Mieux Donner

Résumé du livre

Altruisme rationnel

Au-delà des bonnes intentions, comment vraiment aider
Résumé du livre de Pablo Melchor et Romain Barbe publié aux éditions Arpa. Les résumés de chapitres présentés sur cette page ont été générés à l'aide de l'intelligence artificielle.
De quoi parle le livre : Nous voulons aider, et nous aidons mal. Pas par manque de générosité : parce que notre attention suit l'actualité plutôt que la réalité, et que rien dans notre intuition ne nous dit qu'entre deux programmes sérieux, l'un peut faire des dizaines de fois plus de bien que l'autre. Plusieurs chapitres sont consacrés à ceux que cette attention laisse de côté, notamment les personnes en extrême pauvreté d'abord. Pablo Melchor et Romain Barbe prennent au sérieux les objections, examinent ce que les recherches établissent, et proposent une méthode en trois étapes : clarifier ce que l'on cherche, s'appuyer sur les meilleures preuves disponibles, puis décider combien donner et à qui.
Altruisme rationnel, Romain Barbe et Pablo Melchor
Introduction

Qui sauve ces enfants ?

Le 26 mai 2018, à Paris, Mamoudou Gassama escalade quatre étages à mains nues pour arracher un enfant de quatre ans au balcon auquel il est suspendu. Le même jour, à Chicago, Stewart (renommé pour préserver son anonymat) s'assoit devant son ordinateur et s'engage à donner 10 % de ses revenus, à vie, aux associations les plus efficaces du monde.
Le journal télévisé conclura qu'il faudrait plus de gens comme Mamoudou. Le livre répond qu'il faudrait surtout plus de gens comme Stewart, et l'argument n'a rien d'un reproche adressé à l'héroïsme. Il tient à une constatation : le monde n'est pas rempli d'enfants suspendus à des balcons, et vous pourriez attendre toute votre vie ce moment décisif sans qu'il vienne. En revanche, il est rempli d'enfants qui meurent de maladies que nous savons éviter pour deux à sept euros par an, de façons si peu spectaculaires qu'elles ne feront jamais la une. La question du livre est là : qui sauve ces enfants ?
L'introduction raconte aussi comment les deux auteurs y sont venus. Pour Pablo, entrepreneur, ce fut une question entendue par hasard dans un podcast, celle de la psychologue Angela Duckworth : plutôt que se demander ce qu'on veut devenir, se demander quel problème on pourrait aider à résoudre. Pour Romain, ce fut un livre acheté par erreur dans la boutique du musée d'Auschwitz, qui reprochait à l'Europe d'enseigner à ses jeunes le point de vue de la victime impuissante plutôt que celui de ceux qui ont laissé faire. Les deux ont fini par fonder des organisations qui font la même chose, l'une en Espagne et l'autre en France.
Partie I

Le monde que nous ne voyons pas

1. Déconnectés dans un monde connecté

Le chapitre commence par une expérience de pensée : un extraterrestre bienveillant vous choisit comme guide pour comprendre la Terre. Combien des cent quatre-vingt-quinze pays pourriez-vous lui décrire ? Que savez-vous du Nigeria, sixième pays le plus peuplé du monde, qui compte plus d'habitants que l'Allemagne, la France et l'Espagne réunies ? Sur dix humains vivant aujourd'hui, six habitent en Asie et deux en Afrique. La conclusion honnête, si l'extraterrestre insistait, serait que nous ne savons pas vraiment comment est le monde.
Le livre refuse d'y voir un défaut moral. Nous sommes faits ainsi : ce qui arrive loin de nous ne change rien à notre journée, n'a rien de nouveau, et se compte en nombres que nos intuitions ne savent pas traiter. Mais il ajoute aussitôt que ce qui est naturel n'est ni bon ni adapté au siècle où nous vivons, et que nous avons déjà appris à contredire nos réflexes dans bien d'autres domaines.
De là vient l'idée qui porte tout le reste, empruntée au psychiatre Iain McGilchrist : l'attention est un acte moral. Nous croyons réagir aux problèmes du monde, alors que nous réagissons à ceux qui font la une, et nous déléguons ainsi notre jugement éthique aux médias et aux réseaux sociaux. Nous nous sommes émus, à juste titre, du sort des réfugiés ukrainiens ; la probabilité que nous aidions les près de deux millions de réfugiés en Ouganda est presque nulle, non pas parce qu'ils souffriraient moins, mais parce que personne ne nous a montré leur visage.
Le chapitre se termine sur ce qui nous distingue vraiment. L'empathie, explique le psychologue Paul Bloom, est sélective : elle nous bouleverse devant un enfant et nous laisse froids devant huit cent mille. Les travaux de Frans de Waal montrent que la consolation, l'entraide et même l'aide interespèces existent chez d'autres animaux. Une seule chose semble nous appartenir en propre : la capacité de nous soucier d'êtres que nous ne rencontrerons jamais. C'est ce que nous pourrions appeler non plus simplement de la compassion, mais de l'altruisme rationnel. Il n'est pas nécessaire de ressentir la douleur d'une mère qui perd son enfant au Niger ; il suffit de chercher à la comprendre, puis d'agir.

