Le 24 août 2026, GiveWell a annoncé la plus grosse subvention de son histoire : 276 millions de dollars à Against Malaria Foundation[1]Against Malaria Foundation (2026). AMF receives USD276m grant from GiveWell. Un mois plus tôt, Coefficient Giving portait son allocation annuelle aux recommandations de GiveWell de 175 millions à 1 milliard de dollars[2]Coefficient Giving (2026). Increasing our 2026 allocation to GiveWell's recommendations to $1 billion. Une partie de cet argent vient des entreprises d'intelligence artificielle.
Ces annonces posent une question légitime à toute personne qui donne : est-ce que mon don compte encore ?
Ne changez rien. Notre plateforme de dons reste le choix par défaut : elle sélectionne les meilleures opportunités de dons à partir du travail des évaluateurs indépendants, les associations que vous y soutenez ont besoin de financement maintenant, et la réduction fiscale française s'applique.
La question devient moins « quelle association » et davantage « quel véhicule, et à quel rythme ». Nous accompagnons gratuitement les personnes qui donnent des montants importants sur ce type d'arbitrage, via notre conseil philanthropique.
L'argument du don différé est sérieux. Le Patient Philanthropy Fund de Founders Pledge le porte : il place les sommes reçues et attend, pour les déployer « quand des occasions exceptionnelles apparaissent et que le financement manque le plus »[3]Founders Pledge. Patient Philanthropy Fund. Le capital se valorise, et les meilleures opportunités pourraient se situer dans plusieurs années.
Trois raisons nous font pencher dans l'autre sens pour l'argent que vous avez déjà prévu de donner.
Coefficient Giving vient elle-même d'arbitrer dans ce sens. Elle avait le choix entre garder son capital et le déployer maintenant, elle a choisi de déployer, et elle a écrit pourquoi : remplir les déficits d'aujourd'hui et créer des programmes déployables demain[2]Coefficient Giving (2026). Increasing our 2026 allocation to GiveWell's recommendations to $1 billion.
Jusqu'ici, la générosité efficace se présentait sous forme de listes : voici les associations les plus efficaces de l'année, donnez-leur. C'est ce que fait notre plateforme de dons, tout en permettant la réduction fiscale française.
Ce format va perdre de sa pertinence. Quand l'argent circule vite et que les barres de coût-efficacité bougent d'une année sur l'autre, une liste arrêtée il y a douze mois vieillit plus vite qu'avant. Une association qui vient de recevoir neuf chiffres n'a pas le même besoin marginal que six mois plus tôt.
Un fonds résout ça. Il réévalue les besoins au fil de l'eau et redéploie vers ceux qui manquent de financement au moment où vous donnez. GiveWell est claire là-dessus : son All Grants Fund est « notre première recommandation pour les personnes qui nous font largement confiance et qui sont ouvertes à des programmes plus incertains, plus expérimentaux, ou moins susceptibles d'atteindre leur impact attendu que nos Top Charities »[7]GiveWell. Frequently Asked Questions. L'espérance d'impact y est plus élevée, avec davantage de variance.
C'est la direction que nous prenons : proposer de plus en plus des fonds thématiques dont les opportunités de dons sont réévaluées tous les six mois, plutôt qu'une liste figée. Deux limites sont à connaître avant de basculer.
L'arrivée de ces milliards va renforcer un biais que nous avons déjà décrit dans notre article sur l'impact marginal du don. On compare spontanément sa contribution à l'ampleur du problème, et on conclut qu'elle ne pèse rien. Demain, on la comparera en plus à des subventions de 276 millions de dollars. L'erreur sera la même, en plus forte.
Si vous donnez chaque année un pourcentage de vos revenus, votre don ne déplacera pas à lui seul la courbe mondiale de l'extrême pauvreté. Ce n'est pas la bonne échelle. La bonne question est celle de ce que votre don rend possible en plus, par rapport à l'absence de don.
Et à cette échelle, il permet toujours à des personnes d'éviter une maladie grave, et à des parents de ne pas voir leur enfant mourir. Cela compte énormément pour elles.
L'OMS chiffre les investissements mondiaux contre le paludisme à 3,9 milliards de dollars en 2024, pour une cible de 9,3 milliards[4]OMS (2025). World Malaria Report 2025 , résumé. Un déficit d'environ 5,4 milliards par an, sur une seule maladie. À titre de comparaison, le scénario central pour l'ensemble de la santé mondiale et du développement tourne autour de 8,8 milliards par an d'ici 2030[8]Lewars, J. The Funding Anthropalypse . et. Aucune vague philanthropique, même de cette ampleur, ne couvre les besoins.
