Quand on fait un don, on veut savoir s’il change vraiment quelque chose. Les professionnels de l’impact se posent la même question depuis des années. Ils ont fini par s’accorder sur une méthode commune : l’Impact Management Project et ses cinq dimensions de l’impact.
Les méthodes que nous utilisons chez Mieux Donner pour choisir les associations que nous recommandons posent les mêmes questions. Elles vont même une étape plus loin : elles servent à comparer les associations entre elles, pour choisir où un don fera le plus de bien.
L’Impact Management Project (IMP) est une initiative internationale lancée en 2016 autour d’une question simple : comment savoir si une action a réellement un effet positif ? Il a été incubé par Bridges, un gestionnaire britannique de fonds à impact, et s’est achevé comme prévu fin 2021.
Entre 2016 et 2018, l’IMP a réuni une communauté de plus de 2 000 praticiens : investisseurs, entreprises et autres organisations du monde entier. Leur conclusion commune : n’importe quel impact, sur les personnes comme sur la planète, peut se décrire selon cinq dimensions.
Depuis la fin du projet, ses ressources sont hébergées par Impact Frontiers, un collectif d’investisseurs qui continue de les faire vivre. Ce cadre vient donc du monde de la finance à impact, dont il est devenu la grille de lecture commune.
Les cinq dimensions sont aujourd’hui utilisées bien au-delà du cercle qui les a conçues. Dans l’enquête 2020 du Global Impact Investing Network (GIIN), l’IMP figurait parmi les trois cadres les plus utilisés par les investisseurs à impact, aux côtés des Objectifs de développement durable de l’ONU et du catalogue d’indicateurs IRIS+.
En France, le Forum pour l’Investissement Responsable (FIR) et France Invest, qui a créé sa commission Impact dès 2012, ont publié en 2021 un référentiel commun : Investissement à impact : une définition exigeante pour le coté et le non-coté. Il repose sur trois piliers (intentionnalité, additionnalité, mesure) et présente l’IMP et ses cinq dimensions parmi les cadres de référence. Sa définition de l’additionnalité pose la même question que la dimension Contribution : qu’est-ce qui aurait changé si cet investisseur n’avait pas financé le projet ?
À l’échelle européenne, un consortium formé en 2021 par Impact Europe, GSG Impact et les réseaux nationaux de l’investissement à impact d’Allemagne, de Belgique, d’Espagne, de France, d’Italie, des Pays-Bas et du Royaume-Uni a publié en 2024 un document de consensus, The 5 Ws of Impact Investing. Il s’appuie sur la classification des entreprises proposée par l’IMP et recommande de la compléter par les cinq dimensions.
Ces organismes professionnels s’en servent pour une raison précise : séparer les investissements qui ont vraiment un effet positif de ceux qui se contentent de l’affirmer.
Chez Mieux Donner, nous nous appuyons sur le travail d’évaluateurs indépendants. Un évaluateur est une organisation spécialisée qui étudie en profondeur des associations et des programmes, puis publie ses calculs. Le plus connu est GiveWell, fondé en 2007 aux États-Unis, qui évalue des programmes de santé et de lutte contre la pauvreté.
Pour les autres causes, nous suivons notamment Animal Charity Evaluators pour les animaux, Giving Green pour le climat et Longview Philanthropy pour les risques catastrophiques. Nous comparons leurs méthodes et n’accordons pas le même poids à toutes leurs recommandations (notre méthode en détail).
Leur démarche répond, dimension par dimension, aux questions posées par l’IMP.
L’IMP demande d’abord quel changement une action produit, et quelle importance il a pour les personnes concernées. Côté générosité efficace, on commence par décrire la chaîne qui relie l’action au résultat : c’est la théorie du changement. Par exemple, distribuer des moustiquaires imprégnées réduit les piqûres nocturnes, donc les cas de paludisme, donc les décès d’enfants.
Il faut ensuite décider comment comparer des résultats de nature différente. Sauver une vie et doubler le revenu d’une famille ne se comparent pas spontanément. GiveWell tranche cette question avec des « poids moraux » explicites, qu’il publie.
L’IMP demande ensuite qui vit ce changement, et si ces personnes sont déjà bien accompagnées. C’est le caractère négligé au sein de la générosité efficace : un euro va plus loin là où peu de moyens sont déjà investis.
C’est l’une des raisons pour lesquelles New Incentives, qui encourage la vaccination des enfants au Nigeria, peut avoir plus d’effet qu’une association qui travaille sur une cause déjà largement financée.
Cette dimension combine l’échelle, la profondeur et la durée du changement. Ces trois éléments sont au cœur des modèles de coût-efficacité, qui estiment la quantité de bien produite pour chaque euro donné.
Pour la santé, l’unité la plus utilisée est le DALY, qui compte les années de vie en bonne santé perdues. L’Organisation mondiale de la santé l’emploie depuis des décennies. GiveWell exprime aussi ses résultats par rapport à un repère simple : donner directement de l’argent à des personnes très pauvres, une intervention prouvée très efficace et qui aide davantage qu’une grande partie des alternatives. Un programme estimé « 10 fois » fait autant de bien avec 100 € qu’un transfert direct de 1 000 €.
L’IMP distingue la contribution d’une entreprise et celle de son investisseur. Pour un donateur, c’est la seconde qui compte : qu’est-ce que mon don change, par rapport à ce qui se serait passé sans lui ?