2. La réalité des Oubliés

En 2018, douze enfants sont restés bloqués neuf jours dans une grotte inondée de Thaïlande. Le monde entier a retenu son souffle, des plongeurs et des ingénieurs sont venus de plusieurs continents, et les douze ont été sauvés. Pendant ces mêmes neuf jours, six mille sept cents enfants sont morts du paludisme, sans un titre de presse, parce que ce n'est pas une nouvelle : cela se produit chaque jour. Le chapitre en tire sa règle : les tragédies silencieuses sont bien plus dévastatrices que celles qui frappent les esprits.
Il faut donc se méfier de l'information. Suivre l'actualité, ce n'est pas comprendre le monde, c'est savoir ce qui est frappant à un instant donné. C'est le regarder dans un miroir déformant qui grossit l'exception et efface l'ordinaire, y compris les améliorations, puisqu'un progrès lent et continu ne fait pas un bon titre.
Le chapitre tient alors ensemble les deux vérités que Hans Rosling passait sa vie à défendre. La première est que le monde s'est immensément amélioré : jamais l'humanité n'a été aussi riche, et l'extrême pauvreté, qui touchait plus d'un tiers des habitants de la planète en 1990, en concerne aujourd'hui moins de 10 %. Le livre nuance immédiatement, plutôt que de célébrer : l'essentiel de ce progrès vient de Chine et d'Inde, l'Afrique subsaharienne a peu avancé depuis dix ans, et derrière l'affirmation rassurante selon laquelle la plupart des enfants sont vaccinés se cache une réalité plus étroite, celle d'une vaccination contre au moins une maladie quand le calendrier de l'OMS en recommandait dix.
La seconde vérité occupe le cœur du chapitre, et le livre prévient que ces pages peuvent être difficiles à lire. Une série de cartes montre ce que signifie l'extrême pauvreté, non comme un manque d'argent mais comme un manque de tout : pas d'électricité, donc pas de réfrigérateur et une cuisine au charbon ou au fumier dont la fumée tue ; pas d'eau sûre ; une faim qui n'est pas la précarité alimentaire mais une privation calorique durable ; et le retard de croissance, qui abîme irréversiblement le développement d'un enfant lorsqu'il survient avant deux ans. La dernière carte est celle de la mortalité infantile, et le chapitre invite alors le lecteur à toutes les revoir pour compter combien de fois son propre pays apparaît comme le plus touché.
Une dernière section élargit le regard. Le cercle de nos préoccupations s'est élargi au fil de l'histoire, à mesure que nous avons cessé de traiter en étrangers ceux que la génération précédente excluait. Il peut s'élargir encore, sur trois axes à la fois : géographique, de la famille vers l'humanité ; biologique, vers les autres espèces capables de souffrir ; temporel, vers ceux qui ne sont pas encore nés.