Dans le même temps, l'aide publique au développement recule. L'USAID déployait à elle seule environ 35 milliards de dollars par an avant son démantèlement[8]Lewars, J. The Funding Anthropalypse . et.
Les évaluateurs le savent et se préparent. L'équipe de recherche de GiveWell est passée de 38 à 79 personnes en deux ans[9]GiveWell (2026). Scaling our impact with support. Animal Charity Evaluators a distribué 1 897 538 dollars via son fonds en février 2026, le deuxième montant le plus élevé depuis sa création en 2017, et évalue six associations cette année[10]Animal Charity Evaluators (2026). Recommended Charity Fund: February 2026 Update. Plus il y a de chercheuses et de chercheurs, plus on trouve de programmes à financer.
Chaque vie a une valeur qu'aucun chiffre ne capture. Mais évaluer des politiques publiques oblige à poser une référence. En France, l'évaluation socioéconomique des investissements publics retient une valeur de la vie statistique de 3,5 millions d'euros. En passant par les associations recommandées par GiveWell, l'ordre de grandeur est d'environ 3 000 à 5 500 dollars par vie sauvée selon les programmes[11]GiveWell. How much does it cost to save a life?.
Cet écart n'est pas une bonne nouvelle. Il mesure un problème : des personnes meurent aujourd'hui de causes qu'on sait éviter pour quelques milliers d'euros, parce que personne n'a payé.
L'objectif est donc que ce coût augmente, et GiveWell s'attend d'ailleurs à ce qu'il monte avec le temps[11]GiveWell. How much does it cost to save a life?. Si des milliards arrivent sur les interventions les plus efficaces, les opportunités les moins chères seront saturées. Ce qui voudra dire que la couverture en moustiquaires sera complète, et que les campagnes de vaccination et de supplémentation tourneront.
Et parfois, la maladie disparaît d'un pays. L'OMS a certifié 91 pays et territoires exempts de paludisme, dont le Cabo Verde et l'Égypte en 2024, puis la Géorgie, le Suriname et le Timor-Leste en 2025[12]OMS. Pays et territoires certifiés exempts de paludisme. Cette liste s'allonge, et vos dons peuvent la faire s'allonger plus vite.
Le 23 juillet 2026, Coefficient Giving, l'ancienne Open Philanthropy, a porté son allocation 2026 aux recommandations de GiveWell de 175 millions à 1 milliard de dollars[2]Coefficient Giving (2026). Increasing our 2026 allocation to GiveWell's recommendations to $1 billion. Cette somme va presque doubler le total engagé sur ces recommandations en dix ans, un total auquel GiveWell attribue plus de 100 000 vies sauvées. Coefficient Giving dit pourquoi elle dépense maintenant : elle anticipe des financements futurs, et veut préparer des programmes capables d'absorber ces montants.
GiveWell, le principal évaluateur en santé et pauvreté, n'accepte de financer que des interventions plusieurs fois plus efficaces que son point de référence. Cette barre est passée de 8 fois à 6 fois, ce qui lui a permis d'accorder environ 90 millions de dollars de subventions supplémentaires cette année[9]GiveWell (2026). Scaling our impact with support. Coefficient Giving est passée d'environ 2 000x à 1 000x, un retour à son niveau de 2022 et 2023[2]Coefficient Giving (2026). Increasing our 2026 allocation to GiveWell's recommendations to $1 billion. Une intervention à 6 fois le point de référence de GiveWell reste parmi les meilleurs usages possibles d'un euro.
Le 24 août, les 276 millions de dollars sont allés à Against Malaria Foundation[1]Against Malaria Foundation (2026). AMF receives USD276m grant from GiveWell. 212 millions viennent de Coefficient Giving, et 57,9 millions du Top Charities Fund de GiveWell, c'est-à-dire de dons individuels[13]Lewars, J. (2026). GiveWell just announced the biggest grant in its history. Le précédent record de GiveWell était de 96,8 millions. La subvention finance environ 90 millions de moustiquaires dans les 26 provinces de la RDC sur 2027 à 2029, et AMF estime qu'elle pourrait éviter de l'ordre de 70 000 décès. GiveWell estime que la moitié de ces moustiquaires n'aurait été financée par personne[13]Lewars, J. (2026). GiveWell just announced the biggest grant in its history.
