Mieux Donner

Faut-il faire des dons, ou s'engager dans l'investissement à impact ?

05/02/2025 – Temps de lecture : 15 min.

Si vous souhaitez avoir un impact positif significatif dans le monde, que ce soit en améliorant le bien-être, en réduisant la souffrance ou en relevant des défis mondiaux urgents, vous vous posez peut-être une question fondamentale : Dois-je faire un don efficace ou investir pour avoir un impact ?

Cet article explore les définitions, compare les preuves et examine les arguments en faveur des deux approches afin de déterminer quelle stratégie peut produire les meilleurs résultats. Nous nous penchons également sur les recherches récentes, les principes pratiques et les études de cas telles que les déclarations d’impact du Global Innovation Fund, le Fonds Mondial pour l’Innovation.

Table des Matières

Définitions : Don efficace versus investissement à impact

Donner efficacement

Donner efficacement, c’est donner de l’argent à des associations caritatives ou à des organisations dont l’impact a été rigoureusement évalué. L’objectif est de diriger les fonds vers des interventions qui apportent le plus grand bénéfice par dollar dépensé, sur la base de preuves solides telles que des essais contrôlés randomisés (ECR) et des analyses coût-efficacité.

L'investissement à impact

L’investissement à impact, en revanche, consiste à investir dans des entreprises à but lucratif ou non lucratif qui visent à obtenir des avantages sociaux ou environnementaux mesurables en plus des rendements financiers. Il peut s’agir, par exemple, de financer des projets d’énergie renouvelable ou de soutenir des entreprises qui favorisent l’accès à des soins de santé abordables dans les régions à faible revenu. L’intérêt potentiel réside dans le fait de générer des retours financiers et sociaux, ce qui pourrait théoriquement multiplier vos ressources pour de futurs efforts philanthropiques.

L’investissement à impact semble supérieur à l’investissement dans des secteurs neutres (par exemple, les actions générales) ou dans des industries nuisibles (par exemple, l’exploration des combustibles fossiles). Lorsqu’il s’agit de choisir entre l’investissement à impact et les stratégies d’investissement conventionnelles, investir dans les secteur neutres peut produire des résultats positifs significatifs tout en évitant les externalités néfastes.

Cependant, la question reste posée : L’investissement à impact est-il efficace par rapport aux dons immédiats à des organisations caritatives fondées sur des données probantes ?

Le don efficace est meilleur que l'investissement à impact : Les résultats de la recherche

Les recherches menées par Hauke Hillebrandt, PhD, et John Halstead, DPhil, dans leur article intitulé « Donating effectively is usually better than Impact Investing » suggèrent, comme le titre l’indique, que les dons à des organisations caritatives à fort impact sont souvent plus efficaces que l’investissement à impact, même si l’on prend en compte le fait que notre argent peut être utilisé pendant une plus longue période de temps. Leurs conclusions, publiées initialement en 2020, mettent en évidence plusieurs défis majeurs qui limitent le potentiel de l’investissement à impact à produire des résultats comparables à ceux des dons à fort impact.

Les principaux défis de l'investissement à impact

1. Trouver les entreprises qui ont un réel impact

Il est difficile d’identifier les entreprises qui ont un véritable impact, c’est-à-dire celles qui font une différence positive significative. Contrairement aux organisations caritatives qui font l’objet d’évaluations rigoureuses telles que des essais contrôlés randomisés (ECR), l’impact de nombreuses entreprises reste incertain.

2. Atteindre l'additionnalité

L’additionnalité fait référence à la contribution unique d’un investisseur à la réussite d’une entreprise. On peut également s’y référer par le terme « contrefactuel » qui peut être utilisé dans d’autres situations. Il peut s’agir de l’apport de capitaux supplémentaires (« impact de l’investissement ») ou d’un soutien non financier (conseils, réseaux, etc.). Pour les grands marchés boursiers publics, il est particulièrement difficile de parvenir à l’additionnalité, car les investissements ne font souvent que remplacer ceux d’autres investisseurs.

