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Formaliser l’efficacité peut (et doit) être ‘for good’

Illustration : formaliser la mesure d'efficacité dans les associations françaises pour un impact philanthropique durable
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Ombline Planes

Directrice de la Communication
Temps de lecture : 5 minutes

« La formalisation de l’efficacité ne serait pas compatible avec une démarche ‘for good’. »

 

C’est une idée qui circule encore. Comme si rigueur, mesure et structuration étaient réservées au monde marchand, et forcément suspects dès qu’il s’agit de solidarité.

 

Or, cette idée reçue n’est pas seulement infondée. Elle est contre-productive.

 

Parce que ne pas chercher à savoir si ce qu’on fait fonctionne vraiment, c’est prendre le risque de ne pas aider. Voire, dans certains cas, de faire du mal en pensant bien faire.

 

Il est temps de poser les choses clairement : oui, l’efficacité peut être ‘for good’. Et mieux : elle en est une condition.

Schéma : formaliser la mesure d'efficacité dans les associations françaises pour un impact philanthropique durable

Ce que la formalisation n’est pas

Avant d’expliquer pourquoi la formalisation peut être un levier de transformation sociale, il est essentiel de dissiper les malentendus qui l’entourent.

 

Trop souvent, elle est perçue comme un processus froid, technocratique, incompatible avec la nature humaine de l’engagement associatif.

 

Or, ces préjugés freinent des dynamiques utiles. Déconstruisons-les.

Formaliser, ce n’est pas déshumaniser

Le mot peut faire peur. Il évoque des tableaux Excel, des indicateurs froids, des procédures figées. Mais c’est une vision caricaturale. Formaliser, ce n’est pas figer le vivant. C’est le rendre lisible.

 

C’est expliciter ce qui marche. Structurer ce qui est réussi pour pouvoir le reproduire. Clarifier les conditions d’une relation humaine de qualité : à quel moment on écoute, comment on construit la confiance, comment on assure un suivi digne.

 

La plupart des relations humaines reposent sur des codes partagés. La bienveillance, l’empathie, la réciprocité. Tous ces éléments peuvent être observés, modélisés, renforcés.

 

Refuser de formaliser, ce n’est pas protéger l’humain. C’est accepter qu’il soit traité selon des intuitions individuelles, parfois biaisées.

Ce qui est flou n’est pas toujours bienveillant

On croit souvent que la chaleur humaine se perd dans la mesure. Mais ce n’est pas la mesure qui déshumanise. C’est l’arbitraire.

 

De nombreux projets bien intentionnés échouent à produire un impact réel. Non parce qu’ils manquent de cœur, mais parce qu’ils manquent de cadre. Parce qu’ils sont conçus sur des idées reçues, des intuitions non testées, des approches peu adaptées.

 

Quand on aide sans cadre, ceux qui aident s’épuisent. Et quand on ne vérifie pas si l’aide fonctionne, ceux qui la reçoivent finissent par perdre espoir.

 

Le mythe de la spontanéité bienveillante est séduisant. Mais dans la durée, il est dangereux. Car il masque les zones d’inefficacité.

L’efficacité, exigence éthique du “for good”

Une fois les malentendus levés, une autre réalité apparaît : celle d’une efficacité qui n’est pas seulement utile, mais nécessaire.

 

Dans un secteur où chaque ressource est précieuse et chaque décision peut transformer une vie, ne pas chercher à être efficace, c’est prendre le risque d’être injuste.

 

Voici pourquoi.

Agir avec impact, c’est une question morale

Quand on agit pour les autres, on ne peut pas se contenter de bonnes intentions. On mobilise du temps, de l’argent, de l’attention. On a donc le devoir moral de savoir si ce qu’on fait a vraiment un effet.

 

Peter Singer l’a rappelé avec force : « Ne pas chercher à sauver des vies quand on en a les moyens, c’est moralement critiquable. » Cela vaut aussi pour l’efficacité : ne pas chercher à mesurer l’effet de ses actions, c’est prendre le risque de gâcher ces moyens.

 

L’impact social ne se mesure pas à l’intention. Il se mesure à l’effet produit.

La rigueur est un respect

Ceux qui bénéficient de l’action sociale sont souvent les plus vulnérables. Ils n’ont pas toujours l’opportunité pour dire ce qui ne va pas. Ils n’ont pas toujours le choix de refuser une aide mal conçue.

 

La rigueur dans l’action, c’est une façon de les respecter. De s’assurer qu’on ne leur impose pas une solution inadaptée. De vérifier qu’on ne reproduit pas des schémas déjà échoués.

 

Ce n’est pas un luxe technocratique. C’est une exigence de justice.

Ce que propose Mieux Donner : une efficacité habitée par le sens

Convaincus que rigueur et engagement peuvent coexister harmonieusement, nous avons fait le choix d’une efficacité à visage humain. Une efficacité qui ne se pense pas en opposition au « for good », mais comme sa condition. Voici comment cette vision se traduit concrètement dans notre approche.

Formaliser pour valoriser, pas pour contrôler

Chez Mieux Donner, nous ne croyons pas à la mécanique froide de l’audit. Nous croyons à la visibilité de l’impact.

 

Nous formalisons pour :

  • mettre en valeur les forces réelles des associations,
  • rendre leurs réussites compréhensibles et partageables,
  • aider les individus à orienter leurs ressources là où elles peuvent être les plus utiles.

Une démarche centrée sur les bénéficiaires

Nous ne venons pas plaquer une grille d’évaluation extérieure.

 

Nous partons des bénéficiaires : de leurs besoins, de leur vécu, de leur propre manière d’évaluer ce qui les aide vraiment.

 

Nos outils sont construits avec les personnes qui agissent au quotidien sur le terrain. Nous cherchons ce qui fonctionne pour eux, avec eux, en tenant compte des contextes, des contraintes, et des possibles.

 

Cela implique de s’ouvrir à des données parfois complexes, souvent qualitatives. D’écouter ce qui ne va pas. D’accepter de se remettre en question.

 

Ce travail demande du temps, du dialogue et des ajustements constants. Mais c’est le prix de la justesse.

Une efficacité au service d’une finalité sociale, pas d’un rendement

Nous ne cherchons pas à « maximiser » pour optimiser. Ce mot-là, nous l’évitons. Parce qu’il trahit souvent une vision productiviste.

 

Ce que nous cherchons, c’est à faire en sorte que chaque ressource mobilisée puisse changer le plus de vies possible, avec le plus de dignité possible.

Il est temps de sortir des faux débats

Opposer efficacité et humanité est une fausse opposition. Le véritable enjeu est ailleurs : entre ce qui soulage symboliquement, et ce qui transforme réellement.

 

Formaliser, ce n’est pas trahir l’esprit associatif. C’est le prolonger, le rendre durable, le rendre lisible. Et parfois, le renforcer.

 

Alors à celles et ceux qui pensent que l’efficacité n’est pas ‘for good’, nous posons cette question :

 

Et si le vrai privilège, c’était de pouvoir ne jamais avoir à prouver que ce qu’on fait aide vraiment ?

 

Parce que pour beaucoup d’autres, ce droit à la rigueur, c’est une nécessité vitale.

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