Fondateur et Directeur de Mieux Donner
Temps de lecture : 25 min.
Classement de 147 pays selon leur satisfaction de vie auto-déclarée. Score de 0 à 10, moyenne 2023–2025.
| Rang | Pays | Score |
|---|
Données : World Happiness Report 2026, Gallup World Poll (2023–2025).
Cette édition thématique se concentre sur le lien entre réseaux sociaux et bien-être. Elle couvre 147 pays, s'appuie sur le Gallup World Poll 2023–2025, et mobilise 9 équipes de chercheurs indépendants.
Pays analysés
147
Classement mondial de satisfaction de vie, échelle 0–10, moyenne sur 3 ans (2023–2025)
Pays gagnants vs perdants
79 / 41
79 pays ont progressé significativement depuis 2006–2010. 41 ont reculé. Le monde global est plus heureux, mais l'Occident est en retrait.
Ecart premier/ dernier
6,3 pts
Entre le 1er (7,764) et le dernier (1,446) : un gouffre qui illustre l'impact des conflits sur le bien-être perçu.
Top 6 pays les plus heureux en 2026
Thème 2026 : réseaux sociaux et bien-être 9 chapitres
7 lignes de preuves convergentes (Haidt et Rausch, ch. 3) concluent que les réseaux sociaux ne sont pas sans risque pour les adolescents, à une échelle suffisante pour expliquer des tendances populationnelles.
En Amérique du Nord, en Australie et en Nouvelle-Zélande, les moins de 25 ans se classent entre 122e et 133e sur 136 pays pour l'évolution du bonheur depuis 2010.
Chez les filles, la satisfaction de vie diminue avec chaque heure supplémentaire sur les réseaux (PISA, 270 000 élèves de 15 ans dans 47 pays). Chez les garçons, ce schéma est surtout visible en Europe de l'Ouest.
Pas toutes les plateformes ne se valent. Les outils facilitant la communication sont associés à un bien-être plus élevé. Les flux algorithmiques et les contenus d'influenceurs sont associés à un bien-être plus bas.
Hors monde anglophone et Europe de l'Ouest, les liens entre réseaux sociaux et bien-être sont plus nuancés, voire positifs dans certains contextes (Moyen-Orient, Amérique latine).
L'appartenance scolaire ("school belonging") a un effet 4 à 6 fois plus fort sur la satisfaction de vie des filles que la réduction de l'usage des réseaux, selon les données PISA.
Les inégalités socioéconomiques amplifient les effets négatifs. La corrélation entre usage problématique des réseaux et mal-être est plus forte chez les adolescents issus de milieux défavorisés (43 pays, ch. 7).
Les émotions négatives progressent dans toutes les régions du monde. Les émotions positives restent deux fois plus fréquentes, sauf chez les jeunes du monde anglophone où cet écart s'est réduit.
"La relation entre les réseaux sociaux et le bonheur dépend à la fois du design des plateformes et du contexte social et culturel dans lequel leur usage s’inscrit."
Chapitre 2, World Happiness Report 2026
Europe centrale et orientale
+1 pt
La majorité des pays ayant progressé de plus d'un point depuis 2006–2010 sont en Europe centrale et orientale, reflétant une convergence européenne du bonheur engagée depuis plus de dix ans.
Pays en recul
8 pays
8 pays ont perdu plus d'un point. La plupart se situent dans ou à proximité de zones de conflit armé majeur. 15 pays industriels occidentaux ont connu des reculs significatifs.
Pas exactement. Le rapport est publié par le Wellbeing Research Centre de l’Université d’Oxford, en partenariat avec Gallup et le UN Sustainable Development Solutions Network. On peut donc le rattacher, par approximation, à l’écosystème onusien. En revanche, ce n’est pas un rapport officiel exprimant la position des Nations Unies.
John F. Helliwell, Lara B. Aknin, Haifang Huang, Mariano Rojas, Shun Wang, Vicente Guerra, Adam Danyluk — Universités de Colombie-Britannique, Simon Fraser, Alberta, Oxford et Xi'an Jiaotong-Liverpool
Comment le classement est calculé
La question
On demande aux répondants d’imaginer une échelle : 0 représente la pire vie possible pour eux, 10 la meilleure vie possible. Ils indiquent où ils se situent actuellement. C’est l’échelle de Cantril, l’unique question au cœur de l’ensemble du classement.
L’échantillon
En général, environ 1 000 réponses sont recueillies chaque année pour chaque pays via le Gallup World Poll. Des pondérations d’enquête sont appliquées afin de construire des moyennes représentatives au niveau national.
Le score
Le score de chaque pays est la moyenne de ces réponses sur trois ans (2023–2025). Cette fenêtre de trois ans augmente la précision des estimations. Cette moyenne est le seul nombre utilisé pour classer les pays.
Pourquoi parler de « bonheur » et utiliser l’évaluation de vie plutôt que les émotions ?
Pourquoi appeler cela le bonheur ?
"Le bonheur est un mot central dans les descriptions d’une vie bonne depuis l’Antiquité." Le WHR s’inscrit dans cette tradition : le « bonheur » désigne la manière dont les personnes évaluent la qualité de leur vie, et pas seulement leurs émotions du moment. Les répondants donnent des réponses différentes selon que la question porte sur la vie dans son ensemble ou sur leurs ressentis immédiats.
Pourquoi l’évaluation de vie, et non les émotions ?
