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Parrainage d'enfant : est-ce le meilleur moyen d'aider un enfant ?

Parrainage d'enfant : est-ce le meilleur moyen d'aider un enfant ?

Le parrainage d'enfant séduit par le lien qu'il promet. Avant de vous lancer, regardons ensemble ce qu'il change vraiment pour l'enfant, qui le propose en France, et comment un même budget peut aider de façon mesurable.

Romain Barbe
Romain Barbe
Fondateur · Mieux Donner · Temps de lecture : 9 min
En bref
  • Le parrainage finance des programmes qui aident toute une communauté, pas un enfant en particulier.
  • Le lien affectif proposé est d'abord un outil de collecte, et il n'est pas toujours ce qu'il paraît.
  • Rien n'interdit de parrainer. Mais si votre but est d'aider le plus possible, d'autres dons ont un effet mesuré et vérifié.
  • Une idée d'approche : répartir ses dons en conscience entre ce qui touche le cœur et ce qui a le plus d'impact.

Comment fonctionne le parrainage d'enfant ?

Le principe est simple. Vous versez un don mensuel, souvent entre 30 et 50 €. En échange, une association vous attribue un enfant : un prénom, une photo, parfois des lettres et un bulletin scolaire. Vous suivez son parcours, et l'engagement dure en général plusieurs années.

Un point est moins connu. Votre argent n'est pas remis à l'enfant ni à sa famille. Il est mutualisé pour financer des programmes de développement (école, santé, accès à l'eau) dont bénéficie toute sa communauté. L'enfant que vous parrainez en est le visage, pas le destinataire exclusif. Ce fonctionnement n'a rien d'illégitime, mais il change la façon de juger ce type de don.

Quelles associations proposent le parrainage d'enfant en France ?

Le parrainage est porté par des associations connues, souvent parmi les plus visibles du secteur. En voici les principales, avec ce qu'elles annoncent.

Asie du Sud-EstEnfants du Mékong
Association de parrainage depuis 1958 (Cambodge, Laos, Vietnam, Philippines et pays voisins). Elle annonce plus de 24 000 enfants parrainés5.
Réseau mondialVision du Monde (World Vision France)
Parrainage à partir de 30 € par mois. L'association précise que le filleul et environ quatre autres enfants de sa communauté bénéficient des programmes6.
Droits de l'enfantPlan International France
Programmes centrés sur les droits des enfants et l'égalité pour les filles, dans de nombreux pays.
Sans soutien familialSOS Villages d'Enfants
Accueil et accompagnement d'enfants privés de soutien familial, en France et à l'international.
Réseau ChildFundUn enfant par la main
Parrainage individuel dans plusieurs pays, via le réseau international ChildFund Alliance.
ÉducationPartage, Aide et Action, Enfants d'Asie
Autres associations françaises proposant des formes de parrainage, souvent orientées vers l'éducation et le développement local.

Note fiscale : en France, ces dons ouvrent en général droit à une réduction d'impôt de 66 %, parfois 75 % pour les associations d'aide aux personnes en difficulté. Le détail est dans notre guide de la réduction fiscale des dons.

Nous pouvons penser que ces associations mènent de vrais programmes et supposer leur honnêteté. Mais ici, nous nous intéresserons à leur efficacité comparée, pas à leur bonne foi.

Parrainage d'enfant : le lien promis est-il réel ?

L'ESSENTIEL

Le parrainage crée un lien touchant, mais ce lien est d'abord un outil de collecte. Votre argent finance des programmes communautaires, pas un enfant en particulier, et l'efficacité de ce format est rarement mesurée.

Le lien, c'est le cœur de l'attrait du parrainage. C'est aussi, très concrètement, ce que l'on vous vend. Il vaut donc la peine de se demander s'il correspond toujours à la réalité. Parfois oui. Parfois beaucoup moins.

Un dispositif pensé d'abord pour collecter

Le parrainage individuel n'a pas été inventé parce que c'était la meilleure façon d'aider un enfant. Il a été inventé pour lever des fonds. Save the Children a lancé le parrainage individuel en 1920, pour aider les enfants après la Première Guerre mondiale1, et le principe n'a pas bougé depuis : associer un donateur à un visage, avec photos et lettres, pour créer le sentiment d'une relation personnelle. C'est un ressort de marketing du don particulièrement efficace.

