Entretien avec Corentin Biteau, le lundi 24/06, temps de lecture : 6 min
Dans un monde où les associations sont nombreuses et variées, comment identifier celles qui font réellement une différence significative ? J’ai eu la chance d’interviewer Corentin, un chercheur passionné par la recherche d’organisations à fort impact. Voici son parcours et ses réflexions sur ce sujet crucial :
Quel a été le déclic qui t’a amené à te lancer dans la recherche d’association à fort impact ?
Mon parcours vers cette recherche a commencé par une réflexion personnelle. Ingénieur en informatique dans une grande entreprise, je n’avais pas l’impression d’avoir le pouvoir d’aider les autres. Cette prise de conscience a émergé lors d’un repas avec des collègues où nous avons discuté d’une conférence de Peter Singer. Il mettait en avant la comparaison suivante : Si vous étiez en train d’acheter une voiture de luxe, et que l’on vous montrait le nombre de personnes allant mourir de faim que vous pouviez sauver avec cet argent, est-ce que vous changeriez d’avis ? Cette comparaison m’a profondément touchée. Seulement, cela supposait qu’il y avait vraiment des associations capables de sauver des gens de la faim.
Je me suis alors interrogé : y a-t-il des organisations qui font vraiment changer les choses, en qui on peut faire confiance ? J’ai découvert que des évaluateurs indépendants avaient déjà fait des recherches poussées, nécessitant des centaines d’heures de travail, pour identifier de telles organisations. Cela m’a donné confiance et m’a convaincu que je pouvais avoir un impact significatif en soutenant les bonnes causes. J’ai décidé de m’engager davantage, notamment en prenant l’engagement des 10%, un engagement public à donner une portion de mes revenus.
Qu’est-ce qu’une cartographie des associations à impact ?
Rien qu’en France, il existe plus d’un million d’associations. Le monde associatif a dans son ensemble accompli des avancées incroyables, mais les associations elles-mêmes n’ont pas du tout le même degré d’efficacité. Pendant longtemps, je faisais des dons sans vraiment réfléchir à ces différences d’impact. J’ai même soutenu des organisations qui ont, après réflexion, un impact négatif.
Des évaluateurs internationaux existent et analysent différentes méthodes pour recommander des organisations à fort impact mais en France, aucun travail similaire n’avait été fait pour fournir des éléments d’éclairage aux personnes souhaitant donner. Altruisme Efficace France, une association française, m’a proposé de combler ce vide en menant une étude et en interrogeant des associations sur leurs preuves d’impact ainsi que différents experts.
Comment définirais-tu l’impact ?
Quand je parle d’impact, je pense souvent en termes de comparaison, pour intégrer le fait qu’une action peut avoir un impact minime. Moi, ce qui m’intéresse, c’est d’avoir le plus grand impact positif en comparant les différentes façons de faire.
Il existe un cadre de lecture intéressant pour évaluer l’impact des actions, qui regarde une intervention selon son échelle (combien de personnes sont touchées ?), son caractère négligé (y-a-t-il déjà beaucoup de personnes travaillant dessus ?) et son potentiel d’amélioration (peut-on faire des progrès importants ?).
Une fois ces problèmes identifiés, il existe des indicateurs reconnus qui permettent de comparer l’efficacité des interventions au sein de chaque domaine. Sur le sujet de la santé, on évalue les années de vie en bonne santé ajoutées par une intervention. Par exemple, si une intervention permet à un enfant qui allait mourir à 5 ans de vivre une vie entière, cela représente beaucoup d’années de vie sauvées en bonne santé. Pour le climat, on mesure souvent les tonnes de CO2 évitées. Pour la souffrance animale, on considère le nombre d’animaux qui bénéficient de meilleures conditions de vie.
La notion de contrefactuel semble importante dans tes recherches. Peux-tu l’expliquer ?
Le contrefactuel, c’est se poser cette question : que se passerait-il si une action n’était pas réalisée ? Un exemple dont je me souviens, c’est celui d’une personne qui travaillait dans des projets d’entrepreneuriat en Irlande. Cela faisait des années qu’il faisait ce travail et à un moment dans ses lectures, il s’est demandé : “Est-ce que quelqu’un d’autre ferait mon travail si je ne le faisais pas ? » Il s’est rendu compte que oui, quelqu’un d’autre ferait son travail d’une manière équivalente. Le livre lui est tombé des mains. Il a ainsi décidé qu’il serait plus utile de se concentrer sur quelque chose que personne d’autre ne ferait. C’est pourquoi il a décidé de fonder une association.
Concernant mon propre parcours, si j’avais continué à travailler en tant qu’informaticien, mon poste aurait pu être facilement occupé par quelqu’un d’autre. Cependant, en consacrant mon temps et mes compétences à identifier et promouvoir des associations à fort impact, je travaille sur une question que très peu d’autres personnes ont adressée, malgré un besoin pressant.
D’ailleurs, même si j’étais resté informaticien mais que je continuais à donner une partie de mon salaire à des associations efficaces, l’impact contrefactuel de ces dons serait potentiellement très élevé. En effet, sans ces dons, ces associations ne pourraient pas réaliser autant de bonnes actions, chaque don supplémentaire permet d’améliorer l’impact des interventions !