3. Compromis entre rendement financier et impact social

Les investissements à impact social exigent souvent des sacrifices financiers. Les investisseurs doivent trouver un compromis entre la maximisation de leurs rendements financiers et leur impact social, ce qui complique la capacité à surpasser systématiquement les dons à des organisations caritatives dont l’efficacité a été prouvée.

4. Effets de déplacement

Les investissements peuvent déplacer d’autres investisseurs d’impact, ce qui signifie que votre capital pourrait simplement remplacer des fonds qu’un autre investisseur aurait fournis, réduisant ainsi votre contribution unique à la réussite du projet.

Principes pour un investissement à impact efficace

Hillebrandt et Halstead ont identifié six principes directeurs pour maximiser l’efficacité de l’investissement à impact :

  1. Soutenir les entreprises qui profitent aux consommateurs (pauvres) ou qui produisent des externalités positives.
    Privilégier les entreprises qui profitent directement aux populations défavorisées ou qui contribuent aux biens publics, tels que les énergies renouvelables ou les soins de santé abordables.

  2. Choisissez une cause à fort impact.
    Tout comme pour les dons, il est essentiel de choisir des domaines négligés mais à fort impact, tels que la santé mondiale ou le changement climatique.

  3. Soutenir des entreprises sur des marchés peu fréquentés.
    Investir dans des secteurs sous-financés augmente la probabilité de faire la différence en comblant les déficits de financement.

  4. Travailler sur des marchés inefficaces et s’attendre à des sacrifices financiers.
    Les investissements à fort impact nécessitent souvent d’opérer sur des marchés où les investisseurs conventionnels sont absents, et d’accepter des rendements financiers plus faibles en échange d’un impact social plus important.

  5. Travailler sur des problèmes négligés.
    S’attaquer à des problèmes négligés par d’autres investisseurs d’impact offre un plus grand potentiel pour apporter une contribution unique.

  6. Exploiter un avantage en matière d’information ou de réseau.
    L’exploitation de connaissances ou de relations spécialisées peut permettre d’identifier des opportunités d’impact que d’autres pourraient manquer.

Pourquoi les principes seuls sont nécessaires mais pas suffisants

L’étude critique les principes communs de l’investissement à impact, tels que le soutien aux entreprises sur des marchés inefficaces ou dans des secteurs négligés, qu’elle juge insuffisants. Si ces principes constituent une base pour l’évaluation des investissements, ils sont davantage un point de départ qu’un cadre fiable pour garantir des résultats à fort impact. La difficulté réside dans la mise en œuvre : il est rare de trouver des opportunités où les ressources financières créent réellement une valeur ajoutée, surtout lorsqu’on est en concurrence avec d’autres investisseurs bien capitalisés.

L'avantage comparatif du don

Contrairement à l’investissement à impact, le don permet d’éviter une grande partie des incertitudes liées à la dynamique du marché. Les organisations caritatives à fort impact se concentrent sur des interventions directes dont les résultats sont mesurables. Par exemple, les organisations caritatives qui s’attaquent aux maladies négligées ou qui fournissent des solutions de santé rentables ont un impact à une échelle qu’il est difficile de reproduire dans le secteur privé. Il convient également de mentionner que, pour certains acteurs, il peut sembler plus facile de prêter de l’argent que d’en donner.

Si l’investissement à impact a ses mérites, comme celui d’influencer le comportement du marché et de favoriser l’innovation, il peine souvent à atteindre les résultats immédiats et mesurables d’une donation efficace. De plus, le paysage de l’investissement à impact est très concurrentiel. Selon le Global Impact Investing Network (GIIN), le marché mondial de l’investissement à impact est estimé à 1,57 trillion de dollars d’actifs sous gestion, répartis entre 3 907 organisations. Compte tenu du grand nombre d’acteurs qui se disputent les meilleures opportunités, il est possible que les investisseurs supplémentaires ne fassent pas une différence significative.