3. Votre pouvoir insoupçonné

Prêter attention aux Oubliés servirait à peu de chose si nous ne pouvions rien faire pour eux. Ce chapitre démontre le contraire, et il commence par un tableau qui déstabilise presque tous les lecteurs : un Français sans enfant disposant de quarante mille euros nets par an fait partie des 2 % de l'humanité qui gagnent le plus.
Le livre prend au sérieux les trois réactions que cette phrase provoque. Ces chiffres sont sûrement faux : non, ils viennent des meilleures estimations disponibles de la Banque mondiale. La vie coûte plus cher ici : c'est vrai, et les données en tiennent déjà compte, puisqu'elles sont converties à pouvoir d'achat égal. Je ne me sens pas riche : évidemment, et c'est là le point le plus intéressant, parce que tout dans notre culture nous pousse à nous comparer à ceux qui ont davantage. Un haut dirigeant de banque ne se sent pas riche non plus : il voit les voitures des dirigeants qui lui sont supérieurs, et d'autres passagers monter en première classe. Nous regardons toujours vers le sommet de la pyramide, jamais vers le bas, où se trouve l'immense majorité de l'humanité.
De là vient l'image de la loterie de la naissance. Nous n'avions rien fait pour la gagner, nous n'existions même pas. Le chapitre demande simplement de penser à ce que l'on tient pour acquis : un robinet d'eau potable, une alimentation suffisante dans l'enfance, une école avec des professeurs qualifiés, la lecture courante. Il existe beaucoup d'endroits où nous n'aurions rien eu de tout cela.
Restait l'objection décisive : savoir qu'on peut aider ne dit pas comment. Il y a vingt ans, la réponse honnête aurait été qu'on ne pouvait pas le savoir, faute de données indépendantes permettant de comparer les programmes. Trois choses ont changé depuis. L'économie du développement s'est mise à l'expérimentation, en vérifiant sur le terrain si l'aide produit vraiment les résultats attendus. Des associations ont choisi de se concentrer sur le rapport entre ce qu'elles dépensent et ce qu'elles obtiennent, plutôt que sur leur communication. Et des évaluateurs indépendants sont apparus, qui font ce travail de comparaison et publient leurs conclusions.
Partie II

Pourquoi nous n'aidons pas, ou aidons à moitié

4. De mauvais arguments pour ne rien faire

Le chapitre part d'un constat que les auteurs ont fait au fil des années : il existe un catalogue d'arguments que nous employons pour nous convaincre que nous n'avons rien à faire. Le livre les appelle les imposteurs. Ils semblent solides, ils donnent l'impression d'avoir compris comment le monde fonctionne, et si on les affirme avec assez d'aplomb on peut même croire avoir gagné le débat. Onze sont examinés, souvent sous forme de dialogues, et le chapitre s'attache autant à démonter ceux qui ne tiennent pas qu'à reconnaître ce qui est juste dans les autres.
Le chapitre l'ouvre sur un mariage à Mumbai qui a coûté six cents millions de dollars, à une demi-heure d'un bidonville où s'entasse un million de personnes : les inégalités atteignent bien des niveaux grotesques, et le livre ne le nie pas une seconde. Mais vouloir que le système soit différent ne le rend pas meilleur, et le souhaiter ne le transforme pas. Reste alors la seule question utile, celle de ce que vous pouvez faire, et celle du délai : les transformations profondes, quand elles arrivent, prennent des décennies que les enfants malades n'ont pas devant eux.
La critique que le livre juge la plus fondée est celle de l'arrogance, et il lui consacre son récit le plus long. En 1989, un entrepreneur sud-africain achète les droits d'une invention qui paraît géniale : un tourniquet d'aire de jeux relié à une pompe, de sorte que les enfants, en jouant, tireraient de l'eau propre pour leur village. L'idée, au nom de PlayPumps, séduit tout le monde, un prix de la Banque mondiale, un documentaire, seize millions de dollars annoncés par la première dame des États-Unis, un concert de Jay-Z. Quand la journaliste qui avait fait connaître le projet retourne au Mozambique quelques années plus tard, elle trouve des réservoirs vides, des femmes qui expliquent que le manège est trop dur à pousser et qu'elles préféraient leur ancienne pompe manuelle, que personne ne les a consultées, et que personne ne vient réparer. Le programme sera annulé. Ce qui rend cette histoire utile n'est pas qu'elle prouve l'échec de l'aide, mais qu'elle montre à quoi ressemble une aide qui n'a jamais été vérifiée : personne, à aucun moment, ne s'était demandé si ces millions auraient pu sauver davantage de vies ailleurs.
Le chapitre se garde bien de la conclusion inverse. On raconte souvent que les moustiquaires antipaludiques finissent en filets de pêche, et c'est parfois vrai, parce que dans l'extrême pauvreté on tire parti de tout. Mais la question n'est pas de savoir si l'on peut trouver un mauvais usage : c'est de savoir ce que donnent les distributions dans l'ensemble. Sur ce point nous disposons du meilleur niveau de preuve existant, une revue systématique portant sur plus de deux cent mille participants, et elle établit que ces moustiquaires réduisent la mortalité de 17 %. Lire des cas d'aide gaspillée peut nourrir le cynisme ; le livre propose plutôt d'être exigeant sans être arrogant.

