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GiveDirectly en France : impact, preuves, et réduction fiscale du don d'argent inconditionnel

En bref

GiveDirectly envoie directement environ 1 000 dollars aux foyers vivant en extrême pauvreté en Afrique, sans condition ni intermédiaire. Les dons d'argent inconditionnels sont parmi les interventions philanthropiques les mieux documentées au monde. Depuis la France, il est possible de donner directement sur le site de l'organisation, mais aucune réduction fiscale n'est disponible à ce jour.

Qu'est-ce que GiveDirectly ?

Une idée simple : faire confiance aux personnes pauvres

L'aide internationale fonctionne le plus souvent de la même façon depuis des décennies : des spécialistes décident ce dont les personnes pauvres ont besoin, conçoivent des programmes, recrutent des équipes sur le terrain, achètent des fournitures, et livrent une solution déterminée à l'avance. GiveDirectly fait exactement l'inverse.

Fondée en 2009, l'organisation envoie directement de l'argent aux foyers vivant en extrême pauvreté en Afrique subsaharienne, sans condition et sans intermédiaire. Pas de formulaire à remplir, pas de contrepartie à fournir, pas de programme auquel s'inscrire. Les bénéficiaires reçoivent un virement sur leur téléphone, et décident eux-mêmes comment l'utiliser.

Ce choix n'est pas naïf : il repose sur un pari fondé sur des preuves, celui que les personnes vivant dans la pauvreté savent mieux que quiconque ce dont elles ont besoin. Et que leur confier directement les ressources est parfois plus efficace que de leur envoyer une aide conçue à des milliers de kilomètres de chez elles.

Comment fonctionne concrètement un transfert

GiveDirectly cible des villages où plus de 80 % des habitants vivent sous le seuil d'extrême pauvreté, défini à 2,15 dollars par jour. L'éligibilité est volontairement large : tout foyer disposant d'au moins un membre adulte résidant de façon permanente dans le village peut recevoir un transfert, à condition de ne pas en avoir déjà bénéficié.

Le transfert s'élève à environ 1 000 dollars, soit l'équivalent d'environ un an de consommation pour un foyer très pauvre. Il est envoyé via les plateformes de mobile money locales. Si un foyer ne dispose pas de téléphone, GiveDirectly en fournit un, dont le coût est déduit du montant transféré.

Depuis 2009, GiveDirectly a distribué plus de 900 millions de dollars à plus de 1,6 million de personnes vivant dans la pauvreté.[1] Le programme est aujourd'hui actif au Kenya, au Malawi, au Mozambique, au Rwanda et en Ouganda.


Ce que les études disent vraiment

900 M$
distribués à plus de 1,6 million de personnes depuis 2009
2,5x
d'activité économique générée pour chaque dollar transféré
Egger et al. 2022
+12 %
de consommation encore mesurée 5 à 7 ans après un transfert unique
Résultats préliminaires, non encore soumis à révision académique

Les effets à court terme : ce que la recherche montre

Les dons d'argent inconditionnels sont l'une des interventions les mieux documentées dans le champ de la lutte contre la pauvreté. Des centaines d'études ont analysé leurs effets, et GiveDirectly, par sa taille et son ouverture à la recherche externe, a joué un rôle central dans la constitution de ce corpus.

Les résultats convergent sur plusieurs points solides. Dans l'année qui suit un transfert, les foyers bénéficiaires consomment davantage, mangent mieux, et voient leur sécurité alimentaire s'améliorer de façon mesurable. Leur bien-être psychologique s'améliore également. Ils accumulent des actifs durables, investis principalement dans des toits en tôle, du bétail ou des meubles. Et contrairement à l'objection la plus fréquente, les études ne montrent aucune hausse détectable des dépenses en alcool ou en tabac.[2]

Les effets à long terme : ce qu'on sait et ce qu'on ne sait pas encore

Les effets à long terme des transferts monétaires sont plus difficiles à mesurer, et les études sur plusieurs années restent rares pour l'ensemble des interventions philanthropiques, pas seulement pour GiveDirectly.

Des résultats préliminaires d'une étude de suivi montrent que 5 à 7 ans après avoir reçu un transfert unique, les foyers bénéficiaires consommaient encore 12 % de plus que les foyers du groupe témoin, un écart presque identique à celui mesuré deux ans après le transfert. GiveWell, qui cite ces chiffres, précise ne pas leur accorder beaucoup de poids pour l'instant, car ils n'ont pas encore été soumis à révision académique complète.[3] Si ces résultats sont confirmés, ils renforceraient considérablement l'estimation de l'impact du programme.