À l’inverse, dans le secteur à but non lucratif, le goulot d’étranglement n’est souvent pas le manque d’opportunités, mais le manque de financement. Des centaines de millions d’enfants ne sont toujours pas vaccinés, ne sont pas protégés contre le paludisme et souffrent d’une carence en vitamine A – des problèmes dont les solutions sont bien documentées et rentables, mais qui restent sous-financés. Le facteur limitant ici n’est pas l’innovation ou les possibilités d’extension, mais simplement le manque d’argent. Dans ce contexte, les dons à des organisations caritatives rigoureusement évaluées constituent un moyen direct et éprouvé de sauver des vies et d’améliorer le bien-être dans le monde.

Évaluation des meilleures preuves pour l'investissement à impact

Le Global Innovation Fund (GIF) ou Fonds Mondial pour l’Innovation, a été présenté comme un exemple d’investissement à fort impact. Selon son rapport d’impact 2022, le GIF affirme :

Chaque dollar investi par le GIF à ce jour aura trois fois plus d'impact que s'il avait été dépensé en moustiquaires imprégnées d'insecticide de longue durée... C'est trois fois plus que l'impact par dollar des organisations caritatives les mieux classées par GiveWell, y compris la distribution de moustiquaires imprégnées d'insecticide contre le paludisme.

Il s’agit d’une comparaison abusive : bien que cette affirmation semble convaincante, elle ne résiste pas à un examen rigoureux lorsqu’elle est comparée aux méthodolgoies utilisées par des organisations telles que GiveWell. Même pour les principales organisations d’investissement à impact, les preuves suggèrent que les dons efficaces – où chaque dollar va directement à des interventions éprouvées et à fort impact – tendent à produire de meilleurs résultats. Trois objections essentielles se posent :

1. Absence d'estimations prudentes de l'impact

GiveWell utilise des hypothèses très prudentes pour évaluer l’impact des organisations caritatives recommandées. Par exemple, le programme de supplémentation en vitamine A mis en œuvre par Helen Keller International est étayé par de nombreux essais contrôlés randomisés (ECR). Malgré cela, GiveWell réduit considérablement ses estimations d’impact (jusqu’à un facteur de quatre) pour tenir compte des incertitudes telles que les échecs de réplication.

En revanche, le GIF fonde ses affirmations sur des projections optimistes plutôt que sur des évaluations solides et prudentes. Cela conduit à des estimations d’impact surévaluées. Par exemple, le GIF attribue une grande partie de l’impact final d’un projet à son premier cycle de financement sans preuve rigoureuse. En utilisant ce type d’estimation optimiste, certains nouveaux projets pourraient prétendre être 240 fois plus rentables que la référence de GiveWell en matière de transferts monétaires – par exemple, le modèle d’impact de HealthLearn revendique de tels chiffres (voir ressources en bas de page). Cependant, lorsqu’ils sont évalués à l’aide de méthodes plus prudentes, le rapport coût-efficacité réel de ces projets est probablement beaucoup plus faible. C’est pourquoi HealthLearn a utilisé une division de l’impact évalué supérieure à dix et parle de x24 et non de x240 ou plus.

2. Surestimation des contributions lors des différents cycles de financement

L’investissement à impact implique souvent plusieurs cycles de financement (par exemple, amorçage, intermédiaire, élargissement).

Il n’est pas nécessaire d’envisager plusieurs cycles de financement lorsque vous faites un don, mais vous devriez probablement le faire dans le cadre de l’investissement à impact. Ce que le GIF ne fait pas. Le GIF extrapole un seul cycle pour estimer l’impact global :

Tableau présentant les trois cycles d'investissement sous forme de colonnes : amorçage, intermédiaire et élargissement. Ligne 1 : Contribution de ce cycle (qui peut être considérée comme la contribution générale dans une analyse rapide) : Cycle d'amorçage, 50 %, Cycle intermédiaire, 50 %, Cycle de mise à l'échelle, 50 %. Ligne 2 : Attribution de la contribution générale de chaque cycle (très incertaine, dépendra du domaine et du degré de promiscuité du projet à chaque étape). Cycle d'amorçage : 30 %, cycle intermédiaire : 35 %, cycle de mise à l'échelle : 40 %. Ligne 3 : Contribution globale, en réalité : Cycle d'amorçage, 15 %, Cycle intermédiaire, 17,5 %, Cycle de mise à l'échelle, 20 %.

