Mieux Donner

Rapport sur l’Efficacité de l’Aide Publique au Développement

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Romain Barbe

Co-fondateur et Directeur de Mieux Donner
Temps de lecture : 16 min.

Table des matières

Résumé

La France est un acteur majeur de l’aide au développement dans le monde, se classant au 5e rang des donateurs du Comité d’aide au développement avec environ 14 milliards d’euros d’aide publique au développement (APD) en 2023. La France entend désormais « recentrer son action là où elle est la plus utile et renouveler son soutien aux organisations les plus efficaces », selon un relevé de décision [1] publié par l’Élysée le 6 avril. Nous saluons l’orientation de la présidence vers une aide plus efficace et plus impactante, et nous présentons dans le rapport des propositions concrètes sur la manière dont le pays peut atteindre ce nouvel objectif.

La France dispose d’opportunités significatives pour améliorer sa portée et son impact national, notamment en ciblant mieux les pays à faible revenu et en investissant dans les interventions de santé. Plusieurs fenêtres d’opportunité uniques en matière de politiques publiques en 2025, telles que le renouvellement des fonds multilatéraux et les changements dans la politique américaine, offrent à la France des opportunités d’optimiser son aide et de renforcer sa position de leader mondial. En ajustant stratégiquement son aide vers des allocations plus optimales et en tirant parti de ces fenêtres d’opportunité, la France peut amplifier de manière significative son impact mondial tout en renforçant son influence diplomatique.

Cet appel de l’Élysée vers davantage d’efficacité doit être implémenté de manière rigoureuse sur le plan des preuves, de la mesure d’efficacité et de la sélection de projets à fort impact. Cela implique :
  • D’augmenter les financement vers des programmes à fort impact GAVI, du Global Funds et du Fonds d’Innovation pour le Développement (FID).

  • Que les acteurs en charge de la mesure et de la priorisation s’appuient sur les travaux existants, comme ceux du J-PalIPA3ie et FID.

  • D’allouer une part significative de l’aide en fonction des critères d’impact démontré utilisés par ces quatre entités.

1. Approche Méthodologique

1.1 Un cadre d'analyse axé sur les données et les preuves pour évaluer l'APD

Pour évaluer l’aide étrangère française, nous examinons plusieurs caractéristiques clés de l’Aide Publique au Développement (APD) du pays qui servent d’indicateurs de son impact. Ces composantes peuvent indiquer la portée de l’APD de la France et le nombre de vies qu’elle touche, améliore et sauve. En étendant cette portée, la France peut générer plus d’avantages, tant pour les pays bénéficiaires que pour elle-même, avec ses précieuses ressources.

  • Cibler les pays les moins avancés : l’allocation d’une aide plus importante aux nations les plus pauvres renforce l’impact, car l’aide au développement a le plus grand rendement là où les besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits. Les pays à faible revenu ont un PIB par habitant entre 4 et 12 fois inférieur à celui des pays à revenu intermédiaire supérieur [2], et leurs gouvernements disposent de moins de ressources, ne pouvant dépenser qu’environ 10 dollars par habitant pour la santé [3].

  • Dépenses multilatérales : L’orientation d’une plus grande partie de l’aide vers des institutions mondiales et des partenariats ayant fait leurs preuves en matière d’assistance efficace et fondée sur des preuves peut renforcer l’impact de l’APD d’un pays. [4]

  • Composition de l’aide : Une plus grande proportion de subventions plutôt que de prêts augmente la flexibilité, réduit les inefficacités et garantit que les ressources parviennent aux personnes qui en ont besoin. [5]

  • Investissements dans la santé mondiale : donner la priorité aux interventions efficaces par rapport coût telles que la vaccination et la prévention des maladies peut avoir un impact significatif sur la vie des gens par euro dépensé. [6]

Nous examinons également le niveau global de l’APD : le niveau absolu et la part du revenu national consacrés à l’aide internationale reflètent les engagements en matière d’assistance et permettent de comprendre l’ampleur de l’impact qu’aurait une amélioration de l’APD (c’est-à-dire que l’augmentation de l’efficacité de l’APD génère des bénéfices absolus proportionnels au niveau global des dépenses d’APD).

