Mieux Donner

Pourquoi je donne 10% de mes revenus et pourquoi ce choix peut faire sens pour vous aussi

Image de Romain Barbe

Romain Barbe

Fondateur de Mieux Donner
Temps de lecture : 8 minutes

Nous avons tous déjà été confrontés à une situation où une personne avait besoin d’aide juste en face de nous. Dans ces moments-là, on ne se pose pas mille questions : on agit. On s’approche, on tend la main et on intervient. C’est assez instinctif.

 

Pourtant, chaque jour, des milliers d’enfants, de familles, d’individus vivent des souffrances que l’on ne voit pas. Elles ne traversent pas notre champ de vision en allant travailler. Elles ne crient pas dans notre salon à travers la télévision pendant que l’on dîne. Leur urgence est réelle, mais silencieuse.

 

Alors pourquoi notre sens de l’entraide semble-t-il s’estomper dès que le problème s’éloigne de notre regard ? Pourquoi ce que l’on juge indispensable ici devient-il soudain facultatif là-bas ?

 

C’est la question que pose un philosophe, et qui a bouleversé ma manière de penser le don. Une expérience simple, presque enfantine, mais dont les implications sont radicales.

 

Et si la distance n’effaçait pas notre responsabilité ?

 

Et si nous pouvions agir là où c’est le plus utile, même sans être sur place ?

Une idée dérangeante… mais qui fait réfléchir

Il y a quelques années, j’ai découvert une expérience de pensée célèbre, celle imaginée par le philosophe Peter Singer, qui m’a profondément marqué. On l’appelle parfois « l’étang peu profond ».
Voici comment elle se présente, simplement :

Imaginez que vous marchez près d’un étang. Vous voyez un enfant se noyer. Vous n’êtes pas un nageur extraordinaire, mais assez pour plonger, le sortir de l’eau, le ramener au bord, lui donner les premiers secours, sans mettre votre vie en danger. La seule chose que vous risquez, c’est de ruiner vos chaussures… un coût mineur comparé à ce que l’enfant risquerait.

La réaction instinctive, presque universelle, est : « Bien sûr, je plongerais ! » Sans presque aucune hésitation. Peu importe l’enfant, inconnu, étranger, loin géographiquement, d’un autre pays. La distance ne modifie rien à la culpabilité morale, pour beaucoup d’entre nous.

Mais Singer pousse plus loin le raisonnement : si ce simple geste est moralement obligatoire face à un enfant dans l’étang, qu’en est-il quand l’enfant ne se noie pas sous nos yeux, mais loin, dans un pays en crise, malade, privé d’accès à l’eau, à la nourriture, à l’éducation ?

Si, avec une somme modeste, je peux contribuer à éviter des milliers de morts, des souffrances, des vies gâchées, est-ce que ce n’est pas notre responsabilité morale de donner ? Même si l’enfant est « loin » de notre regard est-ce que cela change notre devoir d’aide ?
 

Cet écart entre l’urgence visible (l’étang) et la détresse invisible (crises humanitaires, inégalités, pauvreté, santé, éducation, climat) met en évidence un dilemme simple mais qui dérange. Nos intuitions morales nous poussent à aider quand le besoin est sous nos yeux. Mais ce que l’on se refuse, c’est d’agir sur des enjeux éloignés voire abstraits, souvent parce que cela paraît lointain, complexe et impersonnel.

 

Pourtant, et c’est là la force de l’idée de Singer, le critère de l’urgence, de la gravité et de la possibilité d’action reste le même. La distance géographique, culturelle ou sociétale ne devrait pas neutraliser notre responsabilité morale.

 

C’est ce décalage entre nos réactions spontanées et nos habitudes quotidiennes qui questionne. Pourquoi préférons-nous souvent regarder ailleurs, consommer, dépenser, planifier, plutôt que d’aider, quand c’est possible avec un geste modeste et informé ?

Cette expérience de pensée est dérangeante, parce qu’elle nous met face à nos contradictions. Mais elle est, je pense, nécessaire : elle nous force à reconsidérer nos priorités, notre confort, notre sens de la responsabilité.

Quand cette idée a rencontré mes valeurs

Je me souviens exactement du moment où lu pour la première fois cette idée, c’était en lisant un livre qui évoquait l’expérience de l’étang peu profond. À la page suivante, je refermais le livre, un peu troublé mais convaincu. Ce n’était pas simplement une idée philosophique abstraite. C’était un miroir de mes choix, de mes priorités, de ce que je considérais comme acceptable.

J’ai réalisé que la plupart des personnes justifiaient leur inaction par des « oui, mais… » : la distance, le manque d’information, la dilution de la responsabilité, l’impuissance. Pourtant, dans l’étang, ce sont précisément ces arguments qu’on juge irrecevables. Si je peux agir sans danger, sans effort excessif, pourquoi ne pas le faire ?

Dans mon parcours, plusieurs valeurs m’habitaient déjà : une exigence d’équité, un désir de solidarité, une conscience de la fragilité des êtres. Mais cet exercice intellectuel, cette mise en scène de la responsabilité, a créé un déclic. Ce n’était plus seulement un souhait abstrait d’aider. C’était à mes yeux un appel plus que clair à agir, concrètement, et de façon réfléchie.

Je me suis dit un truc assez simple : si j’estime que chaque personne mérite une chance de vivre dignement, alors mes actions doivent le refléter un minimum.

Ce jour-là, j’ai réalisé que j’avais les moyens d’agir. Ce n’était pas pour me donner bonne conscience, ni parce que quelqu’un me l’imposait. Juste parce que c’était la suite logique de ce en quoi je croyais déjà.

Passer à l’action : le choix des 10 %

Peu de temps après, j’ai décidé d’attribuer une part fixe de mes revenus au don : 10 %. Pourquoi ce chiffre ? Parce qu’il me semblait à la fois significatif et soutenable.

