Mieux Donner

L'aide internationale est-elle paternaliste et colonialiste ? – Mieux Donner

L'aide internationale est-elle paternaliste et colonialiste ?

Parmi les personnes généreuses qui souhaitent avoir un impact positif sur les autres, l'une des réalités les mieux établies est que l'on peut généralement faire une différence bien plus grande là où les besoins fondamentaux ne sont pas couverts. Dans la pratique, cela signifie que nos dons peuvent avoir un impact bien plus important dans les pays où l'extrême pauvreté est présente. Mais cette réalité soulève une question légitime : en décidant depuis Paris ou Londres quelles populations ont besoin d'aide et comment les aider, ne reproduit-on pas des logiques colonialistes ou paternalistes ? Ne faudrait-il apporter son aide que si les populations locales la sollicitent explicitement ?

Romain Barbe
Romain Barbe
Fondateur · Mieux Donner · Temps de lecture : 12 min

Ces questions méritent d'être prises au sérieux. Cet article examine les différents risques et analyses autour de ce sujet. Il explore aussi pourquoi la générosité efficace, basée sur les preuves et orientée vers les besoins réels des bénéficiaires, représente une avancée sur ces questions, sans pour autant y avoir répondu de façon définitive.


La critique du colonialisme humanitaire : ce qu'elle a de juste

La critique n'est pas nouvelle, et elle n'est pas sans fondement. Depuis des décennies, des chercheurs, des journalistes et des acteurs du secteur humanitaire eux-mêmes pointent des dysfonctionnements structurels dans la façon dont l'aide internationale est organisée.

Une structure de pouvoir documentée

Dans la grande majorité des ONG internationales, celles et ceux qui décident des priorités, allouent les budgets et définissent les stratégies d'intervention sont basés dans les pays riches. Les personnels locaux occupent souvent des postes subalternes, avec des écarts salariaux importants pour des fonctions équivalentes. Cette organisation reproduit une hiérarchie dans laquelle les bénéficiaires de l'aide sont systématiquement absents des choix qui les concernent le plus directement.

L'aide-catharsis : servir d'abord celui qui donne

Le "voluntourisme" est un exemple souvent cité de cette dérive : ces séjours humanitaires courts pendant lesquels des volontaires occidentaux, sans formation particulière, construisent des écoles, creusent des puits ou s'occupent d'orphelins dans des pays pauvres. Des études ont montré que certaines de ces pratiques ont des effets contre-productifs : des constructions mal réalisées qui doivent être refaites par des artisans locaux, une concurrence directe avec le travail rémunéré de professionnels locaux, et une organisation du secteur davantage orientée vers l'expérience émotionnelle du volontaire que vers les besoins réels des populations. C'est ce que l'auteur américain Teju Cole a nommé le "White Savior Industrial Complex" : un système dans lequel aider les autres devient d'abord une expérience qui valorise celui qui aide, pas une réponse aux besoins de ceux qui sont censés en bénéficier.

Cette dimension n'est pas que symbolique. Des chercheurs ont documenté une réalité psychologique mesurable : les donneurs tendent à traiter les adultes en situation de pauvreté comme des enfants, supposant que l'aide conditionnelle et contrôlée sera plus efficace pour eux qu'une aide laissant libre choix.[1] Cette supposition est empiriquement fausse.

L'aide en nature comme révélateur

Ce biais se matérialise dans l'aide en nature : des vêtements inadaptés au contexte ou au climat, des semences incompatibles avec les sols locaux, des médicaments périmés. Ces objets sont donnés parce que le donateur suppose qu'il sait mieux que le bénéficiaire ce dont il a besoin. Donner de l'argent semblerait moins contrôlable, plus risqué. L'aide en nature rassure celui qui donne, pas nécessairement celui qui reçoit.

Une critique structurelle sérieuse, valide dans certains cas

Des économistes comme Dambisa Moyo, dans Dead Aid, ou Angus Deaton, dans The Great Escape, ont poussé cette critique plus loin : certaines formes d'aide ne traitent pas les causes politiques de la pauvreté, elles peuvent même les masquer.[2] En finançant des services que des États devraient assurer, ou en maintenant sous perfusion des gouvernements défaillants, certaines aides ont pu retarder les réformes institutionnelles nécessaires et déresponsabiliser les États vis-à-vis de leurs propres citoyens. Ce n'est pas une critique de toute aide : c'est une critique ciblée sur des formes d'aide mal conçues, qui mérite d'être entendue.


