Mieux Donner

Élevage intensif, élevage extensif : définition et différences

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Camille Berger

Chef de Projet, Mieux Donner
Temps de lecture : 8 min.

1. Définition

Les élevages intensifs sont des lieux où l’on applique une méthode d’élevage visant à maximiser la productivité tout en minimisant les coûts de production. Son développement a répondu à la demande croissante de produits animaux, garantissant une offre abondante à des prix accessibles. Cependant, cette approche suscite de nombreux débats, notamment en raison de ses impacts environnementaux, de la souffrance animale et des conséquences sanitaires associées. Cette méthode est apparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale, notamment en réponse aux besoins croissants de production agricole.

2. Caractéristiques et inconvénients

L’élevage intensif, aussi appelé élevage industriel, se caractérise par une forte densité d’animaux dans des espaces restreints, un recours massif aux aliments concentrés et aux technologies modernes comme la mécanisation de l’alimentation et la gestion du lisier. Il concerne l’écrasante majorité des animaux, avec 95% ou plus des lapins, des cochons, des dindes, des truites, 80% des poulets, 70% des pintades, 60% des chèvres et 54% des poules pondeuses [1]

Contrairement à l’élevage extensif, qui prévoit un accès aux pâturages, les éleveurs intensifs favorisent des cycles de production courts et optimisés. Les exploitations intensives se concentrent souvent sur les poules, les porcs et d’autres animaux élevés en confinement, ce qui favorise une croissance rapide mais limite les comportements naturels des animaux. Ce type d’élevage vise à maximiser la rentabilité tout en répondant à la demande croissante de produits animaux, principalement la volaille.

Le résultat pose un problème vertigineux en terme de bien-être animal : des chercheurs du Welfare Footprint Project [2] ont évalué qu’un poulet à lui seul, dans ce type de système, passait en moyenne 4 000 heures en souffrance douloureuse, et plus de 400 heures en souffrance invalidante, un cran au-dessus. Au total sur terre, c’est 90 milliards d’animaux terrestres en élevage, la quasi-totalité en élevage intensif, dont 80 milliards de poules [1]

3. Alternatives et comparaison avec l'élevage extensif

Fin des cages

Les différentes interventions pour réduire l’impact de l’élevage intensif ne se valent pas toutes. Certaines sont remarquablement efficaces, assurant un impact exceptionnel pour une quantité de ressources données. Typiquement, les poules constituent 90% des animaux d’élevage terrestres, et leur mise hors de cage est facilement atteignable par le biais de campagnes de sensibilisation. The Humane League est une association qui promeut la fin de l’élevage intensif dans le domaine des poules pondeuses, en défendant notamment la fin des poules en cage et des poulets obèses sélectionnées pour avoir une croissance accélérée.

Chaque 100 euros donné à The Humane League épargne 117 animaux de l’élevage intensif [3].

Protéines alternatives

Une autre alternative consiste à accélérer la transition vers les protéines végétales : la raison principale pour laquelle l’elevage existe est la demande élevée de viande. En créant des alternatives végétales compétitives en termes de prix et de goût, on peut satisfaire la demande tout en diminuant le nombre d’animaux élevés, et en émettant moins de gaz à effet de serre. Le Good Food Institute est une des meilleures associations dans ce domaine.

Pictogramme représentant la terre et un thermomètre

Pour 100 euros donnés, vous évitez 100 tonnes de carbone [4], et épargnez 530 animaux de l’élevage intensif [5].

L'élevage extensif

L’extensif est une solution plus conventionnelle: il repose sur les pâturages naturels et cause moins de souffrance animale, mais son rendement est un peu plus faible et son coût un peu plus élevé –souvent de l’ordre de quelques centimes ou dizaines de centimes, mais assez pour faire perdre la concurrence aux éleveurs. En France, certains élevages bovins combinent les deux modèles pour réduire leur impact environnemental tout en restant productifs. Par exemple, les élevages laitiers extensifs permettent une meilleure préservation de l’environnement, et ainsi, moins de souffrance pour les vaches laitières et les veaux.

4. Historique de l'élevage intensif

Les pratiques d’élevage intensif sont apparues à la fin de la Seconde Guerre mondiale, marqué par la nécessité d’augmenter rapidement la production animale. Ce modèle s’est industrialisé, notamment aux États-Unis et en Europe, avant d’être progressivement adopté par les pays en développement. L’innovation technologique et les politiques agricoles ont joué un rôle clé dans cette expansion.

L’utilisation d’antibiotiques a permis d’améliorer les performances des élevages, mais leur usage excessif suscite aujourd’hui des préoccupations sanitaires, notamment en raison de l’antibio-résistance, et des risques de pandémie.

5. Caractéristiques principales de l'élevage intensif

  • Une densité élevée d’animaux : Les poules pondeuses sont en cages, les porcs en confinement, les cailles dans des fermes-usines. Les animaux sont enfermés, des installations contraignent leur mouvement pour permettre au maximum de tenir sur une surface minimale. Ils peuvent souffrir de stress en réaction.

  • Alimentation spécialisée : Les animaux sont nourris à base d’OGM, de farines animales, de compléments alimentaires riches en azote et en engrais chimiques.

  • Automatisation et mécanisation : La nourriture est distribuée automatiquement, la température est contrôlée, et l’engraissement se fait le plus vite possible. Beaucoup d’animaux sont en réalité abattus quand ils sont encore des juvéniles.