L'économiste du développement David Roodman, qui a travaillé avec GiveWell, résume bien la tension2 : le parrainage doit entretenir l'expérience de connexion qui permet de récolter l'argent, quitte à ce qu'elle s'éloigne des réalités de la lutte contre la pauvreté. Le lien affectif n'est pas un effet secondaire du dispositif. C'est son moteur.

Un détail le confirme. Dans bien des cas, vous pouvez parrainer avec le montant de votre choix. Si le suivi de l'enfant dépendait vraiment de votre don, ce ne serait pas possible. En réalité, votre argent est mutualisé pour financer des programmes qui bénéficient à toute une communauté1. L'enfant qu'on vous attribue ajoute la connexion sentimentale qui vous fera, sans doute, continuer pendant des années. GiveWell parle à ce sujet d'une illusion du donateur.

Quand le lien a été, tout simplement, fabriqué

On peut légitimement se demander : au moins, ce lien, est-il vrai ? Pas toujours. Et il existe des cas où il a été mis en scène.

En 1998, une enquête d'un an du Chicago Tribune sur quatre grandes organisations de parrainage a mis au jour des pratiques troublantes3. Des donateurs ont continué de payer pour des enfants déjà morts, et des correspondances adressées aux parrains ont été falsifiées, y compris au nom d'un enfant décédé. Une famille a reçu pendant des années les vœux de Nouvel An d'un garçon du Mali mort depuis longtemps. Ailleurs, un enseignant a reconnu écrire lui-même la plupart des lettres censées venir des enfants, rémunéré quelques dollars par mois, sans toujours les consulter.

Nous ne prétendons pas juger ici chaque association telle qu'elle fonctionne aujourd'hui, car beaucoup ont réformé leurs pratiques depuis. Mais ces cas montrent que le lien promis peut, au moins parfois, être partiellement construit. À la question « est-ce au moins authentique ? », la réponse honnête est : pas systématiquement.

Le malaise du catalogue

Il y a un dernier point sur lequel nous sommes, chez Mieux Donner, franchement mal à l'aise. Sur certains sites, on choisit son enfant dans une sorte de catalogue : une photo, parfois l'âge, le sexe, le pays. On en choisit un selon nos préférences. Certaines vont plus loin et affichent, pour chaque enfant, depuis combien de jours il « attend » un parrain.

Le dispositif finit par suggérer une image qui, bien sûr, ne correspond pas au terrain : des équipes qui photographieraient les enfants d'un village, puis n'aideraient que les « élus », les autres patientant sur un site web. Ce n'est pas ainsi que les choses se passent. Mais c'est l'impression que crée le catalogue. Rien de neuf, d'ailleurs : dès les années 19804, des observateurs décrivaient des formulaires où le futur parrain cochait des cases pour choisir le sexe ou l'origine de « son » enfant.

Choisir un être humain comme on choisit un produit, pour nouer un lien affectif, en dit long sur la personne que le mécanisme cherche d'abord à satisfaire : le donateur.

Le vrai problème n'est pas le parrainage

Au fond, le parrainage n'est pas le coupable. Il révèle simplement quelque chose de nos dons : nous soutenons plus volontiers ce qui nous émeut que ce qui aide le plus. Si personne ne donne pour « payer des factures » parce que cela n'a rien d'émouvant, alors les associations continueront de vendre des parrainages pour financer ces mêmes factures. Plusieurs préféreraient se concentrer sur leurs activités les plus efficaces plutôt que de gérer la logistique des lettres. Mais le parrainage collecte mieux.

Ce que le parrainage offre

Un visage, des lettres, le sentiment d'un lien durable. Une forte satisfaction personnelle qui pousse à s'engager sur des années.

Ce que l'efficacité privilégie

Le maximum d'effet mesurable par euro. Moins de proximité affective, mais des vies protégées de façon vérifiable.

Cette récompense émotionnelle a un coût discret : elle peut nous faire passer à côté de l'essentiel. Face à un enfant qui porte un prénom et un visage, une question s'impose d'elle-même : comment ne pas l'aider ? Deux autres, plus importantes, passent alors au second plan. Quel est l'impact réel de ce don ? Pourriez-vous aider davantage autrement ?

