Against Malaria Foundation a une mission simple : protéger les population du paludisme (une maladie terrible). L'association finance des moustiquaires imprégnées d'insecticide, puis s'assure qu'elles sont distribuées et utilisées. Ce qui la distingue tient moins à la moustiquaire qu'à ce qui l'entoure : un processus documenté, publié et vérifiable, qui permet à une personne qui donne de savoir ce qu'est devenu son argent.
En 2007, un petit groupe de personnes travaillant dans la finance à New York se pose une question ordinaire : où donner son argent pour que cela change vraiment quelque chose. Elles écrivent à des associations et à des fondations, demandent des résultats, des données, des évaluations. Ce qui leur revient ressemble surtout à des brochures : une mission, des photos, des histoires, peu d'éléments permettant de juger si la générosité produit un effet. Faute de trouver l'information, elles quittent leur emploi et fondent GiveWell, un évaluateur indépendant d'associations[1].
Against Malaria Foundation fait partie des rares organisations qui, interrogées, sortent des documents plutôt qu'une plaquette. GiveWell l'évalue dès 2010 et la classe rapidement parmi les toutes premières associations qu'elle recommande[2]. Depuis, les exigences de l'évaluateur se sont durcies et le volume de recherche a été multiplié. AMF figure toujours parmi la poignée d'associations retenues.
Ce n'est pas un hasard. Au moment de créer l'association, son fondateur Rob Mather est parti d'une question : comment aider le plus possible avec l'argent disponible. Il a accepté de suivre les données scientifiques et de s'occuper de ce qui ne retient pas l'attention, plutôt que de ce qui se raconte bien.
Une campagne nationale porte sur plusieurs millions de moustiquaires. Avant toute distribution, des équipes visitent chaque foyer de la zone concernée et enregistrent le nombre de places de couchage. Une moustiquaire couvre environ deux personnes : un foyer de huit personnes en reçoit quatre, un foyer de trois en reçoit deux. Les données sont saisies sur smartphone, avec la position GPS du foyer.
Quand personne ne sait combien de moustiquaires sont réellement nécessaires, une inflation d'une seule unité par foyer se traduit, à l'échelle d'un pays, par des centaines de milliers de moustiquaires en trop, qui finissent revendues. En compter moins reviendrait à laisser des personnes sans protection.
Le jour de la distribution, les responsables de santé et les chefs de village sont présents. Une personne indépendante supervise la remise des moustiquaires et vérifie que chaque foyer reçoit le nombre prévu. Les listes de bénéficiaires sont signées, la distribution est photographiée et filmée, et un rapport est transmis à AMF[3].
Distribuer ne suffit pas. AMF organise des visites de ménages après la distribution, en principe tous les six mois, pour vérifier que les moustiquaires sont présentes, accrochées et en état[3]. Les résultats servent aussi aux autorités locales : quand les données montrent que l'usage recule dans quelques aires de santé seulement, des moyens limités peuvent y être concentrés au lieu d'être dispersés partout.
| Étape | Ce qui est produit | Où cela se retrouve |
|---|---|---|
| Recensement | Nombre de places de couchage par foyer, position GPS | Base de données de la campagne |
| Distribution | Listes de bénéficiaires signées, photos et vidéos | Page publique de la distribution |
| Rapport immédiat | Quantités remises, incidents constatés | Rapport transmis à AMF, publié |
| Suivi à 6 mois | Présence, accrochage et état des moustiquaires | Enquêtes de suivi publiées |
Cent enquêteurs se préparent à recenser une zone. AMF en ajoute cinq, chargés de retourner dans 5 % des foyers visités par chaque enquêteur, tirés au hasard, sans connaître les données déjà collectées. Les deux séries sont ensuite comparées.
L'essentiel est que les cent premiers le savent avant de partir. Leur travail n'est plus de produire des chiffres cohérents le plus vite possible, mais des chiffres justes, que quelqu'un d'autre devra retrouver. Le dispositif coûte environ 5 % du budget de recensement, une fraction acceptable du coût d'une campagne pour s'assurer que les 95 % restants sont bien dépensés[4].
AMF va parfois plus loin et finance une organisation tierce pour re-recenser intégralement des villages entiers tirés au sort. Ce second point de comparaison permet de juger la qualité du travail effectué sans dépendre uniquement des chiffres de celles et ceux qui l'ont réalisé[4].