| Indicateur | Avant | Maintenant |
|---|---|---|
| Allocation annuelle de Coefficient Giving aux recommandations de GiveWell | 175 M$ (décembre 2025) | 1 Md$ (juillet 2026) |
| Plus grosse subvention de l'histoire de GiveWell | 96,8 M$ à AMF (décembre 2024) | 276 M$ à AMF (août 2026) |
| Barre de coût-efficacité de GiveWell | 8 fois son point de référence | 6 fois |
| Barre de coût-efficacité de Coefficient Giving | environ 2 000x | environ 1 000x |
| Équipe de recherche de GiveWell | 38 personnes | 79 personnes |
L'analyse vient de Nan Ransohoff[14]Ransohoff, N. The Third Wave of American Philanthropy. La première vague, autour de 1880 à 1930, vient des fortunes de Carnegie et Rockefeller : elle a construit les fondations perpétuelles, les universités de recherche et les bibliothèques publiques américaines. La deuxième, autour de 1990 à 2020, vient du logiciel et d'internet, avec Bill Gates et le Giving Pledge. Elle a surtout installé une idée qui structure aujourd'hui notre travail : un don se mesure. La troisième vient de la richesse créée par l'intelligence artificielle.
Ransohoff chiffre les actifs philanthropiques déjà identifiables à environ 370 milliards de dollars, dont 220 pour l'OpenAI Foundation[14]Ransohoff, N. The Third Wave of American Philanthropy. Ce sont des estimations, pas des engagements.
L'inconnue principale est la valorisation. Anthropic a levé en juin 2026 sur une valorisation de 965 milliards de dollars et a déposé un dossier d'introduction en bourse[15]Fortune (juin 2026). Anthropic confidentially files for IPO at a $965 billion valuation. Un patrimoine concentré sur une seule action peut varier fortement, dans les deux sens. Coefficient Giving l'écrit sans détour : une partie des financements qu'elle anticipe dépend de « la valorisation d'actifs extrêmement volatils »[16]Coefficient Giving, citée par Lewars, J.
Le 27 janvier 2026, Dario Amodei a publié une lettre dans laquelle les sept cofondateurs d'Anthropic s'engagent à donner 80 % de leur patrimoine[17]Fortune (27 janvier 2026). Anthropic's billionaire cofounders are giving away 80% of their wealth. Dario Amodei, Amanda Askell et Jack Clark ont par ailleurs signé publiquement l'engagement des 10 % de Giving What We Can[18]Transformer. Anthropic employees say they'll give away billions. Where will it go?, le même que celui que nous relayons en France. Une trentaine de salariés de l'entreprise se sont inscrits à une conférence d'altruisme efficace à San Francisco[18]Transformer. Anthropic employees say they'll give away billions. Where will it go?.
Une partie de cet argent est déjà verrouillée, ce qui compte davantage que les déclarations. Des salariés ont placé leurs titres dans des Donor Advised Funds, avec un abondement de l'entreprise[8]Lewars, J. The Funding Anthropalypse . et. Un Donor Advised Fund ne peut pas ressortir vers son détenteur : il ne peut aller que vers des associations. L'OpenAI Foundation détient 26 % d'OpenAI sous un statut comparable. Il y a donc un plancher juridique élevé, et un plafond fait de promesses moins contraignantes.
La générosité efficace n'a jamais été une liste de causes. Ces dernières années, elle a financé des moustiquaires, des campagnes de vaccination et de supplémentation en vitamine A, du plaidoyer réglementaire en santé, sur la pauvreté et sur le climat, et des négociations d'entreprise sur le bien-être animal. Aucune de ces actions n'est le but. Le principe tient dans une seule question : où un euro de plus aide-t-il le plus, aujourd'hui ?
La réponse dépend de ce que les autres financent déjà. Elle change quand un gouvernement se retire d'un programme, et quand un grand financeur arrive. Ce n'est pas qu'une cause vaudrait plus qu'une autre dans l'absolu : à la marge, le même euro ne produit pas le même effet selon l'endroit où il tombe, et l'écart peut aller jusqu'à un facteur 100.
D'où vient ce facteur 100 : quand on mesure l'apport d'une intervention par rapport à son coût, on obtient son coût-efficacité, exprimée en années de vie en bonne santé sauvées, en tonnes de CO2 évitées, en années d'éducation supplémentaires ou en années de bien-être générées. Quand on fait ce travail sur un grand nombre d'initiatives, on observe trois choses :
La bonne gouvernance est un critère minimal : elle n'explique pas ces écarts. Ce qui les explique, c'est l'usage de méthodes de priorisation, la disponibilité des données, et le fait d'accepter de se concentrer sur un problème à la fois important, négligé, et sur lequel il reste beaucoup à gagner. Les travaux de Toby Ord[19]Ord, T. (2013). The Moral Imperative towards Cost-Effectiveness in Global Health et de Benjamin Todd[20]80,000 Hours (2023). How much do solutions to social problems differ in effectiveness? rassemblent les jeux de données correspondants, et notre article sur l'écart d'efficacité entre les solutions les détaille.