Aider un enfant autrement : la question du nombre

Si votre intention première est d'aider des enfants, une question simple mérite d'être posée : combien d'enfants votre don peut-il aider ? Un parrainage coûte souvent autour de 30 € par mois, soit 360 € par an, pour une aide réelle mais diffuse, et dont l'efficacité est rarement mesurée.

À côté, certains programmes ont un effet prouvé pour un coût minuscule. La supplémentation en vitamine A revient à moins de 2 € par enfant et par an. Les essais cliniques attestent qu'elle réduit la mortalité infantile8, ce qui en fait l'un des programmes les plus efficaces au monde.

×100 Les programmes de santé les plus efficaces peuvent avoir jusqu'à cent fois plus d'impact par euro que d'autres interventions pourtant bien intentionnées10.

Autrement dit, pour un budget comparable à celui d'un parrainage, vous avez potentiellement la possibilité d'aider bien plus d'enfants. Pourquoi, alors, choisit-on quand même un seul enfant ?

Le biais de la victime identifiable

Un ressort très humain l'explique. Un visage, un prénom, une histoire nous touchent bien plus que des chiffres, même quand ces chiffres représentent cent fois plus d'enfants. Les psychologues appellent cela le biais de la victime identifiable. Ce n'est pas un défaut moral, c'est simplement la façon dont fonctionne notre attention. Mais en avoir conscience change la donne.

Le biais de la victime identifiable nous pousse à aider l'enfant que l'on voit. Pour un même budget, il y a souvent quatre-vingt-dix-neuf autres enfants que l'on ne verra jamais, et que l'on pourrait aider aussi.

Concrètement, une moustiquaire imprégnée coûte environ 5 € et protège deux personnes du paludisme pendant deux ans. Inscrire un enfant au programme de vaccination de New Incentives coûte une vingtaine d'euros. Pour celles et ceux que les chiffres intéressent, GiveWell estime le coût par vie sauvée entre environ 3 000 € pour la vaccination9 et 5 500 € pour les moustiquaires7. Le détail figure dans notre article pourquoi certaines vies peuvent être changées pour quelques euros, et l'écart d'impact selon l'association choisie y est expliqué.

Rien ne vous oblige à renoncer à ce qui vous touche. La méthode des trois paniers permet de garder une part pour le cœur, comme un parrainage, tout en dirigeant une autre part vers les dons à l'impact le plus élevé. L'essentiel est que ce soit un choix conscient.

Le parrainage n'est pas le coupable. Il révèle seulement une habitude : nous soutenons plus volontiers ce qui nous émeut que ce qui aide le plus.
Sources
  1. 1Sur l'origine (1920), la mutualisation des fonds et l'illusion du donateur : Child sponsorship. en.wikipedia.org (à remonter aux sources primaires : Save the Children, GiveWell).
  2. 2David Roodman, sur la tension entre expérience de connexion et lutte contre la pauvreté, cité dans Child sponsorship. en.wikipedia.org (à remplacer par la source Roodman / GiveWell d'origine).
  3. 3Chicago Tribune (mars 1998), The Miracle Merchants, enquête sur quatre organisations de parrainage. archive NYU (à remplacer par l'URL canonique du Tribune si disponible).
  4. 4Peter Stalker (1982), Please do not sponsor this child. New Internationalist. newint.org
  5. 5Enfants du Mékong, page parrainage. enfantsdumekong.com
  6. 6World Vision France (ex-Vision du Monde), page d'accueil et parrainage. worldvision.fr
  7. 7GiveWell, Against Malaria Foundation (coût par vie sauvée). givewell.org (chiffre à revalider à la date de publication).
  8. 8GiveWell, Helen Keller International, Vitamin A Supplementation. givewell.org (chiffre à revalider à la date de publication).
  9. 9GiveWell, New Incentives. givewell.org (chiffre à revalider à la date de publication).
  10. 10Sur l'écart d'efficacité entre interventions de santé mondiale : Toby Ord (2013), The Moral Imperative toward Cost-Effectiveness in Global Health, à partir des données DCP2. cgdev.org
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