Une telle attribution gonfle l’impact perçu du GIF. En réalité, les cycles ultérieurs jouent souvent un rôle moins important dans la réussite globale d’un projet, et les contributions cumulées des cycles antérieurs doivent être soigneusement réévaluées. En tenant compte de ces éléments, les estimations de l’impact du GIF pourraient être réduites d’un facteur trois.

3. Ignorance des contrefactuels

L’un des points forts de GiveWell est son examen minutieux de l’impact contrefactuel, c’est-à-dire ce qui se passerait si l’organisation ne finançait pas un projet. Par exemple :

Réfléchissons à la manière dont cela pourrait s'appliquer aux programmes de santé. Supposons que nous envisagions d'accorder une subvention de 10 millions de dollars à un programme visant à accroître la vaccination des enfants dans le Beleriand (fictif). L'estimation initiale du rapport coût-efficacité de GiveWell a montré que le programme était presque 20 fois plus rentable que les transferts monétaires inconditionnels (nous utilisons les transferts monétaires comme référence pour comparer les différents programmes). Cette estimation fait du programme un bon candidat au financement, puisqu'il dépasse notre seuil actuel de rentabilité de 10 fois.

Mais que se passerait-il si le gouvernement avait financé le programme sans GiveWell ? L'argent étant fongible, notre subvention de 10 millions de dollars remplacerait des fonds qui auraient pu être alloués par le gouvernement, ce qui permettrait à ce dernier de dépenser ses 10 millions de dollars d'une autre manière. L'arrivée du financement a pour effet pratique de permettre au gouvernement de dépenser les fonds pour un programme moins prioritaire (et ayant moins d'impact) qu'il n'aurait autrement pas eu assez d'argent pour payer. L'effet final du financement de GiveWell n'est pas le programme de vaccination à fort impact, qui aurait eu lieu de toute façon, mais l'alternative à faible impact, qui n'aurait pas eu lieu.

Pour y remédier, GiveWell ajuste ses calculs d’impact pour tenir compte de ces scénarios contrefactuels. L’organisation effectue également des analyses rétrospectives afin d’évaluer la fréquence à laquelle les projets qu’elle a choisi de ne pas financer ont été soutenus par d’autres acteurs.

L’économiste en chef du Global Innovation Fund a déclaré :

Le GIF investit dans des innovations en phase de démarrage dont on peut dire qu'elles pourraient échouer ou s'essouffler en l'absence du cycle de financement auquel nous participons. Nous pensons donc que l'hypothèse contrefactuelle de l'absence d'impact est défendable.

Je pense qu’il peut être difficile de défendre cette hypothèse, parce que c’est exactement ce que tous les autres acteurs sérieux de ce secteur ont essayé de faire. Se limiter au chiffre de 50% d’échecs constituerait une hypothèse plus crédible en attendant des preuves supplémentaires.

Autres propositions

Il convient de préciser que ces approches ne s’excluent pas mutuellement et qu’il est possible de répartir les ressources dans des proportions variables. En outre, investir pendant 40 ans n’exclut pas la possibilité de faire don des fonds accumulés. Des gradients et des variations sont toujours possibles.

Faire don des rendements de vos investissements à impact

Si le fait de donner votre capital vous semble intimidant, une autre stratégie à envisager est de faire don des rendements de vos investissements à impact. Cette approche vous permet de conserver votre capital initial tout en contribuant de manière significative à des causes qui vous tiennent à cœur.