5. Les risques de vous laisser guider par votre cœur

Décider d'aider n'est qu'un premier pas, et ce chapitre s'occupe de ce qui se passe ensuite. Il part d'un texte de Nate Soares, qui explique que notre indicateur intérieur d'importance ne fonctionne pas avec les grands nombres. Imaginez sortir d'un immeuble en flammes avec un enfant dans les bras : ce serait l'événement de votre vie. En sauveriez-vous deux, vous sentiriez-vous deux fois mieux ? Cent, cent fois mieux ? Non, parce que notre équipement mental ne le permet pas. Entre des sentiments à peu près équivalents, il y a pourtant un monde de différence, et c'est cette différence que nous ne parvenons pas à sentir. Soares en tire une comparaison avec le courage, qui ne consiste pas à ne pas avoir peur mais à faire ce qui est juste malgré la peur.
Le reste du chapitre applique cette idée à nos gestes les plus spontanés, et il le fait sans jamais les disqualifier. Le parrainage d'un enfant, par exemple, est présenté pour ce qu'il est réellement : votre argent finance un projet, et l'enfant qu'on vous attribue crée le lien affectif qui vous fera continuer. Ce n'est pas une tromperie, c'est ce qui marche pour lever des fonds, et ce n'est pas la même chose que d'aider le plus possible. Le livre pose la même question au bénévolat, avec un exemple : l'associé d'un grand cabinet d'avocats qui donne ses samedis matin à une soupe populaire fait quelque chose de beau, dont il est surtout lui-même le bénéficiaire, alors que le montant d'une seule de ses heures facturées protégerait des centaines de personnes contre le paludisme. La formule du chapitre est plus nuancée qu'un slogan : faites du bénévolat pour la transformation et pour la rencontre, et donnez pour l'impact.
Deux passages prolongent la même logique hors du champ de la pauvreté. Le premier porte sur la reforestation, geste que l'on peut voir, photographier, et montrer à ses enfants dans dix ans. Une étude publiée dans Science en 2025 montre pourtant que rendre des terres agricoles à la nature dans un pays tempéré peut coûter cinq fois plus à la biodiversité mondiale qu'il ne lui rapporte localement, parce que la nourriture que ces terres produisaient sera cultivée ailleurs, dans des régions qui abritent bien plus d'espèces. Le gain est visible, le dégât ne l'est pas. Le second porte sur les animaux : se dire ami des bêtes signifie presque toujours aimer les chiens et les chats, alors que l'immense majorité des animaux qui souffrent sont des animaux d'élevage, et que les dons suivent exactement le chemin inverse.