C’est sans doute la dimension sur laquelle la générosité efficace insiste le plus. Avant de recommander une association, on vérifie qu’elle peut utiliser des fonds supplémentaires et qu’un autre financeur n’aurait pas couvert le programme de toute façon. GiveWell corrige même ses estimations quand un don risque de remplacer l’argent d’un gouvernement ou d’une fondation plutôt que de s’y ajouter.
L’IMP demande d’évaluer la probabilité que l’impact diffère de ce qui était attendu, et distingue neuf types de risque. Pour un donateur, le plus important est le risque lié aux preuves : les données sont-elles assez solides pour savoir ce qui se passe vraiment ?
Les évaluateurs y répondent en appliquant des décotes à leurs estimations. Un effet observé dans une seule étude, ou dans un autre pays, est revu à la baisse selon la probabilité qu’il se reproduise ailleurs. Un autre risque listé par l’IMP, le risque d’efficience, se demande si le même impact aurait pu être obtenu avec moins de ressources : c’est exactement la question du coût-efficacité.
Un risque élevé n’est pas forcément éliminatoire. Dans nos conseils personnalisés, nous pouvons mettre en avant des projets plus incertains mais prometteurs, en étant explicites sur le risque que leur impact soit faible.
| Dimension de l’IMP | La question posée | La réponse de la générosité efficace |
|---|---|---|
| Quoi | Quel changement, et à quel point il compte ? | Théorie du changement et poids moraux explicites |
| Qui | Qui est concerné, et est-ce déjà bien couvert ? | Priorité aux problèmes négligés |
| Combien | Pour combien de personnes, avec quelle ampleur, pendant combien de temps ? | Modèles de coût-efficacité : le bien produit par euro |
| Contribution | Que se serait-il passé sans ce don ? | Raisonnement contrefactuel et capacité à absorber des fonds |
| Risque | Et si le résultat n’était pas au rendez-vous ? | Décotes selon la solidité des preuves |
Les cinq dimensions permettent déjà de comparer des actions qui visent le même objectif. Impact Frontiers le souligne lui-même : parmi des entreprises qui créent des revenus pour des communautés pauvres, on peut repérer celles qui produisent le changement le plus profond. Mais le cadre laisse chaque investisseur choisir son objectif, et ne dit pas s’il vaut mieux financer la santé ou l’emploi.
Pour un investisseur, l’impact se pèse aussi à côté du rendement financier. Pour un donateur, l’impact est le seul rendement attendu, et chaque euro donné ira à une seule association parmi des milliers possibles. C’est pourquoi nous allons jusqu’au bout de la démarche, en deux étapes.
Une cause, au sens où nous l’entendons, est un grand domaine d’action. Nous en retenons quatre : la santé et la pauvreté dans le monde, le bien-être animal, le changement climatique et la prévention des risques catastrophiques. Ce sont des problèmes immenses, encore peu financés, sur lesquels on peut réellement progresser. Beaucoup de causes respectables n’y figurent pas, parce qu’un euro va beaucoup plus loin ailleurs.
Pour aider les humains aujourd’hui, des unités communes comme le DALY ou le WELLBY (une mesure du bien-être) permettent de comparer des interventions très différentes : moustiquaires, vaccination, supplémentation en vitamine A. Selon le problème traité, la meilleure intervention peut être de 20 à 100 fois plus efficace que l’intervention moyenne. Pour le bien-être animal, la comparaison repose sur des estimations de la capacité de souffrance des espèces, que les chercheurs eux-mêmes jugent incertaines pour des chiffres précis, mais suffisantes pour permettre une priorisation des actions.
Cette priorisation ne se résume pas à un score unique. Nos évaluateurs croisent plusieurs critères : le coût-efficacité, ce qui se serait passé sans l’intervention, la solidité des preuves scientifiques et, pour les associations, leur transparence.
Entre ces quatre causes, en revanche, nous ne prétendons pas établir un classement unique, et la comparaison se fait à l’échelle des problèmes. Selon la FAO, environ 80 milliards d’animaux terrestres sont abattus chaque année pour l’alimentation, la plupart après une vie en élevage intensif. Cette souffrance massive reste très peu financée, alors qu’elle peut reculer à faible coût. The Humane League a par exemple obtenu l’engagement de plus de 400 entreprises à abandonner les œufs de poules en batterie.
Mettre ces progrès en balance avec des vies d’enfants sauvées, ou avec la réduction des risques qui pèsent sur les générations futures, demande de décider quel poids accorder à chacun. Ce sont des choix de valeur sur lesquels des personnes raisonnables divergent. Nous vous présentons donc plusieurs options très solides, et nous pouvons vous aider à les répartir selon vos propres priorités.
C’est cette étape supplémentaire, comparer puis choisir, qui nous permet de proposer une courte sélection d’associations plutôt qu’une longue liste de bonnes intentions.
Ramenées à l’échelle d’un don, les cinq dimensions deviennent cinq questions à poser à n’importe quelle association.
Ces questions sont un bon réflexe. Y répondre sérieusement demande pourtant des données, d’analyser les études, voire d’envisager d’en lancer, puis une comparaison entre des dizaines d’options. C’est ce travail que nous faisons pour vous, en nous appuyant sur un réseau d’évaluateurs et de chercheurs.
Pour mettre l’impact au cœur de vos dons, découvrez nos associations recommandées ou demandez un conseil personnalisé gratuit. Nous ne prélevons aucune commission sur vos dons.