1.2 Un focus sur les Smart Buys

Un élément central de notre méthodologie est l’approche des « Smart Buys« . Cette stratégie permet d’identifier les interventions qui offrent un rendement social exceptionnel pour chaque euro consacré à son soutien. Les preuves indiquent que les investissements dans les programmes de vaccination soutenus par Gavi [7] et les initiatives de prévention des maladies du Fonds mondial sont parmi les plus efficaces de la coopération au développement [8]. De même, le Fonds français pour l’innovation, qui encourage les solutions innovantes et fondées sur les preuve, devrait être considéré sur un pied d’égalité [9]. Le rapport coût-efficacité de ces programmes est généralement évalué à l’aide d’indicateurs tels que le coût par vie sauvée et les Années de Vie Corrigées de l’Incapacité (AVCI, ou Disability-Adjusted Life-Years, DALYs) évitées ou le retour sur investissement.

2. Résultats Principaux

2.1 Dépenses globales et composition

Aide publique au développement française 2018-2023
Aide publique au développement par pays contributeur
Aide publique au développement en % du revenu national brut

La France est un contributeur important à l’aide au développement dans le monde, se classant au 5e rang des donateurs parmi les membres du Comité d’Aide au Développement (CAD) [10] avec environ 14 milliards d’euros [11] de dépenses d’APD pour 2023 [12]. Bien qu’elle se classe au 11ème rang lorsqu’on mesure l’aide en pourcentage du revenu national brut (RNB), la contribution de la France de 0,48 % reste supérieure à la moyenne des membres du CAD (0,37 %) [13]. La France continue d’être un leader mondial de l’APD, mais elle est à la traîne par rapport à son objectif de fournir une aide de 0,7 % du RNB [14] et la réduction de 37 % de l’aide étrangère pour 2025 menace de compromettre les progrès réalisés [15].

44 % d'aide multilatérale, la France se montre leader

La France démontre ce leadership en soutenant les institutions multilatérales clés. Le pays fait transiter 44 % de son aide par les institutions multilatérales, ce qui est nettement supérieur à la moyenne du CAD, qui est de 25 % [16]. En soutenant ces plateformes mondiales, la France est en mesure d’être un leader mondial dans en termes d’aide efficace et ciblée aux bénéficiaires du monde entier.

2.2 Investissements dans la santé mondiale

La répartition sectorielle de l’aide bilatérale française montre que la priorité est clairement donnée au développement économique et au capital humain. Les infrastructures économiques représentent une part importante (19 %), suivies par l’éducation, qui est une priorité essentielle (15 %). Dans le même temps, le soutien au secteur de la santé reçoit une allocation plus modeste de 5 %, tandis que les interventions spécifiques à la lutte contre le paludisme, la tuberculose et les maladies infectieuses reçoivent moins de 1 % de l’aide bilatérale [17]. Ces chiffres sont bien inférieurs à la proportion que d’autres pays pairs consacrent à la santé [18]. Les investissements dans la santé mondiale représentent une opportunité significative d’améliorer les conditions de vie à l’étranger et de faire progresser la sécurité nationale en aidant à prévenir, surveiller et traiter d’éventuelles pandémies [19].

Seulement 5 % de l'aide sur la santé, une opportunité à fort impact

2.3 Allocation en fonction des besoins

La majeure partie de l’aide de la France est destinée aux pays à revenu intermédiaire inférieur, où plus de 10 % de la population vit avec moins de 2,15 dollars par jour [20]. Cela signifie que la France veille à ce que la majeure partie de son aide au développement parvienne à des pays relativement pauvres, dont le PIB par habitant se situe entre 1 136 et 4 465 dollars, afin qu’elle puisse avoir un impact significatif. Cependant, la France ne consacre que 14 % de son aide aux pays à faible revenu [21], où près de la moitié de la population vit dans l’extrême pauvreté [22], ce qui est nettement inférieur à la moyenne du CAD, qui est de 26 %. Bien que la majorité de l’aide française soit encore dirigée vers des pays relativement pauvres, cela soulève des questions quant à la possibilité de cibler l’aide de manière plus optimale vers les États les plus pauvres.