Il existe deux façons de mesurer le bonheur : comme une émotion (est-ce que je me sens bien maintenant ?) et comme un jugement (dans quelle mesure suis-je satisfait de ma vie ?). Le WHR utilise l’évaluation de vie car elle est plus stable et capte mieux l’ensemble des circonstances de vie. Les émotions positives (rire, plaisir, apprentissage) sont suivies séparément mais ne sont pas utilisées dans le classement. Le rapport note que, dans le monde, les émotions positives restent deux fois plus fréquentes que les émotions négatives.
Les six facteurs : des outils d’explication, pas de calcul
Ces six variables sont utilisées pour expliquer statistiquement pourquoi certains pays obtiennent de meilleurs scores que d’autres. Elles n’entrent pas dans le classement. Comme le dit le rapport : "Nous préférons de loin laisser les jugements des répondants individuels déterminer le classement."
PIB par habitant
Échelle logarithmique, ajustée en PPA (Banque mondiale)
Soutien social
"Avez-vous quelqu’un sur qui compter en cas de problème ?"
Espérance de vie en bonne santé
Données de l’OMS, extrapolées à 2025
Liberté de choix
"Êtes-vous satisfait de votre liberté de choisir ?"
Générosité
"Avez-vous donné de l’argent au cours du mois dernier ?"
Perception de la corruption
Corruption perçue dans le gouvernement et les entreprises
"Nos classements du bonheur ne reposent sur aucune valeur de ces six facteurs. Les classements sont plutôt fondés sur l’évaluation que les individus font de leur propre vie, en particulier leurs réponses à l’unique question d’évaluation de vie de l’échelle de Cantril."
World Happiness Report 2026, chapitre 2
La Finlande est seule en tête. La Finlande occupe la première place avec un score de 7,764, devant un groupe de trois pays : l’Islande, le Danemark et le Costa Rica (rangs 2 à 4 avec des intervalles de confiance qui se chevauchent). La Suède et la Norvège complètent le top 6, suivies par les Pays-Bas, Israël, le Luxembourg et la Suisse.
Le Costa Rica atteint la 4e place, un record historique pour l’Amérique latine. La montée du Costa Rica à la 4e place constitue le meilleur classement jamais atteint par un pays d’Amérique latine. Le top 20 de cette année inclut aussi le Mexique à la 12e place. Cela est cohérent avec un constat déjà documenté par le WHR : certains pays atteignent un niveau élevé de bonheur pour une fraction du coût d’autres, sujet d’un chapitre du WHR 2025.
Aucun pays anglophone dans le top 10 pour la première fois. En 2013, l’ensemble du top 10 était composé de pays industrialisés occidentaux. Aujourd’hui, ils ne sont plus que huit. Le Canada est passé de la 6e place en 2013 à la 25e en 2026. L’Australie est passée de la 10e à la 15e place. Parmi les pays industrialisés sortis du top 10 entre 2013 et 2026 figurent le Canada, l’Autriche et l’Australie.
NANZ — États-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande
-0.82
points perdus chez les moins de 25 ans depuis 2006–2010. Les quatre pays du groupe NANZ se classent entre la 122e et la 133e place sur 136 dans le monde pour l’évolution du bien-être des jeunes. La tristesse est passée de 15 % à 25 % sur la même période.
Europe de l’Ouest
-0.30
points perdus chez les moins de 25 ans sur la même période. Le Royaume-Uni et l’Irlande montrent une baisse plus forte (-0,42 point) que le reste de l’Europe de l’Ouest. Dans 8 des 10 autres régions du monde, le bien-être des jeunes n’a pas reculé.
Le WHR 2025 contenait un chapitre inédit : la première tentative de mesurer l'efficacité des associations en unités de bonheur. Résultat : l'écart entre les meilleures et les moins bonnes est vertigineux.
La recherche
Le chapitre a rassemblé 24 estimations d'efficacité réalisées par quatre évaluateurs indépendants — tous basés au Royaume-Uni, leader mondial de la recherche sur le bien-être.
L'unité de mesure
1 WELLBY = augmentation d'1 point sur l'échelle 0–10 du World Happiness Report pour une personne pendant un an. Cette unité permet de comparer des interventions très différentes sur une base commune.
-0,5
Point de bien-être perdu après un an de chômage
+0,3
Point de bien-être gagné grâce au mariage
+0,2
Point de bien-être gagné en doublant son revenu
L'écart d'impact
Si votre taille représentait l'efficacité de la moins bonne association de la liste (qui a tout de même un impact positif), la meilleure dépasserait la Tour Eiffel cinq fois. Les meilleures associations sont des centaines de fois plus efficaces, sans coût supplémentaire pour vous.
Pure Earth
Réduction de l'exposition au plomb
Sensibilisation et interventions pour réduire l'intoxication au plomb dans les pays à faible revenu, améliorant la santé et les fonctions cognitives.
Taimaka
Traitement de la malnutrition
Distribution d'aliments thérapeutiques pour traiter la malnutrition aiguë au Nigeria.
StrongMinds et Friendship Bench
Santé mentale — Afrique subsaharienne
Ces deux associations offrent un soutien en santé mentale peu coûteux et modulable en Afrique subsaharienne, où les besoins sont immenses et l'offre de soins quasi inexistante. Pour donner un ordre d'idée : 20 $ représentent pour beaucoup le prix d'un repas au restaurant. Autant dépensé dans la meilleure association peut augmenter le bonheur de quelqu'un d'un point pendant un an entier, davantage que la différence entre avoir un emploi et être au chômage.