Trois critiques pouvant être faites à l'aide internationale

L'aide internationale fait face à trois reproches distincts qui méritent chacun d'être examinés sérieusement.

1
L'aide traite les symptômes sans s'attaquer aux causes

Distribuer des moustiquaires ou des vitamines ne s'attaque pas aux structures économiques et politiques qui produisent la pauvreté. Le risque serait de financer indéfiniment des interventions palliatives, en entretenant la dépendance plutôt qu'en travaillant à la rendre inutile. Des organisations d'aide auraient même un intérêt implicite à maintenir le besoin plutôt qu'à le faire disparaître.

2
L'aide peut fragiliser les États plutôt que les renforcer

Quand une ONG efficace prend en charge des services publics dans une région, elle peut, sans le vouloir, réduire la pression politique sur l'État pour développer ses propres systèmes. Les familles s'habituent à recevoir des soins d'une ONG étrangère plutôt que de les exiger de leur gouvernement. À grande échelle, cela peut éroder la légitimité des institutions locales et fragiliser la responsabilité démocratique à long terme.

3
L'aide ne consulte pas les populations

Les interventions sont conçues depuis des bureaux lointains, sans consultation réelle des communautés concernées. Elles arrivent avec des solutions prédéfinies, plutôt que d'émerger des besoins exprimés localement. Dans certains cas, la présence extérieure peut même court-circuiter des dynamiques d'organisation communautaire qui auraient été plus efficaces et plus durables.

Ces trois reproches n'ont pas la même force. Le premier est partiellement juste mais incomplet. Le deuxième est un risque réel qu'il faut prendre au sérieux. Le troisième cache une ambiguïté importante, que la section suivante va démêler.


L'argument logique : du constat juste à la conclusion fausse

On peut être pleinement d'accord avec le constat que les interventions passées ont souvent ignoré les besoins réels des populations, et en désaccord avec la conclusion selon laquelle il ne faudrait financer que les interventions explicitement demandées. Le problème est dans le "parce que" qui relie ces deux positions.

Ce que l'argument confond : deux types d'asymétrie très différents

Asymétrie de valeurs → paternalisme

Imposer ses valeurs à autrui ("vous devriez scolariser vos filles", "votre tradition est mauvaise") est effectivement paternaliste : on substitue sa propre vision du bien à celle des personnes concernées.

Asymétrie d'information → expertise

Apporter une expertise médicale inaccessible localement, c'est différent. Le lien entre carence en micronutriment et cécité irréversible est une connaissance médicale spécialisée, produite par des décennies de recherche, qui n'est pas accessible sans formation.

C'est une asymétrie d'information, pas une asymétrie de valeurs. Et ces deux situations appellent des réponses morales très différentes.

La vitamine A : vouloir sans pouvoir demander

Chaque année, entre 250 000 et 500 000 enfants deviennent aveugles à cause d'une carence en vitamine A, et la moitié d'entre eux meurent dans les douze mois.[3] Des études menées au Ghana, au Kenya et dans d'autres pays d'Afrique subsaharienne montrent que le principal obstacle à l'adoption de la supplémentation n'est pas le refus des parents, mais le manque d'information sur le lien causal et l'accessibilité du médicament lui-même.[4] Lorsque les mères reçoivent une éducation nutritionnelle, le taux d'adoption augmente significativement. Ces mères veulent que leurs enfants soient en bonne santé : c'est une préférence universelle et forte. Elles ne "demandent" pas de supplémentation non pas parce qu'elles n'en veulent pas, mais parce qu'elles n'ont pas les moyens de savoir que c'est ce dont leurs enfants ont besoin.

Conditionner le financement à la demande explicite reviendrait à ne financer la supplémentation en vitamine A que là où l'information médicale est déjà présente, c'est-à-dire précisément là où le besoin est le moins urgent.

250 000–500 000 enfants aveugles chaque année par carence en vitamine A
50 % d'entre eux meurent dans les 12 mois
4 à 12 % de réduction de la mortalité infantile par supplémentation

Les moustiquaires : même logique

Dans certaines zones rurales de Madagascar, des enquêtes ont montré que moins de la moitié des villageois identifiaient les moustiquaires comme outil de protection contre le paludisme, et que seulement 73 % savaient que la transmission se fait par les moustiques.[5] Pourtant, tous voulaient que leurs enfants ne meurent pas. L'écart n'était pas dans les valeurs finales. Il était dans la connaissance des liens causaux entre moustique, parasite et maladie.