Ce que l'on sait avec plus de certitude : des hommes ougandais ayant reçu 380 dollars en 2008 affichaient des revenus 22 % plus élevés que le groupe témoin en 2020, soit douze ans plus tard.[3]

L'effet multiplicateur sur l'économie locale

L'une des avancées les plus importantes dans la compréhension des transferts monétaires est la mesure de leurs effets sur les non-bénéficiaires. Quand un foyer reçoit de l'argent et le dépense localement, cela génère de l'activité économique dans tout le village : les commerçants vendent plus, les artisans travaillent davantage, d'autres foyers en bénéficient indirectement.

Une étude d'Egger et al. publiée en 2022 a mesuré les effets généraux d'équilibre du programme GiveDirectly au Kenya : pour chaque tranche de 1 000 dollars injectés dans une communauté, 2 500 dollars d'activité économique locale ont été générés, sans inflation notable des prix.[4] Ce multiplicateur de 2,5x a joué un rôle central dans la réévaluation de GiveWell en 2024, que nous examinons dans la section suivante.


Comment GiveWell évalue GiveDirectly

GiveWell est un évaluateur indépendant qui identifie les associations à plus fort impact dans le domaine de la santé et de la lutte contre la pauvreté. Mieux Donner s'appuie sur leurs analyses et permet de soutenir certains de leurs programmes recommandés depuis la France.

Une ancienne top charity devenue référence de comparaison

GiveWell s'est intéressé à GiveDirectly dès 2011, alors que l'organisation venait de se créer. Pendant plusieurs années, GiveDirectly figurait parmi ses top charities recommandées aux donateurs. GiveWell n'a plus dirigé de fonds vers GiveDirectly depuis 2015, mais a utilisé pendant longtemps son programme comme ligne de base pour évaluer et comparer l'impact de toutes les autres associations qu'il analyse.

Ce statut de référence est en soi une reconnaissance : cela signifiait que toute intervention recommandée par GiveWell devait prouver qu'elle fait significativement mieux que de simplement distribuer de l'argent en direct.

La réévaluation de 2024 : pourquoi l'estimation a triplé ou quadruplé

En novembre 2024, GiveWell a publié une réévaluation complète du programme de GiveDirectly, la première depuis 2019. Cette réévaluation conclut que le programme est 3 à 4 fois plus coût-efficace que ce que GiveWell estimait précédemment.[5]

Deux facteurs principaux expliquent cette révision à la hausse. D'abord, la prise en compte des effets multiplicateurs documentés par Egger et al. sur l'économie locale, qui représentent à eux seuls environ la moitié de la hausse. Ensuite, la modélisation du programme dans des pays plus pauvres que le Kenya, comme le Malawi, où les bénéficiaires de départ ont une consommation encore plus faible, ce qui augmente mécaniquement la valeur relative du transfert.

GiveWell a depuis modifié la base de référence de son benchmark pour ne plus la faire reposer directement sur GiveDirectly, tout en maintenant une valeur numérique équivalente, afin d'éviter toute confusion entre le programme lui-même et l'outil de comparaison.

Pourquoi GiveDirectly n'est pas (encore) dans les top charities

Malgré cette révision à la hausse, GiveWell estime que le programme représente environ 30 à 40 % de l'efficacité de sa meilleure opportunité de financement actuelle, et qu'il ne franchit pas encore leur barre pour être recommandé activement aux donateurs.[5]

Dit autrement : GiveDirectly est solide, bien étudiée, et plus efficace qu'on pourrait le penser. Mais distribuer des moustiquaires imprégnées ou des suppléments de vitamine A dans les contextes les plus défavorisés reste, selon les modèles de GiveWell, encore deux à trois fois plus coût-efficace.

Pour explorer si des variantes du programme pourraient franchir cette barre, GiveWell a accordé en mars 2025 un financement à GiveDirectly pour tester de nouvelles approches, notamment un ciblage plus précis des foyers les plus pauvres au Mozambique et en Ouganda.[6]

Ce positionnement ne doit pas être lu comme un désaveu. GiveDirectly reste l'une des associations d'aide au développement les mieux documentées et les plus transparentes au monde. Elle correspond également à des valeurs que d'autres programmes ne peuvent pas offrir : l'agentivité des bénéficiaires, l'absence de paternalisme, et une approche qui remet les décisions entre les mains des personnes concernées.

GiveDirectly AMF / Helen Keller Intl
Niveau de preuve Très élevé (centaines d'études) Très élevé (essais randomisés)
Coût-efficacité selon GiveWell Solide, 30-40 % du niveau des top charities Parmi les meilleures interventions connues
Agentivité des bénéficiaires Totale : les bénéficiaires décident Limitée : intervention définie à l'avance
Réduction fiscale depuis la France Non disponible Oui, via Mieux Donner

Et si les transferts directs étaient la prochaine grande solution contre la pauvreté extrême ?

Les interventions qui dominent aujourd'hui les recommandations philanthropiques, distribuer des moustiquaires, administrer de la vitamine A, vacciner des nourrissons, sont des réponses à des problèmes qui devraient, à terme, être résolus à grande échelle par des politiques publiques. Quand ces solutions aussi basiques que fondamentales auront été déployées massivement, la question qui se posera sera : que fait-on ensuite pour les centaines de millions de personnes qui vivront encore dans l'extrême pauvreté ?