Recommandation Mieux Donner
Le Happier Lives Institute a également évalué AMF, non citée dans le rapport. Son impact sur le bien-être est significatif, principalement grâce aux décès évités et aux souffrances réduites par la prévention du paludisme. AMF est l'une des recommandations de Mieux Donner en santé et lutte contre la pauvreté. Vous pouvez donner et bénéficier de la réduction fiscale associée.
Soutenez les associations efficacesLa plupart des gens pensent que la meilleure association est environ 1,5 fois plus efficace qu'une association classique. La réalité documentée par le WHR 2025 est radicalement différente.
Intuition commune
×1,5
Ce que la plupart des gens estiment comme écart entre la meilleure et une association classique
Top 5 vs moyenne UK
×150
Les cinq premières associations sont ~150 fois plus performantes que la moyenne britannique. 1 000 € = 150 000 € d'impact équivalent.
Meilleure vs plus connues
×3 500
Pure Earth est ~3 500 fois plus efficace que les chiens guides ou les interventions logement pour sans-abri, destinations pourtant populaires pour nos dons.
Avant le WHR 2025, il n'existait pas de méthode standardisée pour comparer les associations sur ce qui compte vraiment : le bien-être qu'elles créent. Ces nouvelles données changent la donne. L'écart entre les meilleures et les autres associations est bien plus grand qu'on ne le croit, ce que nous documentons également dans d'autres domaines sur notre page de recommandations.
Dois-je donner ?
Vous n'êtes peut-être pas obligé, mais vous devriez le faire si vous le pouvez. Et si vous décidez de donner, la plupart des gens ont l'intuition qu'il vaut mieux faire une grande différence qu'une petite.
Donner me rendra-t-il plus heureux ?
Oui. Le premier chapitre du WHR estime que les personnes qui font des dons en retirent davantage de bénéfices que celles qui accomplissent d'autres actes bienveillants, comme aider des inconnus ou faire du bénévolat. Si vous n'êtes pas convaincu, vous pouvez toujours essayer.
Changer d'association pour aider davantage, est-ce mal ?
Non, pas si le but est d'aider les autres. Si cela vous facilite la tâche, vous pouvez envisager de donner à la fois aux meilleures associations et à celles qui vous tiennent le plus à cœur.
Combien dois-je donner ?
Le montant le plus élevé que vous puissiez soutenir sur la durée.
Chez Mieux Donner, nous faisons la promotion de l'engagement des 10 % : donner 10 % de son revenu à des associations à fort impact. Si ce n'est pas encore possible pour vous, 1 % est un bon point de départ, ou essayez un don d'essai de 1 % sur une période limitée.
Engagement des 10 % 🔸
Rejoignez les personnes qui ont choisi d'allouer une part de leur revenu aux associations les plus efficaces. Même 1 % est un premier pas significatif.
Prendre l'engagement
Le monde semble rempli de problèmes sur lesquels nous n'avons aucune prise. Mais il s'avère que nous pouvons agir avec la certitude de faire la différence : nous pouvons désormais mesurer l'impact des associations sur le bonheur, et cet impact varie tellement d'une association à l'autre que choisir les meilleures permet de démultiplier notre contribution, sans coût supplémentaire.
Même si nos gouvernements se désintéressent de certaines causes, nous pouvons, collectivement et à travers le monde, continuer à contribuer à l'amélioration de la vie des personnes les plus vulnérables. Donner à d'excellentes associations ne fait pas seulement beaucoup de bien en soi : c'est aussi une façon de montrer que beaucoup d'entre nous ressentent la responsabilité de joindre l'acte à la parole pour rendre le monde meilleur.
Source : World Happiness Report 2025, chapitre sur le bien-être et l'efficacité des associations, Michael Plant, Happier Lives Institute.
Jonathan Haidt et Zachary Rausch, Stern School of Business, New York University
5 h
par jour en moyenne sur les réseaux pour les adolescents américains — dont ~2 h YouTube, ~1 h 30 TikTok, ~1 h Instagram
25 %
des adolescentes américaines estiment que les réseaux nuisent à leur santé mentale (Pew Research, 2024)
7 h
1 adolescent sur 4 entre 13 et 14 ans aux États-Unis passe 7 heures ou plus par jour sur les réseaux. Ce n'est pas une exception : c'est l'usage ordinaire.
Sept lignes de preuves indépendantes convergent vers la même conclusion
Haidt et Rausch posent la question comme une affaire judiciaire : les plateformes sont-elles "probablement sans danger" ou "probablement dangereuses" pour les adolescents ? Leur réponse s'appuie sur sept types de preuves indépendants.
Ce que disent les victimesUn tiers à la moitié des jeunes adultes Gen Z regrettent l'existence de certaines plateformes.
Ce que disent parents, profs, cliniciensLa majorité des parents sont profondément inquiets de l'impact des réseaux sur leurs enfants.
Documents internes des entreprisesMeta, TikTok et Snapchat savaient que leurs plateformes causaient des dommages à leurs jeunes utilisateurs.
Études transversalesLes utilisateurs intensifs (5 h+/jour) présentent systématiquement des taux de dépression et d'anxiété plus élevés, notamment chez les filles.
Études longitudinalesLa dégradation du bien-être des adolescentes précède ou suit l'adoption massive des smartphones dans 40 pays sur 47 (données PISA).