Si l’investissement à impact offre généralement des rendements financiers légèrement inférieurs à ceux des investissements traditionnels, la différence n’est peut-être pas aussi importante que vous le pensez. Par exemple, l’étude de l’Université de Californie a révélé un taux de rendement interne (TRI) médian de 6,4 % pour les fonds à impact, contre 7,4 % pour les fonds conventionnels, soit une différence de seulement 1 %. Ce petit compromis pourrait correspondre à vos objectifs financiers tout en générant des résultats sociaux ou environnementaux positifs, même si c’est à une échelle plus petite que les dons directs.

Voici comment la donation de vos revenus pourrait fonctionner en pratique :

1. Conservez votre capital

Gardez votre capital investi intact et ne donnez qu’une partie de vos revenus annuels. Par exemple, si votre investissement à impact rapporte 6 % par an, vous pouvez faire don de la totalité des 6 % :

  • Si votre investissement à impact rapporte 6 % par an, vous pouvez faire don de la totalité des 6 %, ce qui constitue un don récurrent sans épuiser votre investissement initial.
  • Vous pouvez aussi choisir de donner 4 % et de réinvestir les 2 % restants pour suivre l’inflation. De cette manière, votre portefeuille reste viable à long terme.

2. Maximiser la certitude grâce aux dons

Bien que l’impact de l’investissement à impact soit intrinsèquement incertain et souvent beaucoup moins efficace que les dons directs, le fait de diriger les rendements vers des organismes de bienfaisance ayant fait leurs preuves permet de s’assurer que votre argent est le plus utile possible. Cette combinaison peut vous permettre de concilier sécurité financière et dons à fort impact.

Investir pour donner

« Investir pour donner » est une stratégie dans laquelle des individus ou des organisations, fermement engagés à faire des dons dans le futur, choisissent d’investir d’abord leurs ressources afin d’augmenter le montant total disponible pour la philanthropie. L’idée est qu’au fil du temps, les rendements financiers des investissements peuvent augmenter de manière significative les ressources disponibles, ce qui permet de doubler, voire de tripler le montant total du don après ajustement pour tenir compte de l’inflation. Par exemple, avec un rendement annuel moyen de 6 %, les fonds d’une personne qui donne pourraient augmenter de plus de 50 % en moins de dix ans. Cette stratégie peut également permettre aux personnes qui donnent de se préparer à des opportunités à grande échelle, telles que le financement d’initiatives futures nécessitant des ressources substantielles ou le soutien d’innovations qui ne sont pas encore disponibles.

Cependant, investir pour donner s’accompagne de compromis importants. Bon nombre des interventions à fort impact disponibles aujourd’hui répondent à des besoins urgents, sensibles au facteur temps, tels que la prévention des décès dus au paludisme, à la famine ou aux maladies évitables par la vaccination. Ces causes représentent souvent des « fruits à portée de main », pour lesquels le rapport coût-efficacité est extraordinairement élevé. En attendant de faire un don, on risque de perdre l’occasion de s’attaquer à ces problèmes alors qu’il est encore possible de les traiter. En outre, au fil du temps, à mesure que ces problèmes immédiats sont traités, le coût d’un impact comparable peut augmenter en raison de rendements marginalement décroissants – par exemple, le coût par vie sauvée peut augmenter à mesure que les interventions les plus faciles et les plus rentables sont épuisées.

Un autre risque réside dans l’imprévisibilité des opportunités d’impact futur. S’il est possible que des innovations ou de nouveaux domaines d’intervention puissent accroître de manière significative l’efficacité des dons futurs, cette éventualité est incertaine. De même, les ralentissements économiques ou la dérive des valeurs personnelles peuvent affecter la capacité ou la volonté de la personne qui donne de réaliser ses intentions philanthropiques. Il faut également tenir compte des déficits de financement immédiats auxquels sont confrontées les organisations à fort impact aujourd’hui, et qui peuvent limiter leur capacité à s’étendre ou à fonctionner à plein régime si les dons sont retardés.