  • Production en cycle court : Les animaux sont sélectionnés pour croître le plus vite possible, ce qui leur donne une forme handicapante. Les poulets d’élevage sont en général incapable de marcher sans douleur, et ne peuvent pas se relever s’ils tombent sur leur dos.

  • Impact environnemental : Ce modèle consomme beaucoup de ressources, et engendre une pollution des eaux et des sols, y compris les nappes phréatiques, due aux déjections et au lisier. Cela émet davantage de gaz à effet de serre que l’agriculture végétale -contribuant à entre 10 et 20% des émissions totale. L’élevage intensif participe à la déforestation pour la culture de soja, dont la quasi-totalité est destinée à l’alimentation animale.

  • Impact sur la santé publique : Ce système pose plus de risques sanitaires que les alternatives, notamment les zoonoses. Comme les animaux sont concentrés dans une forte densité et mangent la même nourriture, la transmission des maladies se fait beaucoup plus rapidement, menaçant parfois de contaminer l’extérieur. Cela augmente le risques de pandémies. Les éleveurs administrent souvent des antibiotiques, ce qui a pour effet d’augmenter la résistance aux antibiotiques. Le public garde encore en tête la crise de la vache folle, où une maladie neurodégénérative s’était répandue entre bovins et menaçait les populations humaines.

6. Pourquoi certains éleveurs choisissent l'élevage intensif ?

Malgré ses aspects négatifs, cette méthode est encore répandue. Pour pouvoir identifier des solutions susceptibles de le remplacer, il faut comprendre les motivations qui le sous-tendent : 

  • L’efficacité économique : élever des animaux coûte de l’argent et demande un investissement considérable. L’élevage intensif permet d’extraire une plus grande marge.

  • La sécurité : Offre de viande, de lait et d’œufs reste constante une fois une exploitation mise en marche. Cela permet aux éleveurs de se sentir en sécurité.

  • Approvisionnement stable : Ce modèle offre aujourd’hui une capacité à répondre aux besoins mondiaux, comme souligné par la FAO. Cela encourage les gouvernements à subventionner leur activité.

Pour qu’une alternative soit viable, il faut qu’elle réponde à ces motivations, en permettant d’économiser de l’argent, de fournir un flux constant et d’assurer une stabilité économique aux producteurs.

7. Réglementations et initiatives actuelles

Les réglementations européennes encadrent le bien-être animal et la gestion des effluents des exploitations agricoles. Des projets comme le European Chicken Commitment tentent de pousser les standards de bien-être encore plus haut. Des labels tels que le bio ou le Label Rouge tente de garantir des pratiques plus responsables, mais demeurent vivement critiqués. Les ONG, à l’image de The Humane League, militent pour des conditions d’élevage plus éthiques. Le Good Food Institute, de son côté, promeut des protéines alternatives, qui permettent de diminuer progressivement l’exploitation animale et les émissions de gaz à effet de serre.

8. Perspectives d'avenir

Face à l’état préoccupant du secteur, plusieurs transformations sont nécessaires :

  • Une production agricole plus durable : Il est important de réduire l’impact environnemental des exploitations et de gérer les rejets d’azote.

  • L’engagement et la réglementation : Des initiatives comme celles propulsées par The Humane League, le European Chicken Commitment, le Better Chicken Commitment et de nombreuses autres initiatives permettent de favoriser de meilleures conditions pour les animaux.

  • Une alimentation alternative : Les protéines alternatives, promues par des organismes comme le Good Food Institute, permettent de limiter considérablement le besoin d’élevage intensif ainsi que les émissions de gaz à effet de serre.

  • Le rôle des consommateurs : Même si abandonner la viande est trop difficile, vous pouvez reportez votre demande sur des produits éthiques et issus d’un élevage plus respectueux de l’environnement.

9. Conclusion

L’élevage intensif reste un modèle dominant mais controversé. Ses impacts environnementaux et éthiques imposent une évolution vers des pratiques plus durables. L’avenir repose sur une conciliation entre besoins humains, animaux, et environnementaux, notamment via une alimentation plus végétalisée.

Dans cette perspective, il est essentiel de repenser nos modes de consommation pour limiter la pollution des eaux, la déforestation, les effets négatifs sur les sols et la souffrance animale tout en garantissant une alimentation adaptée à notre époque. Si vous voulez vous engagez dès maintenant, Mieux Donner peut vous conseiller en matière de don sur la question du bien-être animal.

[1] Rapport du Welfare Footprint Project

[2] Statistiques de la FAO

[3] Charity Review : The Humane League (Animal Charity Evaluators) [Consulté le 11/07/2024]

[4] The Good Food Institute, Deep Dive (Giving Green)  [Consulté le 11/07/2024].
La meilleure estimation de Giving Green pour la rentabilité de GFI est de 2,98 $ par tonne métrique d’équivalent CO2 dans l’attente. (Nous avons utilisé une conversion prudente de 2,98 $ pour 3 euros).


[5] Calculs d’analyse du rapport coût-efficacité pour les organisations de protection des animaux (FarmKind) [Consulté le 11/07/2024].
Veuillez noter que le chiffre de 5,3 animaux aidés par euro est très incertain et que nous ne serions pas surpris de constater une différence d’une certaine ampleur dans le chiffre réel. Les détails complets des hypothèses et des chiffres utilisés pour les calculs de FarmKind sont présentés dans leur feuille de calcul. (Par prudence, nous avons utilisé une conversion de 1 dollar en 1 euro)

 

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