Expériences de réduction d'usageLes participants à des études de déconnexion temporaire rapportent une amélioration de leur bien-être, même après un seul mois.
Expériences naturellesLes pays ou régions où les réseaux se sont déployés plus tard montrent un retard similaire dans la dégradation du bien-être des jeunes.
ConclusionLes sept lignes convergent : Facebook, Instagram, Snapchat, TikTok et X, tels qu'ils sont conçus et utilisés, sont des produits dangereux qui nuisent aux adolescents à grande échelle.
Conclusion du chapitre
"L'adoption rapide des réseaux sociaux accessibles en permanence par les adolescents au début des années 2010 a été un contributeur substantiel à la hausse des troubles mentaux observée dans de nombreux pays occidentaux à partir du milieu de cette décennie."
Haidt et Rausch, Chapitre 3, World Happiness Report 2026 — réponse à la "question des tendances historiques"
% de jeunes adultes (18–27 ans) qui souhaiteraient que la plateforme n'existe pas — Harris Poll 2024
Le paradoxe collectif Point clef
Individuellement
On reste sur les plateformes, même à contrecœur.
Collectivement
On préférerait un monde sans ces plateformes.
Une étude de Bursztyn (2023) le montre clairement : lorsqu'on demandait aux étudiants combien il faudrait les payer pour quitter Instagram ou TikTok pendant un mois, la réponse était environ 47–59 $. Mais lorsqu'on demandait combien ils paieraient si tous leurs pairs quittaient aussi la plateforme, la réponse tombait en dessous de zéro — ils étaient prêts à payer pour partir. 58 % des étudiants américains préféreraient un monde sans Instagram, et 57 % sans TikTok.
✏️ Un retour critique sur ce chapitre | Romain Barbe, Mieux Donner
Un cadre assumé, pas une synthèse équilibrée
Les auteurs l'écrivent eux-mêmes : « Nous présentons les arguments de l'accusation. » Ils invitent les lecteurs à appliquer un standard de preuve civil (« prépondérance des preuves ») plutôt que le standard plus exigeant habituellement requis pour établir une relation de causalité en sciences. Ils précisent également qu'ils ont publié un livre défendant la même thèse avant d'écrire ce chapitre. Cette transparence est bienvenue, mais elle signifie que le chapitre relève davantage du plaidoyer que de la revue neutre de la littérature. Le chapitre 4, qui suit immédiatement, documente précisément comment ce type de cadrage amène des rapports institutionnels à formuler des conclusions plus fortes que ce que les données justifient.
Deux questions distinctes sont confondues
Le chapitre traite deux questions bien différentes : l'usage intensif des réseaux sociaux nuit-il aux adolescents pris individuellement, et les réseaux sociaux ont-ils causé le déclin historique du bien-être des jeunes à l'échelle de la population ? Les preuves au niveau individuel sont plus solides, notamment chez les filles dans les pays occidentaux. La question des tendances historiques est beaucoup plus difficile à trancher, et les auteurs eux-mêmes le reconnaissent, avant d'y répondre quand même. L'extrapolation des tailles d'effet individuelles aux tendances populationnelles repose sur des hypothèses qui ne sont pas suffisamment examinées.
La concentration géographique du déclin reste sans explication
Les données du rapport lui-même montrent que le déclin du bien-être des jeunes est massivement concentré dans les pays anglophones. Les adolescents d'Asie, d'Amérique latine et du Moyen-Orient utilisent les réseaux sociaux au moins autant, et ne connaissent pas le même effondrement. Si des plateformes disponibles dans le monde entier en sont la cause principale, cette asymétrie géographique appelle une explication. Le chapitre n'en fournit pas.
Les auteurs eux-mêmes invitent à lire l'autre camp
À leur crédit, Haidt et Rausch recommandent explicitement de lire leurs critiques en parallèle de ce chapitre. Deux références qu'ils citent eux-mêmes : la revue de Candice Odgers publiée dans Nature, et la synthèse de preuves d'Amy Orben. Le débat dans ce domaine est encore ouvert, et les auteurs le reconnaissent.
Sophie Lloyd-Hurwitz et Andrew Przybylski — Oxford Internet Institute, Université d'Oxford
617
sources académiques uniques analysées à travers 3 grands rapports institutionnels sur les réseaux sociaux et la santé mentale des adolescents
< 1 %
de chevauchement entre les sources citées par les trois rapports — seules 4 publications apparaissent dans les trois documents simultanément
17 %
des études citées emploient une méthodologie permettant plausiblement d'établir des relations causales. Les 83 % restants sont des études corrélatives.
Trois rapports institutionnels, mêmes preuves, conclusions opposées
Publiés entre 2023 et 2024, tous trois ont analysé la même littérature scientifique — et sont arrivés à des recommandations radicalement différentes.
APA (Assoc. américaine de psychologie)
6 pages
Les réseaux ne sont pas intrinsèquement bénéfiques ou nocifs pour les jeunes.
Recommande des standards industriels et une surveillance parentale. Peu de limitations reconnues. 20 % des citations sont auto-référentielles.
NASEM (Académies nationales des sciences)
287 pages
La littérature ne permet pas de conclure que les réseaux causent des changements de santé à l'échelle populationnelle.
Met en garde contre les restrictions généralisées. Reconnaît les limites méthodologiques. Rapport le plus rigoureux des trois.
OSG (Bureau du Surgeon General américain)
25 pages
Les preuves sont insuffisantes pour conclure que les plateformes sont suffisamment sûres pour les jeunes.
