Mieux Donner

Pourquoi certaines vies peuvent être changées pour quelques euros ?

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Ombline Planes

Directrice de la communication
Temps de lecture : 7 min

Faire le bien, en mieux : 5 clés pour une générosité plus efficace

On pense souvent que la générosité se joue au niveau des intentions.
Et si elle se jouait aussi au niveau des résultats ?
C’est la question que pose William MacAskill dans son livre
Faire le bien, en mieux, consacré à un courant encore peu connu en France :
l’altruisme efficace.

Son principe est simple : si nous voulons aider, aidons là où notre impact est le plus grand.
Cela suppose de dépasser les évidences, de questionner nos intuitions,
et parfois d’explorer des causes négligées ou contre-intuitives
mais à fort potentiel transformateur.

Ce livre bouscule sans culpabiliser. Il invite à faire un pas de côté,
à mesurer l’effet réel de nos dons, et à donner non seulement avec le cœur,
mais aussi avec discernement.

Nous vous proposons ici une série de 5 résumés thématiques,
pour découvrir les idées clés du livre, illustrées d’exemples concrets,
et mieux comprendre ce qu’elles peuvent changer dans notre manière d’agir.

Une vie sauvée pour 4 000 € en France… ou pour 80 € ailleurs. Injuste ? Peut-être. Mais c’est aussi une opportunité d’agir là où l’impact est immense.

La santé et la pauvreté sont des enjeux universels. Mais leurs solutions n’ont pas toutes le même coût, ni le même effet. Dans Faire le bien, en mieux, William MacAskill montre que certains gestes, très simples, peuvent avoir des effets spectaculaires, si l’on accepte de tourner les yeux vers les zones les plus négligées.

Un même don, un impact multiplié par 100

Les inégalités de coûts entre interventions sont parfois vertigineuses. Le livre compare deux cas : la formation d’un chien-guide pour une personne aveugle, qui coûte environ 40 000 € dans un pays développé, et une opération de la cataracte, qui rend la vue pour seulement 80 € dans certaines régions du monde. Autrement dit, même si les effets ne sont pas strictement comparables, l’un offrant un soutien partiel et l’autre une guérison durable, l’impact d’un même budget peut être jusqu’à 500 fois plus important dans certains contextes.

William MacAskill explique que, selon le contexte économique dans lequel on intervient, l’impact d’un don peut varier dans un rapport de 1 à 100. Ce qu’il appelle un « effet multiplicateur », ce n’est pas tant la méthode que le pouvoir relatif de l’argent : un même montant peut transformer radicalement la vie d’une famille en situation d’extrême pauvreté, alors qu’il n’aurait qu’un effet marginal dans un pays riche. Par exemple, un transfert monétaire peut doubler les revenus d’un foyer au Kenya, alors qu’il ne couvrirait qu’une facture courante dans un pays développé.

Cela permet de saisir intuitivement l’idée que nos dons peuvent avoir un effet démultiplié, non pas en agissant plus fort, mais en choisissant mieux où et comment agir.

Ce raisonnement ne nie pas les besoins locaux, mais met en lumière le potentiel d’un euro là où il est le plus puissant.

Ces interventions sont d’autant plus stratégiques qu’elles ciblent des besoins immenses mais souvent invisibles. Chaque jour, environ 13 000 enfants meurent de causes évitables. C’est une tragédie silencieuse, mais également un champ d’action immense pour qui souhaite changer des vies avec discernement.

Autre point clé : ces interventions sont mesurables. La santé publique dispose d’indicateurs robustes comme les DALYs (années de vie ajustées sur la qualité), la mortalité évitée, ou encore les gains de revenus à long terme. C’est un terrain où les données permettent d’objectiver l’impact.

Deux exemples frappants du livre

Exemple 1 : la vermifugation

Le premier exemple est celui de la vermifugation, popularisé par les travaux de Michael Kremer, prix Nobel d’économie. À l’origine, il cherchait à identifier les meilleures manières d’améliorer l’éducation dans les pays à faibles revenus. Il a testé des pistes classiques : financer des uniformes, construire des salles de classe, payer plus de professeurs, fournir des manuels scolaires… Mais les résultats étaient souvent décevants.