Against Malaria Foundation comptait 13 personnes en décembre 2023, pour plus de 100 millions de dollars levés par an[21]GiveWell. Revue d' Against Malaria Foundation. Elle a financé plus de 463 millions de moustiquaires depuis sa création, protégeant environ 834 millions de personnes[22]Against Malaria Foundation. About us.
Cette équipe de treize personnes vient d'encaisser 276 millions de dollars en une seule subvention, et elle n'a pas besoin d'un recrutement massif pour les déployer. Son modèle est conçu pour changer d'échelle : AMF n'organise pas les distributions elle-même et n'emploie personne dans les pays concernés[21]GiveWell. Revue d' Against Malaria Foundation. Elle achète les moustiquaires, identifie avec les programmes nationaux les besoins que personne ne finance, et paie des partenaires indépendants pour contrôler les distributions après coup. La logistique revient à ces partenaires, le plus souvent le Fonds mondial. Si toutes les personnes vivant en zone de forte transmission ne sont pas encore protégées, ce n'est pas faute de capacité opérationnelle. C'est faute de financement.
Prenez maintenant une association de plaidoyer qui recevrait 100 millions d'euros. Elle devra recruter, former, construire des relations institutionnelles. Rien de tout cela ne se fait en un trimestre. C'est ce qu'on appelle la capacité d'absorption, et elle explique pourquoi la réponse à « où l'euro marginal aide-t-il le plus » bouge dans le temps. La santé mondiale et la lutte contre la pauvreté absorbent vite, parce que le point limitant y est souvent l'argent. La souffrance animale, les risques catastrophiques et le climat demandent en plus du temps et des personnes compétentes.
Si vous vous demandez ce que tout cela veut dire pour votre carrière : on va avoir, encore plus qu'avant, besoin de gens qui fondent des associations, dirigent des équipes et pilotent des projets[23]Lewars, J. (2026). The bottleneck isn't just money. It's Managing Directors and Chiefs of Staff.
Les prochaines années vont bousculer la philanthropie à fort impact. Les montants changent d'ordre de grandeur, et les véhicules avec eux.
C'est aussi un moment enthousiasmant. Des sommes de cet ordre vont se diriger vers des problèmes qu'on sait résoudre, et on va avancer vite sur certains d'entre eux.
Rien de tout cela ne rend vos dons superflus. Les besoins restent très supérieurs à l'argent disponible, et chaque euro donné aujourd'hui finance une accélération qui n'aurait pas eu lieu sans vous.
Découvrez les associations recommandées par Mieux Donner, sélectionnées à partir du travail d'évaluateurs indépendants.
Oui. On compare spontanément sa contribution à l'ampleur du problème, et depuis cet été on la compare en plus à des subventions de 276 millions de dollars. Ce n'est pas la bonne échelle. La bonne question est celle de ce que votre don rend possible en plus, par rapport à l'absence de don. Et l'écart entre l'argent disponible et les besoins reste considérable : l'OMS chiffre le déficit de financement de la seule lutte antipaludique à environ 5,4 milliards de dollars par an.
L'argument du don différé existe et il est sérieux, le Patient Philanthropy Fund de Founders Pledge le porte. Trois raisons nous font pencher dans l'autre sens pour l'argent que vous avez déjà prévu de donner : les problèmes traités ne patientent pas, les déficits de financement d'aujourd'hui limitent ce que les associations peuvent construire, et l'intention de donner résiste mal au temps. Sur 22 signataires américains décédés du Giving Pledge, 8 seulement avaient tenu leur promesse.
L'expression vient de Nan Ransohoff. La première vague, autour de 1880 à 1930, vient des fortunes industrielles de Carnegie et Rockefeller. La deuxième, autour de 1990 à 2020, vient du logiciel et d'internet, avec Bill Gates et le Giving Pledge. La troisième s'appuie sur la richesse créée par l'intelligence artificielle, estimée à environ 370 milliards de dollars d'actifs philanthropiques déjà identifiables.
GiveWell est passée de 8 fois à 6 fois son point de référence en 2026, ce qui lui a permis d'accorder environ 90 millions de dollars de subventions supplémentaires. La barre n'a pas baissé parce que ce qu'on finance est devenu moins bon, mais parce que l'argent arrive plus vite qu'on ne trouve où le mettre. Une intervention à 6 fois le point de référence reste parmi les meilleurs usages possibles d'un euro.
Un fonds réévalue les besoins au fil de l'eau et redéploie vers ceux qui manquent de financement au moment où vous donnez, là où une liste d'associations arrêtée il y a douze mois vieillit plus vite qu'avant. GiveWell présente son All Grants Fund comme sa première recommandation pour les personnes qui lui font largement confiance et acceptent des programmes plus incertains. En contrepartie, vous déléguez le choix, et la réduction fiscale française ne suit pas toujours.