Prône des restrictions d'accès par âge et un renforcement des protections. Ton plus alarmiste, moins de nuances.
La découverte centrale du chapitre
Ce qui est identique
Les trois rapports citent des types de recherche comparables, avec des caractéristiques méthodologiques et thématiques statistiquement similaires. Aucune différence significative dans les méthodes des études choisies.
Ce qui diverge
La précision des citations, la reconnaissance des limites, le traitement des preuves contradictoires, et la force des conclusions. Certains rapports transforment des corrélations en causalités, d'autres non.
6 pratiques qui distinguent une bonne synthèse scientifique
Lloyd-Hurwitz et Przybylski identifient six marqueurs de rigueur dans la traduction des preuves en recommandations politiques.
Fidélité des citations
Chaque affirmation doit correspondre précisément à l'étude citée, sans glissement d'interprétation.
Contextualisation adaptée
Préciser la population étudiée, le contexte national, et les conditions dans lesquelles les résultats ont été obtenus.
Reconnaissance des limites
Mentionner explicitement les contraintes méthodologiques qui affectent l'interprétation des résultats.
Engagement avec les preuves contradictoires
Présenter les résultats mixtes honnêtement plutôt que de construire un consensus apparent par sélection.
Langage calibré à la certitude réelle
Éviter les affirmations définitives sur des questions encore débattues. Utiliser des termes de probabilité appropriés.
Transparence du processus
Documenter comment les preuves ont été identifiées, sélectionnées et évaluées, et divulguer les conflits d'intérêts.
"Sélectionner des preuves de qualité n'est que la moitié du défi. Les bonnes preuves doivent s'accompagner d'une bonne gouvernance des preuves."
Lloyd-Hurwitz et Przybylski, Chapitre 4, World Happiness Report 2026, citant Parkhurst (2016)
Jean M. Twenge, Alexis Diomino, Alana Rio — San Diego State University
270 000
élèves de 15–16 ans dans 47 pays interrogés via l'enquête PISA 2022 de l'OCDE
47
pays et territoires couverts, avec des échantillons nationaux représentatifs incluant 6 grandes régions du monde
78 %
des adolescents dans le monde sont des utilisateurs actifs des réseaux sociaux (étude HBSC internationale)
Filles — monde entier
La satisfaction de vie chute avec chaque heure supplémentaire sur les réseaux
Les utilisatrices légères (moins d'1 h/jour) ont la satisfaction de vie la plus élevée. Elle décline dès qu'on dépasse une heure. Ce schéma tient dans 5 régions sur 6 — seul le Moyen-Orient fait exception.
Garçons — résultats contrastés
L'effet négatif se concentre en Europe de l'Ouest et dans les pays anglophones
Pour les garçons, les utilisateurs légers ont aussi la satisfaction la plus haute — mais seulement en Europe de l'Ouest et dans les pays anglophones. En Asie, Amérique latine et Moyen-Orient, l'association n'est pas significative.
Satisfaction de vie des filles selon l'usage des réseaux, par région (0–10)
PISA 2022. Le pic de satisfaction correspond systématiquement aux utilisatrices légères (<1 h/jour), la valeur la plus basse aux utilisatrices intensives (7 h+/jour).
| Région | Aucun | <1 h | 1–2 h | 3–4 h | 5–6 h | 7 h+ |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Monde entier | 6,4 |
6,71 |
6,64 |
6,4 |
6,26 |
6,07 |
| Europe Ouest | 6,41 |
6,60 |
6,57 |
6,35 |
6,09 |
5,75 |
| Pays anglophones | 5,93 |
6,37 |
6,29 |
5,85 |
5,69 |
5,22 |
| Europe C. & E. | 6,95 |
7,11 |
6,91 |
6,61 |
6,48 |
6,44 |
| Amérique latine | 6,53 |
6,73 |
6,65 |
6,50 |
6,37 |
6,16 |
| Asie | 6,29 |
6,34 |
6,44 |
6,21 |
6,20 |
5,85 |
Risque relatif de faible satisfaction de vie — utilisatrices intensives vs légères
+63 %
Filles en Europe de l'Ouest — les utilisatrices intensives sont 63 % plus susceptibles de déclarer une faible satisfaction de vie que les utilisatrices légères
+49 %
Filles dans le monde entier — les utilisatrices intensives (7 h+) sont 49 % plus à risque de faible satisfaction de vie
+84 %
Garçons en Europe de l'Ouest — les utilisateurs intensifs sont 84 % plus susceptibles de déclarer une faible satisfaction de vie que les utilisateurs légers
"Parmi les filles dans le monde entier, les non-utilisatrices et les utilisatrices légères des réseaux sociaux étaient plus satisfaites de leur vie que les utilisatrices intensives."
Twenge, Diomino et Rio — Chapitre 5, World Happiness Report 2026
Cass R. Sunstein — Harvard Law School, Harvard University
Le paradoxe de la valeur
Les utilisateurs sont prêts à payer bien moins pour utiliser les réseaux que ce qu'ils exigeraient pour arrêter. Beaucoup pensent, en réalité, qu'ils gaspillent leur temps.
Un mois sans Facebook
Ceux qui ont désactivé Facebook pendant un mois étaient plus heureux, moins anxieux, moins déprimés — et pourtant, après ce bon mois, ils exigeaient encore de l'argent pour en passer un deuxième sans Facebook.