L'autonomie réelle passe d'abord par la survie

Il y a quelque chose de paradoxal dans l'idée de refuser une intervention efficace au nom du "respect de l'autonomie" des populations. L'autonomie réelle : la capacité à faire des choix, à s'organiser, à revendiquer ses droits, commence par être en vie et en bonne santé. Des sociologues ont montré que c'est précisément lorsque l'insécurité matérielle diminue que les mouvements pour la justice, la réforme institutionnelle et l'émancipation politique tendent à se renforcer. La sécurité matérielle n'est pas l'opposé de l'agentivité politique : elle en est souvent la condition.

Entre "décider à la place des populations" et "n'agir que sur demande explicite" existe une troisième voie : partir des préférences profondes et universelles des populations (vivre, être en bonne santé, voir ses enfants grandir) et mobiliser l'expertise disponible pour les servir. C'est précisément ce que cherche à faire la générosité efficace.


Ce que la générosité efficace fait concrètement différemment

La générosité efficace n'est pas simplement une critique de l'aide classique. C'est une tentative rigoureuse de construire quelque chose de différent. Ses principes fondateurs répondent directement aux problèmes identifiés dans les sections précédentes.

Partir de l'impact réel sur les bénéficiaires, pas de la satisfaction des donateurs

La question centrale n'est pas "qu'est-ce qui me semble juste de donner ?" ni "qu'est-ce qui donne bonne conscience ?", mais "qu'est-ce qui améliore réellement et le plus possible la vie des personnes concernées ?" C'est un changement de boussole qui peut sembler évident, mais qui est loin d'être la norme dans le secteur.

C'est le point de départ du mouvement de l'altruisme efficace, né au début des années 2010 autour de philosophes comme William MacAskill et Peter Singer. L'idée centrale est simple : si l'on veut vraiment aider les autres, il faut chercher avec la même rigueur qu'on applique à d'autres domaines importants de sa vie quelles actions produisent réellement les meilleures améliorations de vie pour les personnes concernées. Cela implique de s'appuyer sur les données disponibles, de comparer les interventions entre elles, d'accepter que certaines approches qui semblent généreuses soient peu efficaces, et que d'autres moins intuitives soient beaucoup plus impactantes.

Mieux Donner s'appuie sur ces principes pour orienter les dons vers les associations et interventions les plus efficaces. Pour les dons en direction de l'extrême pauvreté et de la santé mondiale, cela signifie en pratique s'appuyer sur le travail d'évaluateurs indépendants comme GiveWell, qui consacrent des milliers d'heures à analyser des essais contrôlés randomisés, des données d'impact terrain et des rapports financiers pour identifier les interventions qui produisent les meilleures améliorations de vie par euro dépensé. Le résultat est souvent contre-intuitif : de multiples analyses montrent qu'il n'existe pas de corrélation entre la taille d'une organisation, son ancienneté et son efficacité réelle. Les meilleures associations peuvent permettre 100 fois plus d'impact que la moyenne.

Voici comment ces principes se traduisent concrètement dans les organisations recommandées :