Chaque don reçu est rattaché à une distribution précise, que vous pouvez suivre depuis votre page personnelle sur le site d'AMF. Il passe par quatre étapes[3] :
Les documents de chaque campagne sont publiés au même endroit, y compris les rapports de suivi.
Cette matière est ce qui permet à des tiers de contrôler AMF sans dépendre de sa parole. GiveWell consacre des milliers d'heures par an à évaluer des associations et réexamine AMF chaque année depuis 2010[2]. L'association ne choisit donc pas seule les chiffres par lesquels elle est jugée.
Un dispositif de contrôle n'est pas une garantie. GiveWell, qui recommande AMF, publie aussi ses réserves. La correspondance entre le recensement initial et les contre-vérifications se situe entre 65 et 95 % selon les cas. Dans certains pays, les enquêtes de suivi perdent 35 à 40 % de leur échantillon au fil du temps, ce qui peut biaiser les résultats. Et AMF dispose de peu d'informations sur les coûts engagés par ses co-financeurs, ce qui complique le calcul du coût réel par moustiquaire[5].
Un retrait temporaire en 2013 : GiveWell a sorti AMF de sa liste cette année-là. Non pour un problème de qualité, mais parce que l'association n'avait pas la capacité de dépenser ses fonds rapidement, la signature des accords de distribution prenant du temps[6]. Elle y est revenue l'année suivante, quand des financements supplémentaires pouvaient à nouveau protéger des personnes sans délai.
Depuis, AMF publie en continu sa capacité à absorber de nouveaux financements. Des accords sont déjà signés et des moustiquaires prêtes à être achetées, avec des distributions programmées dès que les fonds arrivent. Au 10 septembre 2026, l'association pouvait engager immédiatement 70,3 millions de dollars, et chiffrait à 245 millions de dollars ses besoins sur trois ans[7]. Autrement dit, un don supplémentaire ne vient pas gonfler une réserve : il protège des personnes de plus.
AMF a renoncé à financer des distributions dans des pays où les autorités refusaient de communiquer les données des ménages[4]. L'organisation ne veut pas lancer une campagne si elle n'a pas les moyens de vérifier qu'elle sera bien menée : pas de données, pas de moustiquaires.
La méthode d'AMF n'est pas transposable telle quelle à toutes les causes. La logique, elle, l'est.
Une organisation qui répond aux trois ne fait pas forcément mieux que les autres. Mais elle vous donne les moyens de le savoir.
GiveWell, qui évalue les associations en santé mondiale et en lutte contre la pauvreté, considère toujours les campagnes qu'elle finance chez AMF comme l'un des moyens les plus efficaces d'éviter un décès[5]. C'est aussi l'une des interventions les mieux documentées du secteur.
Votre don finance des moustiquaires, et vous pouvez suivre où elles sont distribuées. Depuis la France, il ouvre droit à une réduction d'impôt de 66 %.
Faire un donOui pour les dons du public : AMF les affecte intégralement à l'achat de moustiquaires. Les frais de fonctionnement de l'association sont payés séparément par un petit groupe de donateurs, et les frais de terrain par les partenaires de distribution. Le coût complet d'une moustiquaire distribuée, tout compris, est estimé entre 4 et 6 dollars selon les pays par GiveWell[5].
Par un recensement foyer par foyer avant la distribution, qui enregistre le nombre de places de couchage. Une moustiquaire couvre environ deux personnes. Une partie des foyers est ensuite revisitée par d'autres enquêteurs pour vérifier la qualité des données collectées.
Des visites de ménages ont lieu après la distribution, en principe tous les six mois, pour vérifier que les moustiquaires sont accrochées et en état. Quand l'usage recule dans certaines zones, les autorités locales peuvent y concentrer leurs actions de sensibilisation.
GiveWell, un évaluateur indépendant, réexamine l'association chaque année depuis 2010 et publie aussi bien ses conclusions que ses réserves sur la qualité des données[5].
Oui. Against Malaria Foundation fait partie des associations recommandées par Mieux Donner qui ouvrent droit à la réduction d'impôt de 66 % pour les personnes imposables en France, dans la limite de 20 % du revenu imposable.