 

Quand j’ai lu l’idée, je ne me suis pas dit : « Je vais sacrifier mon confort ». Je me suis plutôt dit : « Je peux continuer à vivre comme maintenant, mais je choisis de réserver une part pour aider. » Vivre avec 90 % de ce que je gagne ne changeait pas fondamentalement mon quotidien : je conservais un toit, de quoi manger, de quoi me déplacer, partager, rire, vivre.

 

C’était un geste volontaire, mais réfléchi. Un engagement personnel et un équilibre entre mes besoins mais aussi mes aspirations solidaires.

Pourquoi 10 %

  • C’est un seuil suffisamment élevé pour avoir un effet concret, sans pour autant compromettre mon autonomie financière.
  • Dans ma vie, ce type de proportion m’était déjà familier, un jour j’avais eu une augmentation de l’ordre de 10 %. Cela n’avait pas changé radicalement mon confort. C’était un parallèle intéressant pour mesurer ce que représente ce don. Et à l’inverse, si demain, un collègue perdait 10% de son salaire, est-ce que c’est quelque chose qui m’inquièterait pour lui ?

À qui je donne, et pourquoi

Je ne donne pas à n’importe quelle organisation. J’ai choisi des associations à fort impact, sélectionnées selon des critères rigoureux : efficacité documentée, transparence, suivi des résultats.

 

Je privilégie des causes où mon don peut avoir un effet mesurable et faire une réelle différence.

 

Donner 10 % de mes revenus, c’est juste ma manière d’être cohérent avec ce en quoi je crois, en faisant une place à l’autre dans mon budget et dans ma vie.

Quelles sont les effets de ce choix au quotidien ?

Depuis que je donne, certains aspects de ma vie ont changé, mais d’autres non.
  • Moins de sorties coûteuses, et de consommation « impulsive ». Il m’arrive de remplacer un dîner au restaurant par un pique-nique avec des amis, un moment simple mais chaleureux.
  • Paradoxalement, je n’ai pas l’impression d’avoir « perdu » quelque chose. Au contraire : j’ai gagné en cohérence avec mes valeurs, en sérénité, en sens.

Ce geste de 10 % n’est pas une contrainte pour moi mais une liberté de choisir ce que je veux soutenir, comment je veux vivre et ce à quoi je veux contribuer.

Une vidéo qui rend cette idée accessible à tous

Sur YouTube, Noé Jacomet a réalisé une vidéo qui vulgarise brillamment l’expérience de l’étang peu profond.

  • La vidéo explique l’idée de façon simple, accessible, sans vocabulaire philosophique inutile.
  • Elle rend tangible ce qui, dans un texte, peut sembler abstrait : l’urgence morale, le poids de l’inaction, la possibilité d’agir concrètement.
  • Elle invite à réfléchir, sans culpabiliser, sans juger, simplement : « Que feriez-vous à la place de la personne au bord de l’étang ? »
Je l’intègre ici, parce que je pense qu’elle permet à toutes les personnes, quel que soit son âge, son origine, ses expériences, de se projeter, de ressentir aussi et de décider.

Merci à Noé pour ce travail de clarté et de sincérité. Si vous l’avez déjà vue, n’hésitez pas à la (re)partager. Si ce n’est pas le cas, je vous invite à la découvrir.

Alors, on fait quoi avec tout ça ?

Tout le monde ne peut pas décider de donner 10 % de ses revenus immédiatement. Selon sa situation financière, certaines périodes de la vie demandent de garder davantage pour soi.

 

J’ai fait ce choix parce que j’étais dans une situation qui me le permettait. À ce moment-là, c’était ce qui me paraissait juste pour moi.

 

Néanmoins, je crois aussi que nous avons souvent un peu plus de latitude que ce que l’on imagine. On peut agir, à son rythme, à sa mesure. Parfois, c’est au moins 10 %. Parfois moins. Parfois beaucoup plus.

 

L’essentiel, c’est d’essayer d’être en accord avec ce en quoi l’on croit, ses valeurs, ses priorités, ses possibilités du moment.

 

Donner mieux, c’est donner en conscience : en comprenant les besoins, en s’intéressant à l’impact réel des associations, en se guidant avec des informations solides.

 

Vous pouvez vous posez une question :

« Et dans mon propre étang peu profond… qu’est-ce que je peux faire aujourd’hui ? »

Donner autrement, c’est possible

Quand je repense à l’idée de l’étang peu profond, ce geste simple, spontané, moralement « évident », je vois qu’elle incarne ce que je crois profondément : notre responsabilité ne connaît pas la distance.

Donner 10 % de mes revenus, ce n’est pas un don « efficace » parce qu’il est élevé. C’est un don réfléchi, constant, aligné avec une intention : agir là où c’est le plus utile, soutenir des causes qui comptent, contribuer à améliorer des vies.

Si vous lisez ces lignes, c’est que vous vous souciez, vous vous questionnez. Peut-être qu’aujourd’hui, vous n’êtes pas prêt à vous engager. Ou peut-être que vous êtes déjà engagé, mais cherchez à structurer vos dons, à les rendre plus conscients.

Je vous encourage, simplement, à explorer. À regarder combien vous pouvez donner, et comment. À choisir des associations à fort impact.

Et si vous le souhaitez et si cette approche vous parle, je serais ravi de vous accompagner, n’hésiter pas à prendre rendez-vous avec moi.
Vous pouvez également continuer votre réflexion et découvrir les associations efficaces auxquelles donner cette année.

Vous l’aurez compris, donner autrement c’est accessible à tous, alors n’hésitez pas à vous perdre dans nos contenus, à en parler autour de vous et à agir dès que vous le pourrez !
Tags :