6. Les solutions miracles qui n'en sont pas

Linus Pauling avait reçu deux prix Nobel quand il s'est mis à défendre les mégadoses de vitamine C contre le rhume, l'athérosclérose et le cancer. Les preuves cliniques ne lui ont jamais donné raison : son génie de chimiste n'était pas transposable, et le seul effet démontré de la supplémentation est de raccourcir légèrement un rhume. Le chapitre s'ouvre là parce que la tentation du remède universel nous accompagne depuis l'Antiquité, et qu'elle est particulièrement forte face aux problèmes complexes.
Les deux premiers candidats qu'il examine portent moins sur des outils que sur la manière dont on choisit. Le premier est la confiance. On entend souvent que si les Français ne donnaient pas davantage, c'est qu'ils manquent de confiance, et qu'il faudrait donc la restaurer puis l'accorder pleinement. Des labels attestent d'une gestion saine et d'une gouvernance sérieuse, ce qui est un premier pas utile. Mais reprenez l'exemple des PlayPumps : l'organisation était bien gérée, les fonds finançaient bien l'installation de tourniquet, et un audit n'y aurait probablement rien trouvé d'anormal. La confiance dans la gestion n'est pas la confiance dans les résultats, et cette approche peut finir par financer les personnes que l'on connaît plutôt que ce qui aide le plus.
Le second est la mesure de l'impact, devenue omniprésente depuis les années 2010. Ce pourrait être une excellente nouvelle, sauf que ce que l'on mesure est presque toujours intermédiaire. Le livre le montre par un exemple qu'un lecteur peut refaire de tête. Une association annonce que 70 % des jeunes qu'elle accompagne obtiennent le baccalauréat. Le chiffre a l'air de mesurer son travail, mais il ne mesure rien tant qu'on ignore un second chiffre, absent du rapport : parmi des jeunes comparables, tout aussi motivés, qui n'ont pas eu de place dans le programme, combien l'auraient obtenu ? S'ils sont 60 %, l'accompagnement a fait gagner dix points. S'ils sont 70 %, il n'a rien changé. S'ils sont 80 %, il a fait pire que rien. Un même chiffre peut donc cacher trois histoires opposées, et la plupart des rapports ne cherchent jamais à savoir laquelle est la vraie.
Les autres candidats sont des causes et sujets. L'éducation d'abord, avec une phrase entendue dans un village de l'Uttar Pradesh, celle d'un père qui a tenu son fils éloigné des champs pendant cinq ans pour l'envoyer en classe et se retrouve avec un enfant de treize ans qui ne sait rien. Les taux de scolarisation n'ont jamais été aussi élevés, mais aller à l'école n'est pas apprendre, et une comparaison de cent cinquante interventions éducatives menée par la Banque mondiale conclut que plus de la moitié n'ont produit aucun effet mesurable, sans que ce soient pour autant des projets bâclés ou détournés. Le chapitre présente ensuite deux programmes qui, eux, fonctionnent remarquablement, dont un traitement contre les vers parasites qui coûte moins d'un euro par enfant et par an et dont les effets sur les revenus se mesuraient encore vingt ans plus tard. Les microcrédits ensuite, avec l'histoire de Muhammad Yunus et des vingt-sept dollars sortis de sa poche pour libérer quarante-deux artisans de leur dette, puis le verdict des essais randomisés : un outil précieux pour des gens exclus du système financier, mais sans l'effet transformateur qu'on lui a prêté. Et l'investissement à impact enfin, séduisant parce qu'il promet tout à la fois, et beaucoup plus difficile qu'il n'y paraît.
Partie III

Comment mieux aider : de l'intention au résultat

7. Première étape : clarifiez vos idées

Avant de savoir comment aider, il faut savoir ce que l'on cherche, et le chapitre commence par le rapport entre l'argent et le bonheur. Les recherches convergent : l'argent y contribue, mais avec des rendements décroissants, de sorte que doubler ses revenus ne fait gagner qu'un demi-point de satisfaction sur une échelle de dix. Votre première voiture, d'occasion et peu puissante, transforme votre vie ; passer d'un modèle de BMW à un autre, non. Il arrive un moment où l'argent supplémentaire ne vous apporte presque plus rien, alors que la même somme peut représenter, ailleurs, la santé d'un enfant.
Le père de Pablo est mort d'un mélanome en 2008, à cinquante-huit ans, et Pablo a financé la recherche sur ce cancer. La réaction est parfaitement compréhensible, et le chapitre ne la juge pas. Mais avec le temps, Pablo s'est demandé si ce qui comptait n'était pas plutôt ce qui ne change pas d'une histoire à l'autre. Chacun désigne son ennemi selon ce qu'il a vécu : un autre cancer, un accident de la route, ou dans les pays les plus pauvres le paludisme et la tuberculose. Ce que ces situations ont en commun, ce ne sont pas les maladies. C'est la souffrance qu'elles provoquent, et c'est elle qui nous importe.
Le reste du chapitre en tire les conséquences pratiques, dont la plus difficile à accepter. En 2009, le philosophe Toby Ord a voulu savoir quel bien il pourrait faire avec l'argent qu'il projetait de donner. Il a analysé une publication de la Banque mondiale comparant le rapport coût-efficacité des interventions de santé les plus courantes, et il a découvert que la meilleure apportait soixante fois plus de bénéfice que celle située au milieu du classement. Or aucune de ces interventions n'était mauvaise : toutes étaient sérieuses, bien gérées, validées par des institutions exigeantes. Le problème n'est donc pas qu'il existe de mauvaises façons d'aider, c'est qu'entre deux bonnes façons l'écart peut être de un à soixante, et que presque personne ne se demande de quel côté de cet écart se trouve son don.
Pour rendre la priorisation acceptable, le chapitre propose une image. Nous croyons que le monde fonctionne comme nos hôpitaux, où l'on soigne aussi bien l'entorse que la maladie grave parce qu'il y a des moyens pour tout le monde. Mais un hôpital qui aurait à soigner les personnes en extrême pauvreté ressemblerait à un hôpital de campagne en pleine guerre : on voudrait aider tout le monde, on ne peut pas, et la seule option est de commencer par ce qui sauve le plus de vies. Quand nous donnons, nous sommes dans ce second hôpital.