Seulement 14 % de l'aide vers des pays à faibles revenus

La France vient de déclarer que « l’Etat s’engage désormais à consacrer au moins 60% de ses dons aux pays les plus vulnérables, dont les pays les moins avancés et ceux particulièrement vulnérables au changement climatique ou en situation de grande fragilité financière, en s’appuyant notamment sur l’indice de vulnérabilité multidimensionnelle de l’ONU (MVI). » [1]. Bien que cette initiative soit prometteuse, on ne sait pas exactement quelles nations seront définies comme « pays les plus vulnérables », car il ne s’agit pas d’une dénomination officielle. Pour atteindre celles et ceux qui en ont le plus besoin et avoir le plus grand impact possible, la France devrait préciser où elle orientera l’aide.

2.4 Recours aux prêts

Au sein de son portefeuille d’aide bilatérale, la France a une préférence marquée pour les prêts, qui représentent 20 % de l’aide bilatérale. C’est plus du double de la moyenne du CAD, qui est de 8 %. Si les prêts peuvent être utiles pour financer des infrastructures et d’autres projets de développement, cette approche peut parfois alourdir le fardeau de la dette pour les pays bénéficiaires, en particulier ceux qui sont déjà confrontés à des difficultés économiques [23]. Cela soulève des inquiétudes quant à la viabilité à long terme des efforts de développement et à la possibilité d’exacerber les vulnérabilités de la dette dans les pays bénéficiaires.

Malgré une faible efficacité, le recours aux prêts est plus courant (20 %) que nos partenaires (8 %)

2.5 Preuves, Évaluation et Redevabilité

La France doit s’assurer que les programmes qu’elle soutient sont fondés sur des preuves rigoureuses. En finançant des programmes basés sur des essais contrôlés randomisés et des recherches rigoureuses en sciences sociales, qui sont facilement accessibles par des organisations telles que 3ie [24], J-PAL [25] et Innovations for Poverty Action (IPA) [26], la France peut s’assurer que son APD génère l’impact le plus important possible. Des initiatives similaires aux États-Unis ont rapporté 17 dollars pour chaque dollar dépensé [27], un retour sur investissement difficilement égalé dans le domaine de l’aide internationale.

Des évaluations d’impact efficace sont essentielles pour s’assurer que les fonds sont dépensés efficacement, que les meilleures pratiques sont continuellement identifiées et reproduites, et que les programmes ayant un impact sont mis à l’échelle avec succès. L’AFD a pour objectif d’évaluer 50 % de ses projets et a atteint 53 % en 2022 [28]. Cependant, la stratégie d’évaluation de l’organisation [29] ne repose souvent pas suffisamment sur les évaluations quantitatives et la comparaison avec le scénario de référence [30]. Les évaluations actuelles sont davantage axées sur le suivi des programmes que sur l’évaluation de l’impact et la définition rigoureuse des priorités.

3. Recommandations principales

3.1 Optimiser l'allocation des ressources

  • Cibler les pays à faible revenu: Une priorité essentielle devrait être d’accroître l’aide aux pays à faible revenu. La France se situe en deçà de la moyenne du CAD, puisqu’elle ne consacre que 14 % de son aide aux pays les plus pauvres. C’est dans ces pays, où près de la moitié de la population vit avec moins de 2,15 dollars par jour, que l’aide au développement peut avoir l’impact marginal le plus élevé. En déplaçant son attention des pays à revenus élevés et intermédiaires vers les pays les plus pauvres, la France peut avoir une plus grande portée nationale et un impact positif plus important sur un plus grand nombre de personnes.

  • Cibler la santé : l’insuffisance actuelle des fonds alloués aux interventions sanitaires, en particulier dans des domaines tels que le paludisme, la tuberculose et la lutte contre les maladies infectieuses, représente une occasion manquée d’améliorer considérablement le bien-être humain à un coût relativement faible. L’aide au développement ciblée sur la santé est l’un des moyens les moins coûteux de sauver des vies. En outre, l’investissement dans la santé protège les citoyens français sur leur territoire en prévenant, surveillant et endiguant les épidémies et les pandémies potentielles. En consacrant davantage de ressources aux interventions dans le domaine de la santé, la France peut toucher plus de vies dans toutes les régions, s’affirmer comme une force positive dans le monde et protéger ses citoyens.