Le piège collectif
Beaucoup d'étudiants exigeraient de l'argent pour quitter Instagram ou TikTok — mais seraient prêts à payer pour que la plateforme disparaisse de toute leur communauté.
Ce que vous paieriez vs ce que vous exigeriez — par plateforme
Sunstein (2018), échantillon représentatif américain (n = 828). WTP = consentement à payer pour utiliser. WTA = exigence pour arrêter. Ratio médian souvent 1:20.
| Plateforme | WTP médian $/mois | WTA médian $/mois | Ratio WTA/WTP |
|---|---|---|---|
| 5 $ | 99 $ | ×20 | |
| 5 $ | 100 $ | ×20 | |
| TikTok / Snapchat | 5 $ | 100 $ | ×20 |
| 10 $ | 100 $ | ×10 | |
| 10 $ | 99 $ | ×10 | |
| YouTube | 5 $ | 88 $ | ×18 |
Expérience Allcott et al. (2020) — 2 743 utilisateurs Facebook randomisés
Plus heureuxSatisfaction de vie en hausse
Moins anxieuxAnxiété en baisse
Moins déprimésDépression en baisse
Moins seulsSentiment de solitude en baisse
Le paradoxe : après ce bon mois, les participants exigeaient encore 86 $ en médiane pour passer un deuxième mois sans Facebook — soit à peine moins que les 100 $ avant l'expérience. Pourquoi payer pour souffrir davantage ? La réponse tient probablement à la peur de rater des interactions sociales quand on est le seul à partir.
Le concept de "product trap" Concept clef
Bursztyn et ses collaborateurs introduisent l'idée de "product trap" : un produit que les gens consomment précisément parce que les autres le consomment, et dont ils souhaiteraient l'abolition si tout le monde pouvait partir en même temps. Ce n'est pas une question d'addiction au sens strict : même sans addiction, le piège existe dès lors que la valeur du produit dépend presque entièrement de son usage collectif.
L'analogie de la soirée l'illustre : vous iriez à une fête dont vous ne voulez pas parce que vos amis y seront — mais vous préféreriez que la fête n'ait pas lieu du tout. Si les utilisateurs pouvaient se coordonner et quitter Instagram ou TikTok collectivement, beaucoup seraient mieux lotis. L'obstacle n'est pas la volonté individuelle, mais l'absence de mécanisme de coordination.
58 %
des étudiants américains préféreraient un monde sans Instagram
57 % diraient la même chose de TikTok. Parmi les utilisateurs actifs, un tiers des utilisateurs de TikTok et plus de la moitié des utilisateurs d'Instagram partagent ce souhait. Le chiffre tombe en dessous de zéro quand on demande combien ils paieraient pour partir si tous leurs pairs partaient aussi : ils seraient prêts à payer pour s'en aller. (Bursztyn et al., 2023)
"Beaucoup d'utilisateurs de réseaux sociaux restent sur la plateforme pour une seule raison : les autres y sont. Pour cette raison, ils sont essentiellement piégés. Ils aimeraient trouver une sortie."
Cass R. Sunstein — Chapitre 6, World Happiness Report 2026
Pablo Gracia, Roger Fernandez-Urbano, Maria Rubio-Cabañez, Seyma Celik, Beyda Cineli — Universitat Autònoma de Barcelona, Trinity College Dublin, Université de Turku
43
pays analysés sur 6 régions, via l'enquête HBSC 2018 et 2022 (Health Behaviour in School-aged Children). Échantillon total : 331 240 adolescents.
100 %
des 43 pays montrent une association significative entre usage problématique des réseaux (PSMU) et bien-être réduit. Sans exception.
2018–22
La relation s'est renforcée sur cette période dans presque toutes les régions, pour tous les groupes, probablement amplifié par le Covid-19.
Résultat clef du chapitre
Troubles psychologiques
L'effet négatif est légèrement plus fort chez les adolescents de milieu défavorisé. La différence est modeste mais systématique, plus marquée dans les pays anglophones.
Satisfaction de vie (Cantril)
Les écarts sont plus larges et plus constants selon le statut socioéconomique (ce qu'on appellerait la classe socioprofessionnelle, CSP, en France). Les adolescents de milieu favorisé sont partiellement protégés, probablement grâce à un meilleur accompagnement familial et des ressources numériques plus solides.
Intensité de la corrélation entre usage problématique (PSMU) et mal-être selon la région
La région la plus touchée diffère selon l'indicateur mesuré. Le Caucase et la mer Noire se distinguent systématiquement par des associations plus faibles.
Milieu défavorisé
Plus exposés, moins protégés
L'usage problématique est plus fortement associé à une satisfaction de vie réduite et à des troubles psychologiques. Les familles disposent de moins de ressources pour contrer les effets négatifs : moins d'accompagnement parental, moins de compétences numériques, moins d'accès à un soutien en santé mentale.
Milieu favorisé (CSP+)
Partiellement protégés
L'effet reste négatif, mais atténué. Les familles CSP+ semblent mieux mobiliser des stratégies de parentalité numérique et des ressources alternatives pour compenser les effets du PSMU sur la satisfaction de vie.
La situation s'est aggravée entre 2018 et 2022 pour tous les groupes
Troubles psychologiques (Corrélation)
Satisfaction de vie (Corrélation)
L'écart entre milieux défavorisés et milieux favorisés (CSP+) ne s'est pas creusé sur cette période : l'aggravation touche tous les groupes également. L'hypothèse la plus plausible est l'impact du Covid-19, qui a intensifié la dépendance numérique de tous les adolescents via l'école à distance et la réduction des interactions en personne.
