Don efficace
L'impératif moral de viser l'efficacité des dons
Par Marie Dao et Camille Berger, 14 février 2025.
Camille Berger
Chef de projet · Mieux Donner · Temps de lecture : 10 min
Pourquoi viser l'impact est essentiel
Lorsqu'on fait un don, on cherche à améliorer le monde. Mais comment savoir si notre générosité a réellement un impact significatif ? Beaucoup répondent : "Ce qui compte, c'est d'agir" ou encore "Je préfère ne pas regarder les chiffres". Pourtant, ignorer l'efficacité de nos dons signifie potentiellement aider moins de personnes que ce que nous pourrions. Nous avons donc une responsabilité morale à mesurer, comparer et prioriser.
Un article clé sur l'importance de l'efficacité dans les dons
Dans son essai « The Moral Imperative Toward Cost-Effectiveness in Global Health », publié par le Center for Global Development, Toby Ord explore pourquoi l'évaluation de l'impact des dons est essentielle, en particulier dans le domaine de la santé mondiale.
Toby Ord est un philosophe de l'Université d'Oxford, connu pour son travail sur l'altruisme efficace. Dans cet article, il met en évidence une réalité troublante : certaines interventions caritatives peuvent être jusqu'à 100 fois plus efficaces que d'autres, ce qui signifie qu'un don optimisé pourrait sauver ou améliorer bien plus de vies qu'un don fait sans évaluation rigoureuse.
Selon Ord, l'analyse coût-efficacité est primordiale. En effet, elle compare différentes interventions en fonction du nombre de vies sauvées ou améliorées par euro dépensé. Cette analyse est à distinguer de l'analyse coût-bénéfice, qui se base sur ce que chaque personne réceptrice est prête à payer individuellement, et qui par conséquent survalorise les préférences des personnes riches. L'analyse coût-efficacité, au contraire, est impartiale sur ce critère.
L'analyse coût-efficacité aide à voir quel bénéfice pourrait être produit de manière causale si cet argent était dépensé pour différentes interventions – par exemple, sauver mille vies ou sauver dix mille vies. La seule comparaison qui est faite concerne ces avantages. La question de savoir si cela vaut ou non la peine de dépenser le budget pour sauver dix mille vies ne fait pas partie de l'analyse.
Un exemple frappant : chien-guide ou intervention chirurgicale ?
Avec un budget de 25 000 €, on pourrait soit former et fournir un chien-guide à une personne en Europe 1, soit financer des chirurgies pour guérir plus de 1 000 personnes de la cécité dans les pays en développement 2. Loin de dire que financer un chien-guide est "mauvais", cette comparaison illustre un point essentiel : nos ressources sont limitées. Si nous voulons augmenter notre impact, nous devons prendre en compte ces différences d'efficacité.
L'erreur de se fier à l'intuition
Nous sommes spontanément enclins à donner en fonction de l'émotion plutôt que de l'analyse. Nous favorisons les causes qui nous touchent personnellement ou qui sont présentées de manière marquante dans les médias. Mais l'impact réel d'un don ne se mesure pas à la force de l'émotion qu'il génère, mais bien à son efficacité concrète.
Ne pas mesurer l'efficacité signifie risquer d'investir dans des solutions qui aident peu, alors que d'autres peuvent sauver ou transformer des vies à grande échelle.
La responsabilité morale d'optimiser nos dons
Si nous avons le pouvoir d'aider 10 ou 100 fois plus de personnes avec la même somme, ne devrions-nous pas nous en soucier ? Certains diront que l'important est d'agir, peu importe l'impact mesurable. Mais si nous étions en charge de répartir un budget de santé publique ou de secours humanitaire, nous ne ferions pas au hasard : nous chercherions à sauver le plus grand nombre de vies.
Lorsque nous donnons, nous avons le même devoir. Notre générosité est précieuse, et pour qu'elle ait le plus grand effet possible, il est essentiel d'adopter une approche rigoureuse et informée.
Comment donner efficacement ?
- Se renseigner sur l'impact mesurable des associations : Certaines organisations, comme GiveWell, analysent l'efficacité des associations. Mieux Donner se base sur les comparaisons réalisées par ces associations pour recommander celles où votre don peut avoir le plus d'impact possible.
- Comparer les coûts et l'efficacité : Tout comme dans l'exemple du chien-guide, chaque euro donné peut avoir un impact très différent selon l'usage qui en est fait.
- Prendre en compte les différences de coûts entre les pays : Les interventions dans les pays à faibles revenus peuvent être bien plus efficaces en termes de vies améliorées ou sauvées.
Et pour ce qu'on ne peut pas mesurer simplement ?
Il est vrai que certaines actions caritatives sont difficiles à quantifier. Cependant, cela ne rend pas la tâche impossible :
- On peut essayer de mesurer autant que possible : Même dans des domaines où les mesures sont complexes, des différences d'efficacité significatives existent probablement.
- On peut utiliser des estimations approximatives : En l'absence de données précises, des calculs simplifiés peuvent fournir une indication utile.
- On peut mesurer des indicateurs indirects : Parfois, on peut évaluer des mesures corrélées à l'impact souhaité, ou se baser sur des critères tels que l'ampleur, le potentiel d'amélioration et le caractère négligé.
Conclusion : un choix à ne pas prendre à la légère
Mesurer et comparer l'impact de nos dons n'est pas une question de froide rationalité, mais bien une question de justice et de responsabilité morale. Si nous voulons réellement aider au maximum, nous devons évaluer les effets concrets de nos choix et ajuster notre générosité en conséquence. En fin de compte, un don bien choisi peut transformer bien plus de vies qu'on ne l'imagine.
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Notes et références
[1] https://www.chiens-guides-idf.fr/prix-chien-guide/
[2] Calculé depuis The Moral Imperative towards Cost-Effectiveness, dont la référence initiale est Cook et al. (2006), p. 954. 'Their figure is $7.14 per surgery and with a 77% cure ratio'