Face au changement climatique, deux réflexes reviennent souvent : compenser ses émissions, ou donner à des associations qui s'attaquent au problème à la source.
Le premier déçoit plus qu'on ne le pense : 85 à 90 % des projets de compensation carbone ne délivrent pas les réductions d'émissions promises[1]. Le second peut au contraire démultiplier l'impact d'un don : bien choisir son association permet d'avoir jusqu'à cent fois plus d'impact. Bien choisir compte plus que beaucoup donner. Reste à savoir comment s'y retrouver parmi des dizaines de milliers de projets climat : la réponse tient en deux mots, Giving Green. Chaque année, cet organisme de recherche passe au crible des dizaines de stratégies et de nombreuses associations climat, pour n'en recommander qu'une poignée[2]. C'est sur ce tri que reposent nos recommandations climat. Cet article explique qui ils sont, et comment leur filtre fonctionne.
Fondé en 2019 aux États-Unis, Giving Green est un organisme de recherche indépendant qui analyse les stratégies de réduction des émissions de gaz à effet de serre. L'homme derrière le projet s'appelle Dan Stein. Économiste passé par la Banque Mondiale, puis économiste en chef d'IDinsight, une organisation spécialisée dans l'évaluation d'impact, il voyait autour de lui des gens prêts à donner pour le climat, mais perdus devant la complexité du sujet. C'est au sein d'IDinsight qu'il lance Giving Green, pour chercher à leur place ce qui évite le plus d'émissions par euro donné. Sept ans plus tard, les chiffres donnent la mesure du chemin parcouru :
Source : Giving Green, About Us[3]. Dons individuels de 30 centimes à 10 M$.
Deux principes fondamentaux rendent cette recherche crédible. D'abord l'indépendance totale : Giving Green n'accepte aucun financement des associations qu'il évalue ou recommande, ce qui écarte le conflit d'intérêts le plus évident[4]. Ensuite la transparence : toute la méthodologie et toutes les évaluations sont publiques, incertitudes comprises. L'équipe tient même une page « nos erreurs » où elle documente ses propres erreurs[5].
L'analyse d'impact climatique est un métier à plein temps qui demande des compétences scientifiques et économiques pointues. Il faut modéliser les émissions évitées, comparer des stratégies aussi différentes qu'une campagne de plaidoyer et un programme de R&D, et réviser ses conclusions quand les données changent. L'équipe de recherche de Giving Green y consacre des milliers d'heures chaque année[4].
Plutôt que de dupliquer ce travail en interne, nous collaborons directement avec leurs équipes, échangeons régulièrement sur leurs modèles et traduisons cette rigueur pour le public francophone. Une discussion revient d'ailleurs souvent entre nous : comment présenter le repère « 1 dollar donné, environ 1 tonne de CO₂ évitée » sans gommer l'incertitude qui l'entoure ? C'est ce genre d'échange qui nous permet de traduire leur recherche sans la trahir.
Il y a aussi une parenté de trajectoire : Giving Green a été incubé par Charity Entrepreneurship (aujourd'hui Ambitious Impact) en 2020, le même programme par lequel Mieux Donner est passé[6].
De nombreuses associations suivies, une poignée recommandées chaque année[2] : le processus fonctionne comme un entonnoir.
Ce dernier point mérite d'être souligné : le processus ne s'arrête jamais. Une recommandation Giving Green est une photographie annuelle, pas un label acquis pour toujours.
L'entonnoir en action : le cas Clean Air Task Force.
Le plaidoyer pour des politiques climatiques est identifié comme une des stratégies les plus prometteuses (étape 1) et tient les trois critères d'évaluation (étape 2). Parmi les associations actives sur ce terrain, Clean Air Task Force entre dans la longue liste (étape 3). L'évaluation approfondie confirme son bilan, des réformes du méthane en Europe aux crédits d'impôt américains pour les énergies propres, et documente précisément son besoin de financement, notamment pour son programme de géothermie des roches très chaudes[8] (étape 4). Résultat publié et réexaminé chaque année : CATF figure parmi les recommandations de Giving Green depuis 2020, et la liste 2025-2026 en vigueur le confirme[9] (étape 5).
Pour évaluer si une association vaut le coup, ils regardent trois critères fondamentaux[10] :
L'ampleur : le levier est-il assez gros ? Combien ce problème contribue-t-il au changement climatique, et combien cette stratégie pourrait-elle éviter d'émissions ? Une action parfaitement exécutée sur un levier minuscule restera un petit impact.
La faisabilité : a-t-on des chances d'y arriver ? Une stratégie peut être énorme sur le papier et bloquée dans les faits. Giving Green évalue la probabilité qu'elle aboutisse réellement, en se demandant ce qui se passerait de toute façon sans ce financement. C'est le même réflexe contrefactuel qui disqualifie la plupart des compensations carbone : financer ce qui serait arrivé sans vous, ce n'est pas de l'impact.
Le besoin de financement : l'argent manque-t-il vraiment ? Une stratégie déjà couverte par des milliards de financements publics et privés n'a pas besoin de votre don. Votre euro a le plus d'impact là où il est rare : c'est la logique du don à la marge.
Aucun des trois critères ne suffit seul. Les recommandations finales sont les stratégies, puis les associations, qui tiennent les trois à la fois. Giving Green complète cette grille avec des analyses coût-efficacité, un outil de plus pour vérifier que l'estimation tient la route, même quand les paramètres restent incertains.
