impact réel du traitement est de sauver la vie de 5 personnes (en bleu), soit seulement 20%.
Mais rappelons-nous que nous cherchons à mesurer l’impact du centre de traitement. En effet, dans la réalité, l’alternative n’est généralement pas l’absence de traitement, mais plutôt l’existence d’un moyen d’action alternatif. Dans notre cas, il faudrait prendre en compte le fait que certaines personnes traitées grâce à notre centre auraient pu avoir accès à un traitement par un autre moyen (par exemple, en se rendant à un centre de soin déjà existant).
Si 15 des personnes que nous traiteront (60%) n’auront aucune autre option de soin, l’impact final contrefactuel ne sera en définitive que de 3 personnes.
Le calcul du rapport coût-efficacité contrefactuel peut parfois être entaché d’incertitudes importantes, notamment lorsqu’un sujet est mal documenté dans la littérature scientifique. Dans ce contexte, les évaluateurs prennent en compte l’incertitude dans leurs évaluations, souvent en prenant les nombres les plus pessimistes. Ces nombres sont soutenus par des preuves solides, telles que des méta-analyses, des études mesurant la fiabilité de nombreuses autres études.
Cette approche rigoureuse peut parfois conduire à écarter des interventions potentiellement très efficaces, mais jugées trop incertaines. Toutefois, ces moyens sont suivis de près et réévalués si de nouvelles données viennent réduire les incertitudes.
Tous ces différents outils nous permettent de nous concentrer sur les interventions les plus prometteuses.
Jusqu’ici, nous avons parlé de l’évaluation des interventions. Comme expliqué précédemment, une fois les interventions les plus efficaces identifiées, une analyse des associations caritatives les mettant en œuvre est effectuée. Les critères d’évaluation des associations sont les mêmes que ceux utilisés pour les interventions, à l’exception d’un critère supplémentaire : la transparence.
La transparence est cruciale pour assurer la confiance envers les associations et pour réaliser un calcul du rapport coût-efficacité le plus précis possible. Cela inclut :
Au final, nous obtenons une sélection restreinte d'associations garantissant un fort impact à vos dons.
Nous avons expliqué comment les problèmes sont priorisés, comment les interventions sont priorisées, et enfin comment les associations qui mettent en œuvre ces interventions sont priorisées.
Ce processus est régulièrement suivi par nos cinq évaluateurs, et est régulièrement mis à jour. Si vous désirez avoir le détail de chaque méthodologie, nous vous invitons à vous référer aux pages de chaque évaluateur :
Tous nos évaluateurs sont indépendants, aussi bien vis-à-vis de Mieux Donner que des associations qu’ils recommandent.
Il est important de noter que certains évaluateurs se concentrent sur un domaine en particulier -par exemple, Giving Green se concentre sur le changement climatique, tandis que Animal Charity Evaluator se concentre sur le bien-être animal.
Enfin, nous ne mettons pas tous nos évaluateurs au même niveau. Certains d’entre eux ont des processus de décision très clairs et mettent tous les éléments de leur analyse à notre disposition, et par conséquent leurs recommandations portent plus de poids pour nous. Nous lisons leurs recommandations et échangeons sur les choix qui nous semblent les plus stratégiques. Nous suivons également les recherches de Giving What We Can sur ces évaluateurs au sujet de la fiabilité de leur processus de sélection.
Nous nous appuyons sur des organismes dont le processus d’évaluation est rigoureux : il consiste à comparer, entre différents problèmes, le nombre de personnes touchées, son potentiel d’amélioration, et le manque de ressources propre à ce problème. Pour résoudre un problème précis, de nombreuses interventions sont disponibles. Nos évaluateurs se fondent sur l’impact final et contrefactuel, évalué en prenant en compte le coût-efficacité et la robustesse des études scientifiques. Nos évaluateurs évaluent ensuite les associations les plus à même de réaliser ces interventions, en exigeant un haut niveau de transparence.
Il est tentant d’imaginer que nous ne pouvons rien faire face aux défis de notre époque. Mais la rigueur de nos évaluateurs permet d’identifier les problèmes où nous pouvons aider le plus possible avec nos contributions. Ils permettent de nous rendre compte de ce que nous pouvons réaliser. Alors quitte à faire une différence, autant faire la plus grande possible. Vous pouvez soutenir ces interventions dès à présent sur notre page de don.