Mieux Donner

«Avant de donner... » : la lettre ouverte de scientifiques sur vos dons en fin d’année ?

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Ombline Planes

Directrice de la communication
Temps de lecture : 7 minutes

À l’occasion de la période des dons de fin d’année, une nouvelle initiative attire l’attention sur un enjeu souvent méconnu : l’impact réel de nos dons. Baptisée « Avant de donner… », elle invite chacun à se renseigner avant de contribuer. Son message est porté par une lettre ouverte réunissant un prix Nobel d’économie, des scientifiques et des personnalités engagées autour d’un appel commun à mieux s’informer avant de donner.

Chaque mois de décembre, des millions de personnes en France font un don pour soutenir les causes qui leur tiennent à cœur. Cette période concentre une part majeure de la générosité annuelle, un réflexe profondément ancré, lié à un désir de contribution, de réparation, parfois de transmission. Pourtant, derrière ce geste familier se cache une réalité encore largement méconnue : tous les dons n’ont pas le même impact.

 

Nous disposons aujourd’hui de données solides permettant d’identifier quelles actions transforment le plus de vies pour chaque euro donné.

 

Pour beaucoup de personnes, cette idée est nouvelle. Nous sommes habitués à faire confiance, à nous fier à notre intuition, à l’histoire d’une association ou à l’urgence d’un moment. Mais la recherche montre qu’un même montant peut produire des effets très différents selon l’organisation choisie, parfois dix fois, cent fois, voire davantage.

 

Ce constat, loin d’être une critique du secteur associatif, est au contraire une invitation : et si quelques minutes d’information pouvaient renforcer l’efficacité réelle de nos dons ? Et si s’informer devenait l’un des leviers les plus puissants de solidarité ?

Ce que dit la recherche : des écarts d’impact impressionnants, chiffrés et documentés

Contrairement à une idée largement répandue, deux associations engagées sur une même cause n’ont pas nécessairement un impact comparable.

Les données synthétisées par des évaluateurs spécialisés montrent que l’efficacité des organisations peut varier d’un facteur 10 à 100, et parfois bien au-delà.

  • Les associations les plus efficaces parviennent, selon les analyses, à sauver ou transformer une vie pour quelques milliers d’euros. Elles interviennent là où chaque euro permet d’obtenir des résultats tangibles et rigoureusement documentés.
  • À l’inverse, de nombreuses organisations obtiennent des résultats plus limités pour le même montant. Leur action peut être plus coûteuse, moins documentée ou simplement moins efficace dans le contexte où elles interviennent. Dans ce cas, l’amélioration apportée est dite « marginale ».
  • Les analyses du Happier Lives Institute vont « encore plus loin » : dans certains cas, les organisations les plus efficaces sont jusqu’à 3 500 fois plus impactantes que des structures pourtant très connues.

L’ordre de grandeur est vertigineux. Il signifie par exemple que donner 1 000 € à une organisation hautement efficace peut produire autant d’impact que 3 500 000 € donnés ailleurs.

Ces chiffres reposent sur des milliers d’heures d’évaluations indépendantes, réalisées par des équipes qui étudient les interventions les plus efficaces en santé mondiale, réduction de la pauvreté, bien-être animal, climat ou bien-être subjectif.

À travers leurs travaux, un message émerge : le montant compte, bien sûr, mais l’endroit où l’on choisit de donner peut multiplier l’impact réel de chaque euro.

BeforeYouDonate.org : une lettre ouverte qui invite à s’informer avant de donner

Pour rendre ces écarts d’impact visibles et compréhensibles par le grand public, une lettre ouverte, signée par un prix Nobel d’économie, des scientifiques, des philosophes, des athlètes et d’autres personnalités publiques a été publiée.

La lettre s’appuie notamment sur les travaux d’évaluateurs indépendants comme GiveWell, Founders Pledge, Animal Charity Evaluators, EA Funds, Giving Green ou le Happier Lives Institute, qui cumulent plus de 70 000 heures de recherche chaque année pour analyser l’efficacité des interventions caritatives.

Ces analyses permettent d’identifier des actions dont l’impact est rigoureusement documenté, par exemple :

  • la distribution de moustiquaires imprégnées contre le paludisme (Against Malaria Foundation) ;
  • l’accélération de l’innovation en énergie propre (Clean Air Task Force) ;
  • la pression sur les géants de l’agroalimentaire pour améliorer les conditions d’élevage (The Humane League) ;
  • la supplémentation en vitamine A pour prévenir la cécité et réduire la mortalité infantile (Helen Keller Europe).

Ces exemples illustrent la même idée : les données existent, elles sont accessibles, et elles permettent aux donateurs de savoir quelles actions transforment réellement le plus de vies.

 

L’objectif n’est pas de dire aux personnes pour qui ou pourquoi donner, mais de leur offrir des repères solides pour choisir, au sein d’une même cause, les organisations dont l’efficacité est la mieux documentée.