Les 3 critères appliqués à un cas réel : la géothermie nouvelle génération
|
L'ampleur
|
Une électricité stable et sans carbone, complémentaire du solaire et de l'éolien, mobilisable dans le monde entier. |
|
La faisabilité
|
Le plaidoyer et la réduction des risques des premiers projets peuvent faire baisser les coûts plus vite que sans philanthropie. |
|
Le besoin de financement
|
Secteur historiquement sous-financé par le privé : coûts initiaux élevés, risques importants. Le don reste additionnel. |
| Résultat : deux associations de cette stratégie recommandées : CATF et Project InnerSpace, spécialiste de la géothermie mondiale. | |
Source : Advancing Next-Generation Geothermal Energy, Strategy Report, Giving Green (nov. 2024)[11].
Est-ce que Giving Green a tout résolu ? Absolument pas.
Et l'organisation est la première à le dire. Ses chercheurs se demandent en permanence si leurs choix restent les plus efficaces : des stratégies jugées prometteuses il y a quelques années ont été rétrogradées depuis, et chaque erreur est documentée publiquement sur leur page « nos erreurs »[5]. La critique vient aussi de l'extérieur, y compris de personnes proches du mouvement : en 2021, un contributeur du forum de l'altruisme efficace a contesté en détail plusieurs recommandations de l'époque, dont Sunrise Movement et les compensations carbone BURN et Climeworks[12]. Le fondateur a salué la démarche et répondu publiquement, point par point : il a reconnu certaines pistes d'amélioration et expliqué en détail les raisons de ses choix. Depuis, une partie des recommandations critiquées à l'époque ne figure plus parmi celles mises en avant par Giving Green, qui a recentré son travail loin des compensations carbone. C'est ce qu'on attend d'un évaluateur : chercher sans relâche où un euro supplémentaire aide le plus, quitte à changer d'avis.
Sur le terrain, les conclusions de Giving Green se déclinent en deux options distinctes.
Les Top Climate Nonprofits : une sélection volontairement courte, moins de dix associations par an, une ou deux par stratégie[2]. La liste 2025-2026 en compte cinq[9]. Giving Green ne les classe pas entre elles : elles sont présentées par ordre alphabétique, parce que l'équipe estime que l'incertitude ne permet pas de départager honnêtement des associations qui atteignent toutes son seuil de coût-efficacité, soit environ une tonne de CO₂ évitée par dollar en valeur espérée[13]. Clean Air Task Force et Good Food Institute, que nous recommandons, en font partie[9]. Nous ne relayons pas mécaniquement les cinq : notre sélection tient compte de ce qui est accessible aux donateurs et donatrices en France, et ces conditions évoluent. Vous trouverez la liste à jour et les modalités fiscales sur nos recommandations climat.
Le Giving Green Fund : un fonds commun pour qui préfère déléguer l'arbitrage. 100 % des dons sont reversés, sans frais de fonctionnement, et l'allocation est revue chaque trimestre en fonction des dernières recherches[4]. Le fonds a distribué 39,3 millions de dollars depuis 2022[4]. Il peut financer les Top Nonprofits, mais aussi des associations plus jeunes ou des opportunités urgentes qui ne rentrent pas encore dans la liste : Giving Green le considère comme son option à plus fort impact espéré, au prix d'une incertitude plus grande. Les montants donnent la mesure du sérieux du processus : les subventions annuelles vont de 800 000 à 4 millions de dollars pour les Top Nonprofits, et de 100 000 à 1 million pour les autres bénéficiaires, sélectionnés sur proposition détaillée, uniquement sur invitation[4]. Début 2026, ses subventions sont allées à des associations en Inde, en Belgique, au Royaume-Uni, au Canada, en Allemagne, en Corée du Sud et aux Pays-Bas[4] : une réponse concrète à l'objection « pourquoi donner à des structures américaines ? ».
En pratique, pour un don depuis la France, le plus simple reste de passer par nos recommandations climat : vous y trouverez la sélection à jour, les modalités fiscales, et vous soutenez les associations sélectionnées par Giving Green avec la réduction d'impôt française.
Donner pour le climat, ce n'est pas racheter ses tonnes de CO₂ comme on solde une dette. C'est financer des leviers : une réglementation qui s'applique à tout un continent, une technologie qui devient rentable dix ans plus tôt. Trouver les associations qui actionnent ces leviers demande des milliers d'heures de recherche. Giving Green fait ce travail, publie tout, et se corrige quand il se trompe. Le nôtre commence là où le leur s'arrête : vous permettre de soutenir ces associations depuis la France, simplement, avec le reçu fiscal. Le montant de votre don compte moins que sa destination. Et la destination, maintenant, vous la connaissez.
Soutenez les associations climat sélectionnées par Giving Green, avec le reçu fiscal français.
Voir nos recommandations climat →Pour creuser leur méthode, le processus de recherche complet de Giving Green est en ligne (en anglais).
Giving Green est un organisme de recherche américain fondé en 2019. Il identifie les stratégies et les associations qui réduisent le plus d'émissions de gaz à effet de serre par euro donné, et publie chaque année une liste courte de recommandations, les Top Climate Nonprofits.
Oui : Giving Green n'accepte aucun financement des associations qu'il évalue ou recommande. Toute sa méthodologie et toutes ses évaluations sont publiques, et l'équipe documente ses propres erreurs sur une page dédiée.
Les Top Climate Nonprofits sont une liste courte d'associations établies, revue chaque année. Le Giving Green Fund est un fonds commun : 100 % des dons sont reversés à un portefeuille d'associations réévalué chaque trimestre, incluant des structures plus jeunes à plus fort impact espéré mais plus incertaines.
Le plus simple est de passer par les recommandations climat de Mieux Donner : vous soutenez les associations sélectionnées par Giving Green tout en bénéficiant de la réduction d'impôt française.