Mieux Donner

De l'INSA à Mieux Donner : quand l'esprit d'un ingénieur rencontre la générosité efficace

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Sébastien Delangle

Chef de projet communication
Temps de lecture: 9 minutes

Dans le podcast « Les ingénieux » de Bastien Tonnelier, Romain raconte un parcours qui pourrait être celui de beaucoup d’ingénieurs : une formation solide, des boulots intéressants, l’impression de faire sa part pour un monde meilleur. Sauf que Romain a fini par se poser une question dérangeante : est-ce qu’il faisait vraiment une différence ? Il avait un boulot très reconnu et donnait même à des associations mais il lui manquait quelque chose.

« La plupart des gens qui donnent pensent que l’important, c’est de donner. Point. Mais si pour le même don, tu pouvais sauver 1 vie ou 100 vies, tu choisirais quoi ? »

Cette question résume le cœur du sujet. Comment utiliser notre argent, notre temps, nos compétences pour avoir un impact réel et mesurable sur le monde qui nous entoure ? Comment éviter les pièges du « noble loser », cette personne pleine de bonnes intentions mais qui ne change rien concrètement ?

Un parcours professionnel singulier

Ingénieur mécanique diplômé de l’INSA Strasbourg, Romain a suivi un parcours lié à ses études au premier regard. Il a rejoint la Marine nationale pour une expérience d’un an, puis se tourne vers une start-up de vélos électriques. À l’époque, il est convaincu de faire sa part pour l’écologie, de contribuer positivement au monde.

Le problème du poste remplaçable :

  • Cinquante candidatures: pour le même poste que lui
  • Des profils similaires: quelqu’un d’autre aurait fait exactement le même job
  • Faux sentiment d’utilité: avec un poste incluant « un peu de RSE »
  • Impact réel proche de zéro: en termes de contrefactualité

Le décalage devient évident : Romain avait plein d’idées sur comment améliorer le monde, participait à des débats enflammés sur des sujets variés, mais concrètement, il consacrait 0% de son temps pour vraiment changer les choses.

Mais très vite, un malaise s’installe.

« Si ces sujets me tiennent vraiment à cœur, pourquoi je fais si peu pour y contribuer ? »

Quand une recherche Google change une vie

C’est en tapant « comment avoir une carrière à impact » sur Google que tout bascule. En français, les résultats sont décevants : des job-boards peu convaincants, des conseils creux du type « suis ta passion ». Frustré, Romain tente la même recherche en anglais.

Et là, tout change.

Il découvre 80,000 Hours, un guide carrière créé à Oxford qui s’est posé exactement les mêmes questions que lui. Quelle est la différence entre un boulot qui fait vraiment du bien et un boulot qui donne juste bonne conscience ? Le guide apporte une réponse scientifique, documentée, qui va le secouer : il existe des moyens d’aider 100 fois plus efficaces que d’autres.

Les concepts clés à comprendre :

  • L’altruisme efficace : mouvement qui cherche les meilleures façons d’aider les autres en s’appuyant sur les données et la méthode scientifique. L’idée semble évidente quand on y pense, mais personne ne l’applique vraiment.
  • Le « noble loser » : ces personnes pleines de bonnes intentions et de valeurs nobles, mais qui ne les mettent jamais en pratique efficacement. Noble dans l’intention, perdant dans les résultats.
  • La contrefactualité : il ne s’agit pas de se demander « est-ce que je fais du bien ? » mais « quelle différence aurais-je vraiment faite ? »

Les chiffres qui font mal.

  • La majorité des associations n’ont aucun impact significatif, malgré toutes leurs bonnes intentions
  • On donne déjà 2 à 3 fois plus d’argent qu’il n’en faut pour éradiquer l’extrême pauvreté dans le monde
  • Les variations d’efficacité entre associations peuvent atteindre 10 000% de différence (x100 !)

Autrement dit : avec le même euro donné, certaines associations permettent 100 fois plus d’impact.

4 mois à Londres pour apprendre à lancer une association ultra-efficace

Après cette découverte, Romain creuse le sujet pendant des mois. Il lit tout ce qu’il trouve, échange avec la communauté de l’altruisme efficace. Et il découvre un programme qui va changer sa vie : Charity Entrepreneurship.

Cette organisation a un objectif simple : former les futurs fondateurs d’associations ultra-efficaces en 4 mois. Le processus de sélection est brutal : 1% de taux d’acceptation, plus sélectif que Harvard. Romain postule. Il est pris.

Au programme de Charity Entrepreneurship :

Pas de cours théoriques. Action directe dès le départ.

Chaque jour, des exercices pratiques de 3 heures :

  • Analyser un programme de vaccination au Nigeria
  • Créer un site web fonctionnel
  • Lire des études scientifiques et en tirer des conclusions opérationnelles

L’approche est radicale : la culture du 80/20. Faire 20% des efforts pour obtenir 80% des résultats. Privilégier la rapidité d’exécution à la perfection.