  • Substituer les subventions aux prêts : La forte proportion de prêts dans le portefeuille bilatéral de la France pourrait être rééquilibrée en faveur d’une aide davantage basée sur des subventions, en particulier pour les pays les plus pauvres où la soutenabilité de la dette est une préoccupation urgente. Le passage aux subventions réduira les frais généraux administratifs et améliorera la réactivité de l’aide aux besoins locaux. La France peut s’assurer que son aide a le plus grand impact et renforcer son image auprès des pays bénéficiaires en maximisant les subventions et en réduisant les obligations de dette.

  • Poursuivre le leadership multilatéral : Bien que la France soit un leader fort pour les canaux d’aide multilatérale, l’approche du pays pourrait être encore optimisée en orientant davantage de ressources vers des institutions très efficaces telles que le Fonds Mondial et GAVI, qui ont obtenu des résultats exceptionnels en matière de santé mondiale.

  • Réaffecter les fonds vers des Smart Buys : réorienter les fonds des programmes à faible impact vers des interventions à efficacité élevée. Plus précisément, donner la priorité aux investissements dans les initiatives de santé mondiale gérées par GAVI et le Fonds Mondial, et accroître le soutien au Fonds d’Innovation pour le Développement pour qu’il puisse soutenir les meilleures interventions. D’autres domaines peuvent inclure des efforts coûts-efficace pour réduire l’exposition au plomb [31], l’Enseignement au Bon Niveau pour l’éducation [32] et les programmes de lutte contre la violence conjugale [33].

3.2 Renforcer les preuves, l'évaluation et la transparence

  • Exploiter des données probantes : L’intégration de preuves rigoureuses, en particulier d’essais contrôlés randomisés (ECR), peut améliorer de manière significative la stratégie d’APD de la France en identifiant les programmes réellement efficaces. Les agences françaises peuvent facilement examiner le niveau de rigueur des preuves et des connaissances sur les sujets et les interventions de développement par l’intermédiaire d’organisations telles que 3ie, J-PAL, et IPA. En exploitant de manière systématique la recherche sur les initiatives sociales, éducatives et sanitaires qui génèrent les meilleurs retours sur investissement, la France peut optimiser ses ressources limitées, mettre à l’échelle des solutions éprouvées et étendre sa portée nationale.
  • Investir dans les évaluations d’impact : Les principaux donateurs investissent généralement environ 2,5 à 3 % de leur APD dans des évaluations d’impact complètes, y compris des ECR et d’autres méthodologies rigoureuses. Le renforcement de ces pratiques d’évaluation est essentiel pour améliorer en permanence l’allocation des ressources et garantir que les « Smart Buys » sont vraiment efficaces. Cela pourrait ressembler à ce qui suit :

    • Essais contrôlés randomisés (ECR) : les ECR sont la référence en matière d’évaluation de l’impact d’interventions spécifiques. En comparant les résultats entre les groupes traités et les groupes témoins, les ECR nous permettent de mesurer avec une grande précision le coût par vie sauvée ou le coût par AVCI (DALY) évité. Ces données sont essentielles pour valider que les fonds sont dirigés vers les interventions qui offrent les meilleurs rendements. Bien qu’il ne soit pas toujours possible de mener un ECR pour chaque projet, la France devrait au moins s’efforcer d’évaluer les projets phares qui ont une importance stratégique ou qui disposent de budgets importants. Il peut également être plus facile de mener des ECR pour des programmes pilotes de plus petite envergure, qui peuvent ensuite être étendus s’ils s’avèrent efficaces.

    • Analyse coût-efficacité : évaluation ex-ante qui explicite comment différentes interventions ont été évaluées les unes par rapport aux autres. Cette évaluation doit détailler les ratios coût-efficacité, les coûts d’opportunité et les comparaisons de référence, justifiant ainsi les décisions de financement sur la base de critères objectifs et quantifiables.

