Penser à la marge : donner là où le prochain euro a le plus d’impact
Chaque euro donné n’a pas le même effet. Une association peut être extrêmement efficace aujourd’hui, puis moins prioritaire demain, une fois ses besoins couverts. Cette logique dynamique permet de rendre les dons plus utiles, sans donner plus, simplement en donnant mieux.
Dans la philanthropie comme dans l’économie, les rendements décroissants sont une réalité. Les premiers dons comblent les besoins les plus urgents, ceux qui produisent l’effet maximal. Puis, à mesure qu’une intervention est financée, chaque nouvel euro apporte un peu moins d’impact que le précédent. Cela ne veut pas dire qu’il faut arrêter de donner, mais qu’il faut se demander quand une cause devient suffisamment financée pour que d’autres deviennent plus prioritaires.
Le potentiel de financement : la mesure de ce qu’une association peut encore accomplir
Le potentiel de financement désigne la capacité d’une organisation à utiliser efficacement des fonds supplémentaires pour accroître son impact. Autrement dit : « Si nous ajoutons un euro de plus, que pourra-t-elle en faire concrètement ? »
Une association peut avoir un excellent historique d’efficacité, mais un faible potentiel de financement si ses programmes sont déjà couverts. À l’inverse, une autre organisation, parfois moins connue, peut avoir un fort potentiel car elle dispose de programmes prêts à être déployés dès qu’elle reçoit plus de moyens.
C’est pourquoi Mieux Donner s’attache à identifier non seulement les associations les plus efficaces, mais aussi celles qui ont encore une marge de financement utile.
Exemples de potentiel de financement
| Association | Potentiel de financement | Impact attendu |
|---|---|---|
| Against Malaria Foundation (AMF) | ≈ 452 M $ sur 12 mois | 88 M de moustiquaires distribuées, 158 M de personnes protégées |
| Clean Air Task Force (CATF) | 12,5 M € sur 3 ans | Programme de géothermie des roches chaudes, expansion Afrique et Moyen-Orient, +10M tCO₂ évitées |
Sources : Against Malaria Foundation – Funding Gap • Giving Green – Rapport détaillé sur le CATF, p.17 • Comment nous calculons l’impact de la réduction des émissions de carbone
AMF aujourd’hui, d’autres demain : une approche dynamique
L’efficacité d’un don évolue. Mieux Donner actualise régulièrement ses recommandations selon la capacité réelle des associations à utiliser des fonds supplémentaires. Ce raisonnement ne conduit pas à opposer les associations entre elles, mais à vouloir aider le plus possible.
Beaucoup d’organisations partagent le même objectif de sauver des vies ou d’améliorer les conditions de vie, mais il existe entre elles des écarts d’efficacité très importants. En soutenant celles qui, aujourd’hui, ont le meilleur rapport impact / coût, nous pouvons avoir jusqu’à cent fois plus d’impact tout en utilisant au mieux des ressources limitées.
Actuellement, Mieux Donner permet de soutenir directement plusieurs associations parmi les plus efficaces connues dans les domaines de la santé et de la pauvreté : Against Malaria Foundation (AMF), Helen Keller International (HKI), et New Incentives. Ces organisations ont prouvé leur efficacité et disposent encore d’un potentiel de financement significatif.
Tout l’écosystème de la philanthropie efficace repose sur un équilibre entre impact mesurable aujourd’hui et investissement dans les solutions de demain. Certains acteurs se concentrent sur cette exploration, tandis que d’autres, comme GiveWell, combinent les deux à travers leurs programmes :
- Top Charities : interventions éprouvées à fort impact immédiat.
- All Grants Fund : projets expérimentaux et associations émergentes.
En soutenant les associations les plus efficaces dès maintenant, chaque contribution renforce aussi cet équilibre. Chaque euro donné à une organisation comme AMF permet à GiveWell d’allouer davantage de ressources à la recherche de nouvelles interventions prometteuses.
Si seulement 0,1 % de la population française prenait l’Engagement à donner 10 % de ses revenus, des millions de vies supplémentaires pourraient être améliorées et davantage de moyens seraient consacrés à l’innovation pour les dons de demain.
Ce que cela change pour vos dons
Penser à la marge, c’est adopter une nouvelle manière de réfléchir à ses dons. Plutôt que de se demander « Quelle cause est la plus importante ? », on se demande « Où le prochain euro que je donne fera-t-il le plus de bien aujourd’hui ? ».
Même un petit don peut avoir un impact mesurable s’il est bien orienté. L’efficacité ne dépend pas du montant, mais de la direction donnée à la générosité de celles et ceux qui donnent.
Cette approche collective et rationnelle transforme la générosité en un outil d’efficacité réelle : chaque personne qui donne contribue à un effort commun pour maximiser l’impact global.