« Très souvent, on a cette capacité de faire des choses très rapidement qui est extrêmement sous-exploitée »

Résultat : moins de 2 semaines après la fin du programme, Romain et Jennifer (qui a elle aussi participé au programme) lancent Mieux Donner. Association créée, site en ligne, plateforme de dons fonctionnelle. En juillet 2024 : tout est opérationnel.

Mieux Donner : mettre l'esprit d'ingénieur au service du don

La mission de Mieux Donner est simple à comprendre mais innovante dans le paysage français : vulgariser et rendre accessibles les évaluations d’associations ultra-efficaces qui existent depuis plus de 10 ans à l’international. En France, le retard sur ces questions est énorme.

Le constat français

Les associations françaises utilisent peu les preuves scientifiques pour mesurer leur impact. L’analyse coût-efficacité reste rare. La « mesure d’impact » existe bien, mais elle se concentre souvent sur des résultats intermédiaires peu pertinents. Distribuer 30 000 livres devient un objectif en soi, sans se demander si ces livres sont lus, si les gens savent lire, ou si ces ressources auraient pu avoir un impact plus important ailleurs.

Les principes de Mieux Donner

En s’appuyant sur des évaluateurs indépendants, Mieux Donner permet d’identifier les organisations dont l’impact est rigoureusement documenté, de faciliter le passage à l’action et d’offrir une transparence accrue.

L’enjeu est de faire évoluer les pratiques du don en s’appuyant sur des preuves plutôt que sur l’intuition seule.

Exemples concrets d’interventions ultra-efficaces :

  • Le vermifuge (10 centimes par enfant)
    10x+ plus efficace que construire des écoles pour améliorer l’éducation. Pourquoi ? Un tiers des absences scolaires sont causées par des vers intestinaux. Solution : une pilule à 10 centimes.
  • 50€/mois pour le climat
    Plusieurs centaines de tonnes de CO2 évitées par an en donnant aux associations climatiques les plus efficaces.
  • Les essais randomisés contrôlés
    La seule façon de vraiment mesurer l’impact d’une intervention, exactement comme en médecine.
« Le but ce n’est pas de soutenir les associations, c’est de soutenir les bénéficiaires »

L'engagement des 10% : le premier pas vers l'impact

Dès la lecture du livre de 80,000 Hours, avant même de changer de carrière, Romain prend une décision qui va transformer sa vie : l’engagement des 10 %.

L’idée est simple : donner au moins 10% de ses revenus aux associations les plus efficaces au monde.

Son raisonnement tient en une phrase : « Je peux vivre avec 90% de mes revenus ». Le passage de 100% à 90% ne change pas drastiquement la qualité de vie quand on a un salaire d’ingénieur en France. Mais ces 10%, quand ils sont donnés aux bonnes organisations, peuvent transformer radicalement la vie de centaines de personnes.

Le chiffre qu’on ignore souvent :

Avec un salaire moyen français, on fait déjà partie du top 3% mondial en pouvoir d’achat.

On est parmi les personnes les plus privilégiées de la planète. Ce qui nous semble « normal » représente une richesse inimaginable ailleurs.

Concrètement, avec 10% d’un salaire moyen français :

  • Aider plus de 1000 enfants
  • Sauver des dizaines de milliers d’animaux de la souffrance en élevage intensif
  • Éviter des centaines de tonnes de CO2

Ces chiffres donnent le vertige et montrent l’ampleur de ce qu’on peut accomplir.

Une fois l’engagement des 10% effectué, comment s’assurer que ces dons aient le plus d’impact possible ? En utilisant des principes de priorisation, en découvrant les travaux des évaluateurs indépendants, en s’appuyant sur une plateforme comme Mieux Donner comme le recommandent des scientifiques, ou même creuser parmi les ressources que nous partageons. 

Par où commencer ?

Lectures recommandées :

Actions concrètes :

  • Découvrir Mieux Donner et les associations recommandées – 100% de vos dons vont directement aux bénéficiaires
  • Rejoindre la communauté de l’altruisme efficace – Plusieurs groupes locaux en France pour échanger et se former ensemble
  • Prendre l’engagement des 10% – Ou commencer plus petit avec 5% ou même 1%, et augmenter progressivement
  • Appeler des gens qui font des métiers qui vous intéressent – Vous seriez surpris de voir combien de personnes acceptent de partager leur expérience

L’histoire de Romain montre qu’on peut tous avoir cet impact qu’on cherche, parfois sans le savoir. Pas besoin de tout révolutionner du jour au lendemain. Juste de se poser les bonnes questions.

Les données existent. Les associations efficaces existent. Les outils pour mesurer l’impact existent. Et surtout, la possibilité d’agir différemment existe.

Donner, c’est déjà un beau geste. Mais si vous pouviez, avec le même don, multiplier votre impact par 10, par 50, ou même par 100, est-ce que ça ne vaudrait pas le coup de se renseigner ?

Mieux Donner existe pour ça : vous donner accès à ces informations. Pour que chaque euro compte vraiment.

Et si votre prochain don changeait bien plus de vies que vous ne l’imaginez ?

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