    • Utiliser les transferts monétaires comme référence: les analyses comparatives indiquent que les transferts monétaires inconditionnels dans les interventions en matière de santé et de lutte contre la pauvreté permettent souvent d’obtenir des ratios coût-efficacité compétitifs avec des frais généraux relativement minimes. Comparer les interventions par rapport aux transferts monétaires fournit une mesure supplémentaire de leur valeur, garantissant que les fonds sont alloués à des programmes qui produisent des résultats supérieurs par rapport à l’hypothèse de référence, qui consiste à fournir uniquement des paiements directs en espèces.

4. Fenêtres d'opportunités pour l'établissement de politiques

La France peut saisir un certain nombre d’opportunités uniques pour l’APD cette année, qui lui offrent la possibilité d’avoir un impact positif considérable et de se positionner en tant que leader mondial.

4.1 Retrait des États-Unis

Les récents changements dans l’engagement des États-Unis en matière de santé mondiale, notamment la réduction du financement de l’USAID [34] et les changements dans la participation à l’OMS [35], offrent à d’autres pays une occasion importante de jouer un rôle de premier plan dans le domaine de la santé mondiale. Cette période de transition offre à ces pays la possibilité d’accroître leur influence et leur impact sur la gouvernance et le financement de la santé internationale. Le vide créé au niveau du leadership mondial en matière de santé pourrait permettre à la France de renforcer ses relations diplomatiques avec les pays en développement tout en faisant avancer des initiatives essentielles dans le domaine de la santé.

Ces changements peuvent créer des opportunités particulières dans des domaines clés et rentables où les États-Unis ont toujours été un bailleur de fonds important, notamment les programmes de vaccination de routine, la lutte contre les maladies et la préparation aux situations d’urgence. La France peut accroître son assistance technique et son financement pour combler les lacunes dans ces domaines cruciaux de la santé, ce qui pourrait sauver des millions de vies [36]. La situation offre également au pays la possibilité de faire preuve de leadership au sein des institutions multilatérales de santé en augmentant ses contributions financières et en jouant un rôle plus actif dans la gouvernance.

D’un point de vue stratégique, le fait de prendre les devants au cours de cette période pourrait considérablement renforcer le pouvoir d’attraction et l’influence diplomatique de la France tout en faisant progresser la sécurité sanitaire mondiale. Au vu des décisions publiées le 6 avril par l’Élysée [1], il semble que c’est la direction dans laquelle s’engage la France. En maintenant et en élargissant éventuellement son soutien à des interventions sanitaires éprouvées et rentables, le pays peut se positionner comme un partenaire fiable dans le domaine de la santé mondiale tout en renforçant sa bonne volonté dans le monde en développement. Cela pourrait avoir des répercussions durables sur la coopération internationale et la diplomatie en matière de santé, bien au-delà de l’impact financier immédiat. Dans le cas contraire, d’autres pays, dont les intérêts ne sont pas forcément alignés sur ceux de la France, pourraient combler le vide [37].

4.2 Renouvellement des fonds alloués à Gavi

En 2025, Gavi, l’alliance mondiale pour les vaccins, organisera une conférence pour renouveler ses fonds, ce qui ne se produit que tous les cinq ans. Cette conférence réunit généralement les gouvernements donateurs, les partenaires du secteur privé et les pays chargés de la mise en œuvre afin de garantir le financement de la prochaine période stratégique. Le processus de renouvellement vise à mobiliser des ressources pour soutenir les programmes de vaccination dans les pays à faible revenu, en garantissant un financement durable et prévisible pour les vaccins et le renforcement des systèmes de santé [38]. Les efforts déployés pour mener à bien le renouvellement des fonds seront particulièrement importants cette année, car les États-Unis, qui couvrent 13 % du budget de GAVI, pourraient retirer leur soutien à l’organisation.