Les plus jeunes sont les plus vulnérables
Dans presque toutes les régions, l'association entre PSMU et mal-être est la plus forte chez les 11-12 ans et s'atténue progressivement à 13-14 ans puis 15-16 ans. En Europe anglophone et nordique, les 11-12 ans subissent une réduction supplémentaire de satisfaction de vie d'environ 0,06 point par rapport aux adolescents plus âgés. La période prépubertaire représente une fenêtre de vulnérabilité particulièrement sensible face aux comportements numériques compulsifs.
"Les adolescents de milieux défavorisés supportent le plus grand coût des comportements numériques compulsifs, tandis que leurs pairs de milieux favorisés (CSP+) en sont relativement mieux protégés."
Gracia et al., Chapitre 7, World Happiness Report 2026
Zeynep Ozkok, Jonathan Rosborough, Brandon Malloy — St. Francis Xavier University
200 000
répondants européens — European Social Survey (ESS), 30 pays, 2016–2024
4
générations comparées — Gen Z, Millennials, Gen X, Baby Boomers, avec méthode variables instrumentales (vitesse internet régionale)
7
canaux analysés — confiance institutionnelle, confiance interpersonnelle, sécurité, activité sociale, fréquence de rencontres, attachement au pays, attachement à l'Europe
Résultat principal — effet causal de l'internet sur le bien-être
Gen Z
-0,43
Effet fortement négatif. La plus grande exposition et la plus forte sensibilité.
Millennials
-0,25
Effet modérément négatif, atténué par rapport à Gen Z.
Gen X
~0
Effet quasi nul. L'internet ne dégrade ni n'améliore le bien-être.
Baby Boomers
+0,24
Légèrement positif. L'internet réduit l'isolement et facilite les liens familiaux.
Les fondations sociales du bien-être se dégradent — surtout chez les jeunes Européens
Les modèles causaux montrent que l'internet a un effet positif sur la confiance et la sécurité perçue, mais négatif sur les connexions sociales réelles et l'attachement au pays. Paradoxalement, la confiance a quand même reculé sur la période — d'autres facteurs (post-Covid, polarisation) ont pesé plus lourd que l'effet de l'internet lui-même.
Confiance institutionnelle en chute
La confiance dans le parlement, la justice et les politiciens a reculé dans toutes les générations depuis 2016. La plus forte baisse concerne Gen Z, notamment les femmes Gen Z en Europe de l'Ouest.
Confiance interpersonnelle en baisse universelle
Aucun groupe démographique ne montre une hausse de confiance envers autrui. La baisse la plus prononcée touche les femmes Gen Z, en Europe de l'Ouest comme en Europe centrale.
Activité sociale perçue : la variable la plus prédictive
Le sentiment d'être "aussi actif socialement que ses pairs" a reculé partout et constitue l'un des prédicteurs les plus forts de la perte de bien-être. Les environnements numériques amplifient la comparaison sociale.
Fréquence des rencontres en chute en Europe de l'Ouest
L'Europe de l'Ouest a connu la plus forte contraction des rencontres en personne, surtout chez Gen Z et Millennials. En Europe centrale et orientale, les changements sont plus modestes.
Une même décennie, deux trajectoires opposées
Gen Z et Millennials — ce qui se dégrade
Gen X et Baby Boomers — ce qui résiste ou progresse
Ozkok et al. montrent que l'impact de l'internet sur le bien-être varie radicalement selon le niveau de saturation des réseaux sociaux dans le groupe d'appartenance (même pays, même genre, même tranche d'âge). Quand moins de 50 % des pairs utilisent les réseaux sociaux, une heure de plus sur internet améliore le bien-être. Quand plus de 90 % des pairs sont sur les réseaux, l'effet devient fortement négatif. Parmi les 16–24 ans en Europe, ce taux dépasse 90 % dans presque tous les pays.
Figure 8.17, WHR 2026. Coefficient IV de l'effet de l'internet sur le bien-être (HapSat), par tranche de saturation des réseaux sociaux dans le groupe de pairs.
"L'environnement numérique est écologique : les individus sont affectés non seulement par leurs propres habitudes en ligne, mais par les habitudes en ligne de leurs pairs."
Ozkok, Rosborough et Malloy — Chapitre 8, World Happiness Report 2026
Martijn Burger, Talita Greyling, Stephanie Rossouw, Francesco Sarracino, Fengyu Wu — Erasmus University Rotterdam, University of Johannesburg, STATEC Luxembourg
20–40 %
des adultes MENA ( Moyen-Orient et en Afrique du Nord) passent plus de 5 heures par jour sur les réseaux. Au Liban, ce taux atteint 45 %. C'est parmi les taux d'usage intensif les plus élevés au monde.
63 %
des utilisateurs MENA interagissent avec des influenceurs (Arab Barometer 2023–2024). Les sujets dominants : sport, beauté, arts, cuisine, politique.
35–70 %
selon les pays, la proportion qui utilise les réseaux comme principale source d'information. Les réseaux sociaux dépassent déjà la télévision au Liban et en Palestine.