8. Deuxième étape : appuyez-vous sur les meilleures recherches

« J'ai reçu une tonne de matériel marketing d'ONG, joli, vous savez, des photos de moutons qui ont l'air heureux et d'enfants qui ont l'air heureux, mais par ailleurs assez inutile. » En 2007, huit collègues d'une société d'investissement créent un club philanthropique pour mieux choisir à qui donner, et découvrent qu'il n'existe presque aucune information exploitable. Deux d'entre eux n'abandonnent pas. L'un, chargé d'étudier l'accès à l'eau potable, se retrouve à lire des articles universitaires sur la diarrhée jusqu'à trois heures du matin le vendredi soir, comprend que c'est le signe qu'il devrait faire autre chose de sa vie, et fonde avec son collègue l'évaluateur GiveWell. Vingt ans plus tard, son équipe consacre plus de soixante mille heures par an à chercher les meilleures occasions de don, et publie tout, y compris ses doutes.
Le chapitre explique ensuite comment on établit qu'un programme fonctionne, en présentant les essais randomisés puis les revues systématiques, qui synthétisent l'ensemble des recherches de qualité sur une question et constituent le plus haut niveau de preuve disponible. Il reconnaît franchement les limites de l'exercice : ces preuves n'existent pas pour tous les problèmes, un essai ne dit pas si le résultat tiendra ailleurs ou à plus grande échelle, et la bonne réponse à cette incertitude est de continuer à chercher, non de choisir au hasard.
Puis il apprend au lecteur à faire le calcul lui-même, parce que c'est là que se joue sa confiance. Une publicité promet de sauver une vie pour dix euros. C'est faux, et le chapitre démonte le raisonnement : il faut transporter le vaccin, souvent le réfrigérer, former et payer ceux qui l'administrent, et surtout se souvenir que toutes les personnes non vaccinées ne seraient pas mortes. Un exemple chiffré aboutit à vingt mille euros par vie sauvée, puis le livre montre que ce serait déjà une excellente affaire au regard de ce que nos systèmes de santé acceptent de payer pour une seule année de vie. Les vrais chiffres viennent ensuite, entre 3 500 et 5 500 euros, avec le détail complet d'un programme de prévention du paludisme au Nigeria, coût des médicaments, logistique, formation, supervision, et même l'effet du financement sur celui des autres bailleurs.
Les programmes recommandés sont alors présentés comme des histoires plutôt que comme une liste. Celle du paludisme remonte au médecin qui, à la fin du XIXe siècle, paya un malade pour se laisser piquer par dix moustiques, et aboutit aux cinquante-deux enfants qui en meurent chaque jour en République démocratique du Congo, puis aux deux interventions les plus efficaces que nous connaissions, la moustiquaire imprégnée et le traitement préventif saisonnier. Celle de la vitamine A commence par un rescapé du Lusitania qui fit le vœu, dans son canot de sauvetage, d'aider les aveugles s'il survivait, et s'associa pour cela à Helen Keller ; elle finit sur deux gouttes administrées deux fois par an, pour moins de deux euros l'année.
Deux histoires plus récentes viennent ensuite. Le plomb d'abord, un enfant sur trois dans le monde en porte encore trop dans le sang. L'essence plombée a fini par disparaître de la planète entière mais la peinture non, et une médecin britannique sans aucune expérience entrepreneuriale a décidé de laisser la recherche désigner le problème sur lequel elle travaillerait, plutôt que de choisir par attachement personnel. Cette histoire sert aussi à établir un point décisif : on ne peut pas tirer au sort les pays qui adopteront une loi, donc certains problèmes échappent aux essais randomisés, et refuser d'agir là où l'expérimentation est impossible reviendrait à abandonner d'avance certaines causes parmi les plus négligées. La seconde histoire est celle d'une association française qui, après avoir obtenu des engagements considérables sur les repas végétariens dans la restauration collective, a examiné mille deux cents menus et découvert que remplacer la viande par des œufs de poules en cage pouvait accroître la souffrance animale. Elle a fermé ses programmes, prévenu ses donateurs, comparé quatre-vingt-quatorze idées nouvelles, et travaille désormais à faire sortir les poules des cages.

