Mieux Donner

Les protéines alternatives : le futur ? Interview avec Tom Bry-Chevalier, doctorant

Image de Camille Berger

Camille Berger

Chef de Projet et Rédaction
Temps de lecture : 5 min

Image de Tom Bry-Chevalier

Tom Bry-Chevalier

Doctorant en économie
Université de Lorraine

J’ai eu la chance d’interviewer Tom Bry-Chevalier, doctorant en économie à l’Université de Lorraine sur le sujet des protéines alternatives. Jambon végétal, steaks de soja, saumon à base d’algue, ces produits apparaissent progressivement autour de nous. Mais qu’en est-il de leur viabilité économique, et est-ce utile pour les animaux ?

Quel est ton parcours, et comment en es-tu arrivé à travailler sur les protéines alternatives ?

Après avoir obtenu un master en politiques environnementales à Sciences Po, j’ai eu l’opportunité de travailler pendant deux ans pour une start-up de viande cultivée. Étant devenu végétarien lors de mes études, je m’intéressais déjà au sujet des alternatives à la viande, donc j’étais enthousiaste à l’idée de découvrir ce milieu de l’intérieur. Puis j’ai été contacté par Romain Espinosa pour effectuer une thèse sous sa direction, sur le thème des enjeux environnementaux et économiques des protéines alternatives. Étant donné l’absence de spécialistes sur le sujet en France, je me suis laissé tenter ! Je ne sais pas encore précisément ce que je ferai après ma thèse, mais je suis à peu près certain de continuer sur cette thématique tant elle me semble prometteuse.

Pourrais-tu expliquer pourquoi les protéines alternatives jouent un rôle important dans l’amélioration de la condition animale ?

On sait qu‘il est extrêmement difficile de modifier ses habitudes alimentaires. Malgré une plus grande sensibilité aux questions environnementales et d’éthique animale, plusieurs études suggèrent que la part du végétarisme n’a pas réellement augmenté dans les pays occidentaux depuis une trentaine d’années. De surcroît, en dépit d’une augmentation importante de la part de consommateurs qui se disent flexitariens, la consommation de viande au niveau national stagne.

À défaut de pouvoir changer ces habitudes alimentaires, on peut donc changer la manière dont la viande est produite, et permettre ainsi de diminuer la demande en produits d’origine animale, réduisant donc le nombre d’animaux élevés dans des conditions souvent difficiles avant d’être tués pour nous nourrir. L’idée sous-jacente étant qu’il est plus simple de troquer sa saucisse carnée contre une saucisse végétale plutôt qu’un plat de lentilles, notamment en cas de parité prix et de « parité goût ».

Par ailleurs, de plus en plus d’études suggèrent que ce n’est pas seulement notre manière de penser qui influence ce que l’on mange, mais aussi ce que l’on mange qui influence notre manière de penser. On observe ainsi que les mangeurs et mangeuses de viande tendent à diminuer les capacités émotionnelles et intellectuelles des animaux, probablement pour réduire leur dissonance cognitive. On peut donc imaginer qu’en faisant sorte que les gens mangent moins de viande, ils aient moins besoin de justifier des croyances spécistes.

Quel est ton approche vis à vis des protéines alternatives ?

Je m’intéresse avant tout aux enjeux économiques et environnementaux des protéines alternatives. J’essaie de voir si les protéines alternatives respectent leurs promesses de moindre impact environnemental, et à quel point ce changement est significatif par rapport à la viande conventionnelle. Mais j’essaie aussi de m’interroger sur la faisabilité économique des protéines alternatives, et sur leur capacité réelle à se substituer à la viande conventionnelle, ce qui est une condition nécessaire pour qu’elles aient le moindre impact positif.

Peux-tu citer un exemple d’une manière par laquelle les protéines alternatives ont influencé le bien-être animal ?