Choix total GiveDirectly
Transfère de l'argent directement aux personnes en situation d'extrême pauvreté, sans conditions sur l'usage. Les bénéficiaires décident entièrement de comment le dépenser. Plus de 200 études indépendantes ont évalué l'impact des transferts d'argent sans conditions.[6] Leur conclusion convergente : les bénéficiaires font de meilleurs choix que les ONG n'auraient fait à leur place. Ils dépensent l'argent en nourriture, en santé, en éducation et en investissements productifs. L'idée reçue selon laquelle cet argent serait dépensé en alcool ou en tabac est réfutée empiriquement. GiveDirectly a distribué plus de 900 millions de dollars à environ 1,7 million de bénéficiaires dans plusieurs pays.
Préférences intégrées GiveWell
Quand la demande explicite n'est pas directement possible, l'altruisme efficace cherche à s'en approcher par d'autres voies. GiveWell a financé des enquêtes auprès de près de 1 800 personnes au Kenya et au Ghana pour mesurer leurs arbitrages réels entre différents types de bénéfices : sauver une vie ou augmenter les revenus d'une famille, par exemple.[7] Ces préférences sont ensuite intégrées dans les modèles d'allocation. Ce processus n'est pas parfait : une part significative du poids des pondérations morales de GiveWell vient encore de ses donateurs et équipes plutôt que des bénéficiaires eux-mêmes. GiveWell le reconnaît et finance activement de nouvelles recherches pour améliorer cette méthode. C'est un chantier ouvert, pas une case cochée.
Appui au système New Incentives
Illustre une autre façon d'opérer sans se substituer aux institutions locales. Son programme augmente les taux de vaccination au Nigeria en offrant de petites incitations financières aux familles pour emmener leurs enfants dans les cliniques de vaccination existantes. L'organisation opère entièrement à l'intérieur du système de santé nigérian : elle renforce sa couverture, elle ne le remplace pas. Chaque année, 700 000 enfants de moins de cinq ans meurent de maladies évitables. La vaccination peut réduire cette mortalité d'environ 50 %.
Rôle d'appui AMF & HKI
Against Malaria Foundation finance l'achat de moustiquaires imprégnées d'insecticide, mais ne mène pas elle-même les campagnes de distribution. Ce sont les programmes nationaux de lutte contre le paludisme et leurs partenaires locaux qui les organisent et les exécutent. AMF emploie 13 personnes et ne déploie pas de personnel sur le terrain dans les pays bénéficiaires. Helen Keller Intl, de son côté, fournit un appui technique et financier à des campagnes qui se déroulent sous la direction des gouvernements des pays concernés : les agents qui mettent en oeuvre ces programmes sont des employés ou bénévoles recrutés par le gouvernement. Ces modèles évitent la substitution directe que les critiques dénoncent à juste titre dans d'autres formes d'aide.
Causes structurelles LEEP
Un malentendu fréquent consiste à croire que la générosité efficace se cantonne à des interventions palliatives et n'agit jamais sur les causes structurelles. C'est inexact. LEEP (Lead Exposure Elimination Project), incubé par Charity Entrepreneurship, travaille avec les gouvernements pour faire adopter des réglementations sur la peinture au plomb, accompagner les fabricants vers des formulations sans plomb, et renforcer les capacités de test et de surveillance locales. LEEP a obtenu des engagements gouvernementaux de réglementation dans neuf pays, dont le Malawi, Madagascar, le Pakistan et le Zimbabwe. Au Malawi, en deux ans, la part de marché des peintures contenant du plomb a chuté de plus de 50 %, à un coût inférieur à 2 dollars par enfant protégé.[8] L'objectif déclaré de LEEP est de rendre l'État capable de prendre en charge ce problème de façon permanente et autonome. Ses fondateurs ont indiqué explicitement qu'ils ne souhaitent pas maintenir leur organisation indéfiniment : si le problème est résolu, ils ferment. C'est précisément l'inverse de l'aide qui entretient sa propre nécessité.

Ce qui reste ouvert : les angles morts qui méritent humilité

Reconnaître que la générosité efficace représente une avancée sur ces questions n'implique pas qu'elle y ait pleinement répondu. Trois limites méritent d'être nommées honnêtement.

Le risque d'éviction institutionnelle reste une question ouverte
Même des interventions bien conçues peuvent, à grande échelle et sur le long terme, réduire la pression politique sur les États pour développer leurs propres systèmes de santé. Si les populations savent qu'une ONG distribuera des moustiquaires tous les trois ans, elles peuvent être moins enclines à exiger ce service de leur gouvernement. Cet effet de substitution est difficile à mesurer mais théoriquement plausible. C'est un risque que les organisations sérieuses prennent en compte dans leur conception, mais qu'aucune n'a complètement résolu.
La critique structurelle conserve une part de vérité
La générosité efficace sauve des vies maintenant, et permet à des personnes de meilleures conditions de départ dans la vie. Les interventions de santé ont souvent des retours économiques très élevés pour les populations concernées : un enfant qui ne devient pas aveugle, qui ne souffre pas de retards cognitifs liés à l'intoxication au plomb, qui ne manque pas des années d'école à cause du paludisme, a des perspectives de vie très différentes. Ce type d'interventions n'a pas à être le seul à être soutenu. On peut également appliquer les principes de la générosité efficace à des changements systémiques profonds, comme le montre le cas de LEEP. Les deux agendas sont complémentaires, pas opposés.
La composition du secteur reste un chantier
La critique néocoloniale a un point d'appui empirique dans la communauté de l'altruisme efficace elle-même : elle demeure très majoritairement composée de personnes issues de pays riches, blanches, issues de classes aisées. Ce phénomène de "monoculture" influence inévitablement l'agenda collectif, les priorités de recherche et les comportements du mouvement. Avant 2019, les pondérations morales sur lesquelles reposaient les recommandations de GiveWell étaient construites presque exclusivement à partir de données issues de populations des pays riches, faute d'études dans les pays à faibles revenus.