En France : une générosité massive… mais loin de son potentiel réel

En France, le constat est clair : la générosité est forte, constante, profondément ancrée. Mais elle pourrait avoir un impact bien plus important si une partie des dons était orientée sur la base de données transparentes et accessibles.

Romain Barbe, fondateur de Mieux Donner, illustre cette tension avec une remarque éclairante :

« Nous passons des heures à comparer des produits, lire des avis et analyser les prix lorsqu’il s’agit d’achats personnels. Pourtant, lorsqu’il s’agit de donner à une association, nous le faisons presque toujours sans vraiment nous intéresser à l’impact réel de notre don. »

Ce décalage en dit long. Là où nous appliquons un esprit critique pour choisir un ordinateur, une poussette ou un forfait mobile, nous adoptons souvent une approche émotionnelle ou intuitive pour nos dons, sans savoir que ces choix peuvent transformer radicalement le nombre de vies changées.

C’est précisément cette friction que nous cherchons à réduire en France.

En s’appuyant sur les évaluateurs indépendants cités plus haut, nous permettons :

  • d’identifier les organisations dont l’impact est rigoureusement documenté,
  • de faciliter le passage à l’action,
  • d’offrir une transparence accrue aux personnes qui souhaitent donner.

L’enjeu est de faire évoluer les pratiques du don en s’appuyant sur des preuves plutôt que sur l’intuition seule.

Une mobilisation internationale inédite : scientifiques, philosophes, sportifs, personnalités publiques

L’initiative BeforeYouDonate s’inscrit dans un mouvement plus large : une lettre ouverte internationale signée par de nombreuses personnalités reconnues, parmi lesquelles :

  • Michael Kremer (Prix Nobel d’économie),
  • Franck Ramus (CNRS – ENS),
  • Rachel Glennerster (Center for Global Development),
  • Peter Singer (Princeton),
  • Toby Ord et William MacAskill (philosophes, pionniers de l’altruisme efficace),
  • Marcus Daniell et Hugo Inglis (athlètes olympiques),
  • Rutger Bregman (historien),
  • Liv Boeree (championne de poker et grande donatrice).

Dans cette lettre ouverte, les signataires rappellent que :

  • les écarts d’efficacité atteignent souvent ×100, et parfois bien plus ;
  • les dons de fin d’année pourraient sauver bien davantage de vies s’ils étaient mieux orientés ;
  • la recherche fournit aujourd’hui des outils clairs pour savoir quelles actions ont l’impact le plus élevé ;
  • mieux s’informer permet, très concrètement, de sauver bien plus de vies.

Le message central est limpide :

« Ne nous contentons pas de donner. Donnons efficacement. »

Pourquoi cette approche peut transformer notre manière de donner

Mettre l’accent sur l’efficacité des dons ne vise pas à remplacer l’émotion, la fidélité ou l’engagement personnel, qui sont des moteurs puissants de générosité.

 

Il s’agit plutôt de proposer un complément : une couche de discernement qui permet de transformer un geste généreux en un impact mesuré et traçable.

On observe trois effets :

 

1. Une meilleure compréhension des enjeux mondiaux

Les données présentées par les évaluateurs permettent de saisir les ordres de grandeur entre différentes interventions, leurs coûts, leurs limites, et les raisons pour lesquelles certaines approches sauvent plus de vies que d’autres.

 

2. Une confiance accrue dans ses dons

Savoir que son soutien repose sur des preuves solides réduit la crainte de “mal donner” ou d’être influencé par le marketing davantage que par les faits.

 

3. Une générosité plus efficace collectivement

Si davantage de personnes connaissaient ces données, même une part modeste des dons de décembre pourrait changer des centaines de milliers de vies supplémentaires.

Mieux Donner : la porte d’entrée pour les personnes qui veulent agir là où c’est le plus utile

Nous permettons aux personnes d’accéder facilement aux analyses des évaluateurs indépendants et d’orienter leurs dons vers les organisations dont l’impact est le mieux documenté.

L’objectif est simple : offrir à chacun les informations qu’il aurait aimé avoir avant de donner, et rendre l’expérience de don plus claire, plus confiante et plus efficace.

Nous sommes une boussole pour toutes les personnes qui souhaitent que chaque euro contribue au plus grand nombre de vies changées. Grâce à une sélection rigoureuse d’organisations et à une présentation pédagogique des données, nous facilitons le passage à l’action pour les individus qui veulent s’appuyer sur des preuves plutôt que sur l’intuition seule.

Et si quelques minutes d’information permettaient de changer cent fois plus de vies ?

À l’approche des fêtes, notre générosité devient une force précieuse. Et elle peut prendre encore plus d’ampleur si nous prenons un bref moment pour nous informer.

 

Les données existent, elles sont accessibles, et elles montrent des écarts d’efficacité considérables entre les actions menées par différentes organisations.

 

Alors, avant de donner, appuyons-nous sur ce que la recherche met à notre disposition.

 

Et posons-nous une question simple : si votre don de fin d’année pouvait changer dix, cent ou mille fois plus de vies, auriez-vous envie de le savoir ?

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