C’est difficile de donner un exemple précis. Il s’agit plutôt d’un processus. On estime que le marché de la viande végétale représente environ 1% du marché de la viande conventionnelle aujourd’hui. Si on prend en compte le fait qu’on tue environ 80 milliards d’animaux terrestres par an pour notre alimentation, alors cela signifie que la viande végétale permet d’épargner la vie de 800 millions d’animaux terrestres par an. C’est absolument colossal.

Bien sûr, ce n’est pas aussi simple. Par exemple, parce qu’une partie considérable des consommateurs de viande végétale aurait sinon quand même opté pour une option sans animaux, typiquement parce qu’il s’agit de personnes végétariennes. De plus, les changements de demande mettent un petit peu de temps à se répercuter directement sur l’offre. Mais cela témoigne bien à mon sens du potentiel des protéines alternatives.

Est-ce qu’il existe des initiatives autour des protéines alternatives en France ?

Il y a en France de nombreuses start-up et entreprises qui travaillent à créer des alternatives à la viande, bien qu’elles restent moins nombreuses que dans d’autres pays comme les États-Unis. On peut également citer quelques acteurs institutionnels comme Terres Univia et Protéines France. En revanche, au niveau associatif ou citoyen, c’est un peu plus limité. L’Institut Protéus, dont la mission était d’informer et de promouvoir les protéines alternatives, est aujourd’hui en pause. Plusieurs associations animalistes ou environnementales comme l’AVF intègrent la question des protéines alternatives, mais elles n’en font pas leur sujet principal.

Je sais par ailleurs qu’il y a une coalition des acteurs des alternatives végétales qui est en train de se monter, qui se concentre sur des actions de promotion et de sensibilisation des pouvoirs publics. Enfin, des organisations internationales comme Good Food Institute ou ProVeg fournissent des efforts au niveau européen, et collaborent avec quelques organisations françaises.

Pourquoi donner aux protéines alternatives ?

Aujourd’hui, il apparaît clair que le secteur privé ne suffira pas pour faire émerger les protéines alternatives à une échelle suffisamment importante et dans un avenir proche. Or, si l’on pense que les protéines alternatives peuvent contribuer à limiter la consommation de viande, et donc son impact sur l’environnement, la santé, et les animaux, nous avons toutes les raisons de vouloir soutenir ce secteur !

 

Dans un rapport de 2024 intitulé « Recette pour une planète vivable: Parvenir à zéro émissions nettes dans les systèmes agroalimentaires »[1], la Banque Mondiale a examiné 26 interventions sur l’agriculture, les forêts et le secteur de l’alimentation pour déterminer quelles étaient les plus prometteuses pour mitiger les émissions de gaz à effet de serre. Dans cette analyse, la transition vers les protéines alternatives était classée en 2nde place. Soutenir des organisations qui promeuvent les protéines alternatives, c’est donc faire en sorte que cette réalité puisse advenir, en permettant par exemple de favoriser l’émergence de politiques publiques permettant de financer la recherche et soutenir le secteur.

Notes et références

Vous aimeriez peut-être aussi lire...

Valeur d’une vie en France
Romain Barbe

Quel est le coût d’une vie humaine ?

La vie humaine est précieuse. Il est naturel de vouloir mobiliser toutes nos ressources pour sauver une vie, même si cela ne prolongeait une vie que d’une semaine. Mais que se passe-t-il lorsque d’autres individus sont également en danger, et que nos ressources ne suffisent à tous leur venir en aide ? En tant que société, nous devons faire face à des limites pratiques qui nous obligent à prendre des décisions difficiles.

Lire l'article »
Les montagnes en Suisse
Jennifer Stretton

Comment le changement climatique affecte les Alpes et ce que nous pouvons faire pour y remédier

Il est facile de se ressentir du désarroi face au recul spectaculaire des glaciers dans les Alpes et l’ampleur du changement climatique peut facilement nous laisser un sentiment d’impuissance. Cet article vous apportera les connaissances nécessaires pour agir de manière significative en faveur du climat, tant dans votre vie personnelle que par le biais de vos dons à des associations.

Lire l'article »
Tags :