Les transferts monétaires inconditionnels sont une réponse sérieuse à cette question. Ils peuvent être déployés massivement, dans des contextes très variés, avec des coûts opérationnels maîtrisés. GiveDirectly estime pouvoir livrer jusqu'à 1,4 milliard de dollars de transferts entre 2025 et 2027.[6] Au-delà des ONG, les agences de développement internationales devraient probablement accorder une part bien plus importante de leurs budgets d'aide aux transferts monétaires directs. C'est une piste qui gagne en crédibilité à mesure que les preuves s'accumulent.


Peut-on donner à GiveDirectly depuis la France avec une réduction fiscale ?

La réponse courte : non, pas aujourd'hui

Si vous souhaitez soutenir GiveDirectly depuis la France, vous pouvez le faire directement sur le site de l'organisation. En revanche, vous ne pourrez pas bénéficier d'une réduction fiscale sur ce don. Aucun intermédiaire français ne permet aujourd'hui de relayer des dons vers GiveDirectly avec émission d'un reçu fiscal.

Pourquoi le droit fiscal français bloque ce type de don

En France, la réduction fiscale sur les dons est réservée aux associations ou fondations qui poursuivent un but d'intérêt général. D'après des échanges que nous avons eus avec des acteurs du secteur, il semblerait que l'administration fiscale interprète cette condition de façon restrictive : une organisation dont l'activité principale consiste à redistribuer directement de l'argent à des particuliers, même en situation d'extrême pauvreté, ne satisferait pas à cette définition.

Cette interprétation est contestable sur le fond. Transférer directement des ressources à des personnes vivant avec moins de 2 dollars par jour constitue, dans tous les sens du terme, une action d'intérêt général. Mais tant que l'interprétation juridique n'évolue pas, les associations qui redistribuent directement de l'argent à des bénéficiaires individuels se heurtent à ce blocage.

Ce que faisait la Fondation de France et pourquoi c'est terminé

Jusqu'à une période récente, il était possible de donner à GiveDirectly UK via le mécanisme du Transnational Giving Europe (TGE), un réseau de fondations européennes qui permet de faire transiter des dons transfrontaliers avec reçu fiscal local. La Fondation de France était le partenaire français de ce réseau.

Ce canal n'est plus disponible. La Fondation de France a refusé de renouveler le dossier de GiveDirectly dans le cadre du TGE. Selon notre compréhension, le motif invoqué est explicitement leur activité de redistribution directe d'argent à des personnes ou à des familles, considérée comme relevant d'un cercle restreint de bénéficiaires.

La Fondation de France a donc conclu que le modèle même de GiveDirectly, redistribuer directement de l'argent à des foyers sélectionnés selon des critères propres à l'organisation, n'était pas compatible avec les exigences auxquelles elle est tenue vis-à-vis de l'administration fiscale française.

Les alternatives pour donner efficacement avec réduction fiscale

Si votre objectif est d'avoir un impact sur la pauvreté extrême tout en bénéficiant d'une réduction fiscale, plusieurs options sont disponibles via Mieux Donner. Des associations comme Against Malaria Foundation ou Helen Keller International ont démontré un impact très élevé sur les populations les plus pauvres, notamment en Afrique subsaharienne, et permettent de donner avec reçu fiscal depuis la France.

Ces organisations n'ont pas le même modèle que GiveDirectly : elles financent des interventions spécifiques plutôt que des transferts directs. Mais elles partagent le même engagement envers la rigueur de la preuve et la maximisation de l'impact par euro donné.

Donner avec impact

Découvrez les associations recommandées par Mieux Donner pour aider les personnes en extrême pauvreté, avec reçu fiscal depuis la France.

Voir les associations recommandées

Sources

  1. Giving What We Can, GiveDirectly — fiche organisation, 2024.
  2. Haushofer, J. & Shapiro, J., The Short-Term Impact of Unconditional Cash Transfers to the Poor, Kenya RCT, 2016. Résultats résumés par GiveWell — Cash Transfers.
  3. GiveWell, Re-evaluating the Impact of Unconditional Cash Transfers, novembre 2024. Inclut les résultats préliminaires Egger et al. (suivi 5-7 ans) et les données Fiala et al. 2023 sur l'Ouganda.
  4. Egger, D. et al., General Equilibrium Effects of Cash Transfers, Econometrica, 2022. Résumé par GiveWell.
  5. GiveWell, GiveDirectly's Cash for Poverty Relief Program, novembre 2024.
  6. GiveWell, GiveDirectly — Scoping Grant for New Program Variations, mars 2025. Inclut les projections de déploiement 2025-2027 citées par GiveDirectly.
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