Le mouvement le reconnaît et prend des mesures concrètes. Les conférences EAGx se développent dans des régions moins représentées, avec notamment des événements en Asie du Sud-Est et des projets en Afrique subsaharienne. Des groupes locaux émergent en Afrique, fondés par des acteurs qui s'approprient les outils de l'altruisme efficace dans leur propre contexte.

Un exemple instructif vient du Cameroun. En 2021, un groupe de professionnels du développement humanitaire y a fondé Effective Help Cameroon. En 2022, ils ont organisé un concours pour identifier les associations locales les plus efficaces, avec 21 candidatures. Leur principal constat rejoint les analyses issues de la communauté internationale : il n'y avait aucune corrélation entre l'expérience des organisations, leur budget et leur impact réel. Leur conclusion : les organisations deviennent avec le temps plus efficaces à capter des financements, pas nécessairement à améliorer les vies des personnes qu'elles sont censées servir.[9] Ce groupe camerounais, par sa propre analyse indépendante, a confirmé des résultats que la communauté EA internationale avait produits à partir de données globales. C'est précisément ce que la diversification géographique du mouvement permet : non pas valider les analyses occidentales, mais les confirmer, les compléter et les nuancer depuis des contextes différents.

La vigilance sur la composition du secteur n'est pas une posture optionnelle : c'est une condition de crédibilité et d'amélioration continue.

Conclusion

La critique du paternalisme et du néocolonialisme dans l'aide internationale est légitime. Nous préférerions tous vivre dans un monde où l'extrême pauvreté n'existe pas, où les soins de base seraient assurés par des gouvernements fonctionnels partout dans le monde. Ce n'est pas le monde dans lequel nous vivons.

Ne pas vouloir soutenir des projets qui pourraient avoir plus de conséquences négatives que positives est une attitude nécessaire, qui n'a pas toujours été présente dans l'aide internationale. Notamment quand cette aide prenait la forme d'une aide-catharsis, conçue d'en haut sans consultation des populations, et servant d'abord les préférences de ceux qui donnent plutôt que les besoins de ceux qui reçoivent.

Cependant, décider de ne rien faire n'est pas nécessairement la meilleure contribution. Les outils et évaluateurs de la générosité efficace cherchent précisément à servir les préférences réelles des bénéficiaires avec les meilleures preuves disponibles. La bonne question n'est pas "qui donne, et d'où ?", c'est "qu'est-ce qui aide réellement ?" La générosité basée sur les preuves est l'effort le plus rigoureux pour répondre à cette question. Ce n'est pas exempt de limites, c'est en amélioration continue, et c'est pour ça que la critique reste utile : non pas pour rejeter la générosité efficace, mais pour l'affiner en permanence.

Dans le monde inégal où nous vivons, les personnes et les gouvernements des pays riches peuvent orienter une partie de leurs ressources vers des interventions servant réellement les intérêts des populations les plus vulnérables. Cette capacité d'action est précieuse. L'enjeu est de s'assurer qu'elle est exercée avec rigueur, humilité et une écoute sincère de ceux que l'on cherche à aider.

Orienter vos dons vers les associations les plus efficaces

Mieux Donner sélectionne les associations dont l'impact est démontré par des preuves rigoureuses, et les présente de façon transparente pour vous aider à donner avec confiance.

Découvrir les associations recommandées →

Questions fréquentes

N'est-il pas présomptueux de décider ce dont les populations pauvres ont besoin ?

Il faut distinguer deux situations très différentes. Imposer ses valeurs à d'autres personnes, par exemple décider à leur place ce qu'elles devraient manger, comment elles devraient élever leurs enfants ou quelles traditions elles devraient abandonner, est effectivement paternaliste et inacceptable. Mais apporter une expertise médicale que les populations n'ont pas les moyens d'acquérir seules, c'est différent. Par exemple, les parents dans les pays à faibles revenus veulent profondément que leurs enfants soient en bonne santé et ne deviennent pas aveugles. Ce qu'ils ignorent souvent, faute d'accès à l'information médicale, c'est qu'une simple carence en vitamine A est la principale cause évitable de cécité chez les enfants dans ces régions, et qu'une capsule deux fois par an peut l'empêcher. Ce n'est pas imposer une valeur : c'est mettre une expertise au service d'une préférence qui existe déjà.