9. Troisième étape : passez à l'action

Le chapitre commence par la question du montant de sa générosité, en remarquant que presque personne ne l'a jamais posée sérieusement. Si vous avez déjà donné, vous avez probablement choisi une cause, puis coché au dernier moment l'un des montants proposés par le formulaire. Le livre suggère d'inverser l'ordre : décider d'abord combien donner cette année, chercher ensuite la meilleure façon de l'employer. Il prend soin d'écarter explicitement ceux qui repoussent le paiement de leur loyer, puis propose au lecteur de chercher le montant dont il ne remarquerait pas l'absence, avant de recommander de raisonner en pourcentage plutôt qu'en euros, parce qu'un pourcentage s'ajuste tout seul quand la situation change.
Vient ensuite la question du moment, posée par ceux qui veulent d'abord bâtir leur indépendance financière ou faire fructifier leur capital pour donner davantage plus tard. Le chapitre reconnaît la logique et lui oppose trois arguments : l'avenir est incertain et rien ne garantit qu'on pourra encore sauver des vies à si bas coût, le temps ne va que dans un sens et aucun don futur ne rattrapera les enfants morts d'ici là, et sauver une vie aujourd'hui produit des effets qui se prolongent sur des décennies. Sa suggestion est modérée : commencer maintenant, même par un petit pourcentage, ne serait-ce que pour être dès à présent quelqu'un qui aide plutôt que quelqu'un qui compte s'y mettre.
Pour répartir, le livre propose l'image de trois paniers. Dans le premier, ce que vous gardez pour vous et les vôtres. Dans le deuxième, ce que vous destinez aux causes et aux personnes avec lesquelles vous avez un lien particulier, et le chapitre ne demande à personne d'y renoncer. Dans le troisième, ce que vous consacrez à l'impact maximal, où qu'il se trouve. Les auteurs recommandent que cette dernière pèse lourd, et rappellent au passage que la personne située exactement au milieu du classement mondial des revenus vit avec l'équivalent d'environ deux cents euros par mois.
Une section porte ensuite sur le fait d'en parler, et elle repose sur une recherche déroutante. Dans les années 1970, un couple de chercheurs a interrogé plus de quatre cents personnes qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, avaient risqué leur vie en cachant des Juifs, et les a comparées à des citoyens restés passifs. Ils cherchaient ce qui distinguait les uns des autres, l'éducation, les valeurs, le tempérament, la religion, les revenus, et ils n'ont presque rien trouvé : ces héros ressemblaient à tout le monde. Une seule circonstance ressortait, la quasi-totalité de ceux qui avaient agi avaient été sollicités. Souvent, donc, la différence entre agir et ne pas agir tient à quelqu'un qui a posé la question, ce qui change le sens de parler de ses dons : ce n'est pas parler de soi, c'est ouvrir une porte à quelqu'un d'autre.
Le chapitre se referme sur l'Engagement des 10 %. En 2009, Toby Ord gagnait trente-trois mille livres par an. En projetant sa carrière, il a calculé qu'il pourrait en donner un million sans renoncer à ce qui comptait vraiment pour lui. Le choix lui a paru simple : une vie formidable et des centaines de vies sauvées, ou une vie formidable avec quelques luxes supplémentaires. Ses proches ont voulu le suivre, et l'engagement est né de là. Plus de onze mille personnes venues de cent dix-huit pays l'ont signé depuis. Quand on lui demande si cela a été difficile, Ord répond que sa vie n'a jamais été aussi belle.
Conclusion

Vous pouvez avoir un impact énorme

Nous ne faisons pas face à une maladie ni à une carence en particulier, mais à la souffrance. Et nous n'y faisons pas face seuls : nous disposons des recherches qui disent ce qui fonctionne, d'associations qui travaillent avec le sérieux des entreprises les plus efficaces, d'évaluateurs indépendants qui comparent à notre place, et de milliers de personnes dans le monde qui ont fait de l'aide aux autres une part importante de leur vie. L'introduction demandait qui sauve ces enfants. La dernière phrase du livre y répond : nous sommes les héros dont nous avons besoin.
Où l'acheter

Le livre est disponible en librairie et en ligne à partir du 5 novembre.

Altruisme rationnel, Pablo Melchor et Romain Barbe, Éditions Arpa
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Broché et numérique, à partir du 5 novembre.
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