Si « investir pour donner » peut être une approche convaincante pour les personnes qui se concentrent sur l’impact à long terme, la comparaison entre donner maintenant et donner plus tard est complexe et dépend de facteurs tels que l’urgence des besoins actuels, les retours sur investissement escomptés et l’évolution du paysage des interventions à fort impact. Nous prévoyons d’approfondir ce sujet dans de futurs articles, en analysant les preuves et les compromis afin d’aider les donateurs à prendre des décisions éclairées.

Une exemple réel de maximisation d'impact

Imaginez que vous disposiez de plusieurs centaines de millions de dollars et que vous ayez pour mission d’aider les autres autant que possible en utilisant les ressources dont vous disposez. Vous avez accès à une équipe de chercheurs de classe mondiale, comprenant des experts en santé mondiale, en biosécurité et en bien-être animal, qui s’efforcent de trouver le moyen d’avoir l’impact le plus positif possible. Ce que vous feriez finalement serait un résultat intéressant.

Il ne s’agit pas d’un scénario hypothétique – c’est l’histoire d’Open Philanthropy. Fondée en 2014, Open Philanthropy est devenue un acteur majeur du secteur de la philanthropie. Sa mission est simple mais ambitieuse : « Notre mission est d’aider les autres autant que nous le pouvons avec les ressources dont nous disposons. » Elle se consacre à la recherche de causes ayant un impact dans le monde en s’appuyant sur des recherches, des preuves et un raisonnement rigoureux. Elle dispose actuellement d’une équipe de 140 personnes, dont 90 travaillent sur la recherche ou des programmes spécifiques.

Bien que nous n’ayons pas accès à leur raisonnement complet, à toutes les analyses, et que les principaux bailleurs de fonds pourraient avoir certains préjugés et limiter la portée de leur fondation, il est tout de même remarquable de voir qu’Open Philanthropy se concentre principalement sur les dons plutôt que sur l’investissement à impact. Sa mission est d’aider les autres autant que possible avec les ressources disponibles, et son équipe de chercheurs de haut niveau a rigoureusement étudié les meilleurs moyens d’y parvenir. Le fait qu’Open Philanthropy canalise ses ressources principalement vers les dons plutôt que vers l’investissement à impact suggère fortement que, pour ceux qui visent à maximiser l’impact, donner efficacement à des organisations caritatives fondées sur des données probantes est souvent plus performant que l’investissement à impact.

Bien entendu, l’approche d’Open Philanthropy n’exclut pas la valeur potentielle de l’investissement à impact dans certains contextes. Elle fournit des données concrètes convaincantes sur l’efficacité des dons par rapport à l’investissement à impact.

Conclusion générale : Le don est plus efficace que l'investissement à impact

L’investissement à impact est un défi, souvent assorti de multiples limites, et le don est généralement plus efficace. Si la formule « investir pour donner plus tard » peut concurrencer le don immédiat, elle ne fonctionne que si l’intention de donner reste centrale.

Si votre objectif est de conserver votre argent, il est peu probable que l’investissement à impact soit le meilleur moyen de faire la différence. Faire don du rendement de vos investissements peut avoir plus d’impact que le simple fait d’investir.

En ce qui concerne l’investissement à impact, il est difficile d’affirmer que cette approche permet d’obtenir l’impact le plus important possible. Si vous voulez vraiment faire la différence, il vaut la peine d’envisager de faire don de vos ressources, maintenant ou plus tard, afin d’en maximiser le potentiel.

Vous pouvez me contacter à l’adresse romain@mieuxdonner.org si vous avez d’autres arguments ou une nouvelle étude/un nouveau rapport à partager.

Photo Co fondateur

Romain Barbe

Romain est co-fondateur et co-directeur de Mieux Donner. Vous pouvez le contacter à l’adresse romain@mieuxdonner.org ou en utilisant le formulaire de contact.

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