Le paradoxe MENA
Contrairement aux États-Unis, au Canada et à l'Europe de l'Ouest, le bien-être des jeunes en MENA n'a pas connu de déclin marqué malgré un usage très élevé des réseaux sociaux. Cette exception s'explique partiellement par des contextes culturels différents : importance des liens familiaux, normes communautaires, et rôle de la religion comme facteur protecteur. Mais l'usage intensif reste associé à davantage de stress, de symptômes dépressifs et à un sentiment d'être moins bien loti que ses parents.
Symptômes dépressifs
Usage modéré : 28,1 %
Usage intensif : 34,5 %
+7,5 pts
Après contrôle socio-démographique. Plus du double de l'écart entre employés et chômeurs.
Stress fréquent
Usage modéré : 33,8 %
Usage intensif : 39,1 %
+6,6 pts
Comparable à l'écart entre employés et chômeurs dans la région.
Se sentir moins bien que ses parents
Usage modéré : 31,6 %
Usage intensif : 36,1 %
+4,5 pts
(+2.2 pts après contrôle socio-démographique) Effet amplifié chez les utilisateurs intensifs qui suivent des influenceurs (+6 pts controlés supplémentaires).
Qui sont les utilisateurs intensifs en MENA ?
38 %
de la Gen Z passent plus de 5 h/jour sur les réseaux
80 %
des hommes utilisent les réseaux, vs 73 % des femmes
92 %
des célibataires utilisent les réseaux, vs 73 % des personnes mariées
60 %
utilisent Facebook (plateforme la plus répandue), suivi de WhatsApp (51 %)
33 %
des non-musulmans sont des utilisateurs intensifs, vs 13 % parmi les religieux pratiquants
45 %
d'utilisateurs intensifs au Liban en 2023–2024 (contre 22 % en 2018–2019)
Toutes les plateformes n'ont pas le même effet sur le bien-être
Associés au maintien des liens familiaux et à l'engagement intellectuel. Perçus positivement par les utilisateurs.
Plutôt positifPlateformes visuelles et passives liées à l'insatisfaction corporelle, à la faible estime de soi et aux conflits familiaux. TikTok perçu comme le plus nocif.
Effet négatifRésultats mixtes : usage actif associé à plus de capital social ; usage passif ou excessif lié à dépression, anxiété et distraction scolaire.
MitigéCatégorisé "divertissement passif". L'usage intensif est associé à une comparaison sociale négative, notamment via les contenus de style de vie et de fitness.
Effet négatif (usage intensif)Associé à davantage de stress, de symptômes dépressifs et à un sentiment d'être moins bien loti que ses parents. Effet significatif dans tous les modèles.
Effet négatifCe qui distingue la région MENA
Rôle protecteur de la religion
Les individus plus pratiquants déclarent moins de stress, moins de symptômes dépressifs, et un usage plus modéré des réseaux. La religiosité est un prédicteur robuste du bien-être dans tous les modèles.
Normes de genre et visibilité en ligne
Les femmes utilisent moins les réseaux mais plus pour la communication privée. Les normes culturelles de visibilité en ligne, la peur du jugement et le risque de harcèlement freinent leur participation publique.
L'effet des influenceurs
Suivre des influenceurs seul n'est pas problématique. C'est la combinaison usage intensif et interaction promotionnelle (essayer des produits recommandés) qui augmente de 8 points la probabilité de se sentir moins bien que ses parents.
L'effet "tunnel" intergénérationnel
Les jeunes MENA sont plus éduqués et connectés que leurs parents, mais face à moins d'opportunités économiques. L'exposition aux succès idéalisés sur les réseaux amplifie la frustration quand la mobilité promise reste hors de portée.
"Les réseaux sociaux ne nuisent pas ni ne bénéficient au bien-être de façon uniforme. Les effets dépendent de l'intensité et du mode d'usage, ainsi que des environnements sociaux dans lesquels se déploie la vie numérique."
Burger, Greyling, Rossouw, Sarracino et Wu — Chapitre 9, World Happiness Report 2026
Privilégiez la communication à la consommation passive
Le rapport distingue deux types d'activités en ligne : celles qui favorisent la communication, l'apprentissage et la création sont associées à un bien-être plus élevé. Les flux passifs d'images, de vidéos d'influenceurs et de contenus algorithmiques sont associés à un bien-être plus bas.
Investissez dans les liens en personne
L'appartenance scolaire ou communautaire a un effet 4 à 6 fois plus fort sur le bien-être des adolescents que la réduction de l'usage des réseaux. Les rencontres en personne ne sont pas substituables par les échanges en ligne.
Moins d'une heure par jour semble le seuil protecteur
Les données PISA sur 270 000 adolescents montrent que la satisfaction de vie est maximale chez les utilisateurs légers (moins d'1 h/jour) et décline progressivement au-delà. Cela vaut pour les filles dans cinq régions sur six dans le monde.
Méfiez-vous des plateformes conçues pour capter l'attention
Les plateformes à flux algorithmiques et contenu d'influenceurs (TikTok, Instagram) sont systématiquement plus associées au mal-être que les outils de communication directe (WhatsApp, messageries). La conception même de ces produits crée des pièges collectifs difficiles à quitter individuellement.
Ce rapport mesure le bonheur de 147 pays sur une échelle de 0 à 10. L'écart entre la Finlande (7,76) et l'Afghanistan (1,45) n'est pas une abstraction : il représente des millions de personnes exposées à la malnutrition, aux maladies évitables, à l'intoxication au plomb, au manque de soins en santé mentale. Des problèmes documentés, mesurables, et sur lesquels il est possible d'agir.
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