Pourquoi ne pas simplement donner aux associations locales plutôt qu'aux grandes ONG internationales ?

L'origine géographique d'une organisation n'est pas un bon indicateur de son efficacité. Des associations locales peuvent être très efficaces, d'autres font peu de choses malgré de bonnes intentions. C'est vrai aussi pour les grandes ONG internationales. Des analyses menées au Cameroun par des professionnels du développement humanitaire ont montré qu'il n'existe pas de corrélation entre la taille, l'ancienneté ou la notoriété d'une organisation et son impact réel sur les populations. L'approche de la générosité efficace consiste précisément à évaluer les interventions indépendamment de leur origine, à l'aide d'essais cliniques, de données terrain et d'analyses de coût-efficacité, pour identifier celles qui améliorent le plus les vies par euro dépensé, qu'elles soient locales ou internationales.

L'aide internationale ne risque-t-elle pas de créer de la dépendance et d'affaiblir les États locaux ?

C'est un risque réel que les évaluateurs sérieux prennent en compte. Si une organisation étrangère se substitue durablement à un État pour fournir des services de santé, elle peut réduire la pression des citoyens sur leur gouvernement pour qu'il développe ses propres capacités. Les meilleures interventions sont conçues pour éviter cet écueil. Certaines travaillent directement avec les ministères de la santé locaux, qui gardent la direction des campagnes. D'autres, comme le Lead Exposure Elimination Project (LEEP), aident les gouvernements à adopter des réglementations et à renforcer leurs propres capacités de contrôle, avec l'objectif explicite de disparaître une fois leur mission accomplie. La générosité efficace ne cherche pas à remplacer les institutions locales : elle cherche à les renforcer.

Qu'est-ce que la générosité efficace et en quoi est-elle différente de l'aide traditionnelle ?

La générosité efficace s'inspire du mouvement de l'altruisme efficace, né dans les années 2010 autour de philosophes comme William MacAskill et Peter Singer. Son principe fondateur est simple : si l'on veut vraiment aider les autres, il faut chercher avec la même rigueur qu'on applique à d'autres décisions importantes quelles actions produisent réellement les meilleures améliorations de vie pour les personnes concernées. Concrètement, cela signifie s'appuyer sur des essais contrôlés randomisés, des évaluations d'impact indépendantes et des analyses de coût-efficacité, plutôt que sur l'intuition ou l'émotion. Contrairement à l'aide traditionnelle qui part souvent des préférences des donateurs, la générosité efficace part des besoins et des préférences des bénéficiaires. Mieux Donner applique ces principes pour orienter les dons vers les associations dont l'impact est le mieux documenté.

Sources
  1. 1Schroeder J. & Epley N. (2020). Mind Perception and Paternalism. Journal of Experimental Psychology. Lire l'étude
  2. 2Moyo D. (2009). Dead Aid. Farrar, Straus and Giroux. Deaton A. (2013). The Great Escape. Princeton University Press.
  3. 3Helen Keller Intl, données OMS. Carence en vitamine A : entre 250 000 et 500 000 enfants aveugles par an, mortalité de 50 % dans les 12 mois. Voir notre article Helen Keller Intl
  4. 4Ezezika O. et al. (2025). Barriers and facilitators to vitamin A supplementation in Africa. Journal of Nutrition. Lire l'étude
  5. 5Githinji S. et al. (2014). Household malaria knowledge and bednet ownership in rural Madagascar. PMC / Malaria Journal. Lire l'étude
  6. 6GiveDirectly. Research on cash transfers : plus de 200 études indépendantes. Voir les recherches
  7. 7IDinsight / GiveWell (2019). Beneficiary Preferences Survey, Kenya et Ghana, ~1 800 répondants. Voir la méthodologie GiveWell
  8. 8LEEP / Charity Entrepreneurship. Résultats Malawi 2020-2022. Coût estimé : 1,66 $ par enfant protégé (Founders Pledge). Site LEEP
  9. 9Effective Help Cameroon (2024). This chart is right. Most interventions don't do much. EA Forum. Lire le post

Tags :