En termes de coût-efficacité, les programmes de vaccination soutenus par Gavi se sont toujours révélés être l’un des meilleurs investissements dans le domaine de la santé mondiale. Gavi estime que chaque dollar investi dans la vaccination génère 54 dollars de bénéfices sociaux et économiques grâce à la réduction des coûts des soins de santé, à l’augmentation de la productivité et aux bénéfices économiques plus larges d’une population en meilleure santé [39]. Les possibilités d’impact sont particulièrement importantes cette année, car le R21, le tout nouveau vaccin contre le paludisme, commence à être déployé dans les pays endémiques [40]. Selon les estimations, soutenir le déploiement du R21 pourrait permettre de sauver une vie pour seulement 4 200 dollars [41].

La France a l’occasion, une fois par demi-décennie, d’être en position de leader quand au renouvellement des fonds Gavi. En soutenant le cycle de financement, la France peut mobiliser le monde pour profiter de l’un des « smart buys » dans le domaine du développement, en étendant la portée de l’impact positif du pays et en sauvant peut-être des millions de vies.

4.3 Le renouvellement du Fonds mondial

Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme organise tous les trois ans des conférences pour renouveler ses ressources afin d’obtenir des engagements financiers de la part des donateurs pour soutenir sa mission. Ces conférences réunissent des gouvernements, des partenaires du secteur privé et des organisations de la société civile afin de mobiliser des ressources pour lutter contre ces trois maladies dans les pays les plus touchés. Le processus de renouvellement est essentiel pour maintenir des flux de financement cohérents qui permettent aux pays bénéficiaires de planifier et de mettre en œuvre des interventions sanitaires à long terme [42].

Le Fonds mondial a démontré que ses interventions avaient un bon rapport coût-efficacité. Il estime que depuis sa création en 2002, les programmes soutenus ont permis de sauver 50 millions de vies grâce à des programmes complets de prévention et de traitement des maladies [43]. Les achats à grande échelle du Fonds contribuent également à réduire les coûts des médicaments essentiels et des produits de santé pour les pays bénéficiaires.

Une fois de plus, la France a l’occasion d’être un leader mondial dans le financement de ces programmes qui sauvent des vies. En créant une coalition d’alliés pour soutenir le renouvellement des fonds, la France peut se positionner une fois de plus comme un leader mondial du progrès humain, en orientant l’APD vers des programmes efficaces qui sauvent des vies dans un grand nombre de pays.

5. Conclusion

L’aide étrangère française se trouve à un moment charnière où une réaffectation stratégique des ressources existantes peut permettre d’améliorer considérablement l’impact de l’aide. Une stratégie « Smart Buys » qui donne la priorité aux investissements dans la santé mondiale – notamment par un soutien accru à Gavi, au Fonds mondial et au Fonds d’Innovation pour le Développement – peut améliorer de manière significative le rapport coût-efficacité de l’aide internationale.

Associées à des méthodes d’évaluation rigoureuses, notamment l’utilisation d’essais contrôlés randomisés, et à une meilleure transparence des données, ces mesures garantiront que chaque euro dépensé profite au maximum à celles et ceux qui en ont le plus besoin. En outre, en adoptant une approche plus objective et fondée sur les besoins pour l’allocation des ressources et en saisissant l’opportunité stratégique que représente le retrait des États-Unis de certaines initiatives multilatérales, la France peut renforcer sa réputation de donateur mondial responsable et innovant.

1 : https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2025/04/06/releve-de-decisions-du-conseil-presidentiel-pour-les-partenariats-internationaux

2 : https://datahelpdesk.worldbank.org/knowledgebase/articles/906519-world-bank-country-and-lending-groups

3 :https://www.worldbank.org/en/topic/health/publication/from-double-shock-to-double-recovery-health-financing-in-the-time-of-covid-19

4 : https://www.oecd.org/en/publications/multilateral-development-finance-2020_e61fdf00-en.html

5 : https://www.ccsenet.org/journal/index.php/ijef/article/view/13668

6 : https://www.cgdev.org/blog/how-cost-effective-global-health-aid

7 : https://www.who.int/news/item/28-03-2025-fully-funded-gavi–the-vaccine-alliance–is-a-lifeline-for-child-survival–says-who

8 : https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6634388/

9 : https://oecd-opsi.org/innovations/innovation-fund-for-development/

10 :  Le CAD est un forum international composé de 32 grands donateurs de l’OCDE.