C’est en testant une intervention très différente, un simple traitement antiparasitaire, qu’il a constaté un effet spectaculaire et inattendu : jusqu’à 25 % de baisse d’absentéisme scolaire, un jour d’école gagné pour seulement cinq centimes investis, et même des bénéfices économiques mesurables vingt ans plus tard.

Ce qui devait être un programme de santé est ainsi devenu l’une des politiques éducatives les plus efficaces jamais testées.

Exemple 2 : l’opération de la cataracte

Le deuxième exemple est l’un des récits les plus marquants du livre Faire le bien, en mieux ! Il met en lumière le pouvoir transformateur d’une intervention simple et peu coûteuse : une opération de la cataracte. Cette intervention a permis de redonner la vue à près de 900 000 personnes.

Mathieu Ricard dans la préface du livre, raconte l’histoire vraie d’un homme au Népal, presque aveugle, qui vivait dans un isolement et une détresse extrêmes. À tel point qu’il avait envisagé de mettre fin à ses jours. Grâce à une opération chirurgicale d’un coût d’environ 80 euros, menée par le Dr Sanduk Ruit et son équipe, il retrouve la vue.

Le lendemain de l’intervention, il danse de joie devant le médecin et les habitants de son village. Il peut à nouveau voir le visage de sa femme, les montagnes, les oiseaux. Ce n’est pas seulement un gain de confort : c’est un retour à la vie, à la dignité, à la connexion humaine.

Pourquoi ces interventions sont sous-financées ?

Elles ne sont pas « sexy » : pas de technologie de pointe, pas de storytelling spectaculaire. On parle rarement de vers intestinaux ou d’ophtalmologie rurale. Et pourtant, c’est là que se cache un potentiel d’impact immense.

Elles sont lointaines. Nos biais cognitifs favorisent la proximité, la visibilité, le lien personnel. Ces interventions, souvent menées en Afrique ou en Asie, souffrent de ne pas être dans notre champ de vision quotidien.

Enfin, elles contredisent nos intuitions. On pense souvent qu’aider ici est plus utile, plus évident. Mais comme le montre MacAskill, ce qui semble juste n’est pas toujours ce qui transforme le plus de vies.

Ce que ça change pour nous

Cela invite à une nouvelle lecture de la générosité. Un don de 50 € n’aura pas le même impact selon l’usage qui en est fait. Il ne s’agit pas de hiérarchiser les vies, mais au contraire de les reconnaitre chacune à leur valeur et accepter que certaines actions ont un pouvoir transformatif bien plus grand.

Pour s’y retrouver, des organismes comme GiveWell ou Mieux Donner en France, proposent des analyses accessibles. Le livre encourage à comparer, non pas pour culpabiliser, mais pour mieux orienter.

Cela demande aussi d’accepter un certain inconfort. Aller à l’encontre de ses intuitions, faire le choix de l’efficacité plutôt que de la familiarité, ce n’est pas toujours facile. Mais c’est une démarche profondément humaniste.

Une nouvelle éthique du don ?

Redonner son sens au mot « efficacité », ce n’est pas céder à une logique froide ou comptable. C’est prendre au sérieux son intention d’aider. C’est se donner les moyens d’avoir un véritable impact.

Faire le bien, ce n’est pas juste agir. C’est agir là où le besoin est le plus fort, et là où notre action est la plus transformatrice.

Et maintenant ?

Donner dans le champ de la santé et de la lutte contre la pauvreté, c’est agir là où quelques euros peuvent changer le cours d’une vie. Ce n’est pas parce que c’est loin que c’est moins utile. Bien au contraire.


Et si, dès aujourd’hui, on choisissait de soutenir celles et ceux qu’on ne voit jamais… mais dont la vie peut changer demain ?

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