11 :  Aux prix constants de 2022

12 : Data on French ODA From OECD.xlsx

13 : Data on French ODA From OECD.xlsx

14 : https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/en_a5_loi-developpement_v1-8.-valide_cle423118.pdf

15 : https://www.forbes.com/sites/globalcitizen/2025/02/25/foreign-aid-is-shrinking-what-happens-next/

16 : Data on French ODA From OECD.xlsx

17 : Data on French ODA From OECD.xlsx

18 : https://www.kff.org/global-health-policy/issue-brief/u-s-global-health-budget-figures/

19 : https://www.worldbank.org/en/news/press-release/2022/09/09/new-fund-for-pandemic-prevention-preparedness-and-response-formally-established

20 : https://data.worldbank.org/indicator/SI.POV.DDAY?locations=XN

21 : Data on French ODA From OECD.xlsx

22 : https://data.worldbank.org/indicator/SI.POV.DDAY?locations=XM-XN

23: https://unctad.org/publication/aid-under-pressure-3-accelerating-shifts-official-development-assistance

24 : https://developmentevidence.3ieimpact.org

25: https://www.povertyactionlab.org/evaluations

26 : https://poverty-action.org/evidence-use

27 :  https://divportal.usaid.gov/s/article/DIV-Delivers-a-17-1-Social-Return-on-Investment

28 :  https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-04/NEB-2023-Aide-publique-au-developpement.pdf

29 :  https://www.afd.fr/sites/afd/files/politique-suivi-evaluation-groupe-afd-WEB.pdf

30 :  For example, cost-effectiveness is rarely used as a top-line metric 

31 : https://www.vox.com/future-perfect/375139/lead-partnership-usaid-unicef-samantha-power

32 :https://www.worldbank.org/en/news/press-release/2023/05/09/education-smart-buys-cost-effectively-supporting-teachers-and-parents-can-lead-to-significant-learning-improvements

33 :  https://www.povertyactionlab.org/policy-insight/impacts-economic-interventions-intimate-partner-violence

34 :  https://www.nytimes.com/2025/02/27/health/usaid-contract-terminations.html?partner=slack&smid=sl-share

35 : https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2025/01/withdrawing-the-united-states-from-the-worldhealth-organization/

36 :  https://malariaatlas.org/project-resources/pmi-2025/

37 :  https://www.nytimes.com/2025/02/22/health/usaid-who-trump-china.html?partner=slack&smid=sl-share

38 :  Le financement de Gavi soutient des programmes complets de vaccination dans 57 pays éligibles, y compris des services de vaccination de routine, l’introduction de nouveaux vaccins, des équipements de chaîne du froid et le renforcement des systèmes de santé. L’argent soutient également les capacités d’intervention d’urgence, aide à créer des marchés durables pour les vaccins grâce à des mécanismes de financement innovants et finance l’assistance technique pour aider les pays à passer à l’autofinancement de leurs programmes de vaccination.

39 : https://www.gavi.org/news/media-room/new-gavi-impact-figures-released-66-million-immunised-and-17-million-deaths-averted

40 : https://www.who.int/news/item/24-05-2024-shipment-of-newest-malaria-vaccine–r21–to-central-african-republic-marks-latest-milestone-for-child-survival

41 : https://www.cgdev.org/blog/malaria-vaccines-turning-scientific-triumph-millions-lives-saved

42 :  Les investissements du Fonds soutiennent un large éventail d’activités, notamment des programmes de prévention, l’accès aux traitements, le renforcement des systèmes de santé et les réseaux de travailleurs de santé communautaires. L’argent permet de fournir une thérapie antirétrovirale aux patients atteints du VIH/SIDA, un diagnostic et un traitement de la tuberculose, des outils de prévention du paludisme tels que des moustiquaires, et de renforcer les systèmes de santé pour mieux répondre à ces maladies. Le Fonds soutient également des programmes visant à lutter contre les inégalités entre les sexes et les obstacles liés aux droits de l’homme qui entravent l’accès aux services de santé.

43 : https://www.theglobalfund.org/en/results/

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