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Dons pour le changement systémique : définition et guide pour l'impact

Dons pour le changement systémique : définition et guide pour l'impact

Le changement systémique est l'une des ambitions les plus profondes que l'on puisse nourrir en tant que financeur ou financeuse d'associations : ne plus seulement soulager des souffrances immédiates, mais s'attaquer aux mécanismes qui les produisent. C'est une aspiration légitime, et les exemples historiques montrent qu'elle peut se concrétiser, de l'abolition de l'esclavage à l'accès à la contraception, des réglementations sur la qualité de l'air aux droits civiques.

Mais le concept de changement systémique soulève des questions sérieuses. Qu'est-ce qu'un changement systémique, exactement ? Comment le distinguer d'une action directe sur les conséquences d'un problème ? Et surtout : comment savoir, en tant que financeur ou financeuse, si une organisation qui revendique cette ambition a les outils pour la concrétiser ?

Chez Mieux Donner, nous avons étudié ces questions en nous appuyant sur la littérature académique, les recherches des principaux évaluateurs indépendants et l'analyse d'exemples documentés de changements à grande échelle. Ce guide est le résultat de ce travail.

Notre conviction : le spectre "traiter les conséquences / s'attaquer aux causes" n'est pas un spectre d'efficacité. Ce qui compte, c'est la rigueur avec laquelle une intervention est choisie et évaluée. Et il existe des outils concrets pour le faire.


Qu'est-ce que le changement systémique ?

Une notion sans définition stabilisée

Si l'on demande à dix responsables de fondation ce que "changement systémique" signifie précisément, on obtient dix réponses différentes. Ce flou n'est pas un hasard : le concept emprunte à de nombreux champs disciplinaires, pensée systémique, sociologie des mouvements sociaux, économie du développement, et n'a pas de définition institutionnelle reconnue.1

Ce que l'on peut dire, c'est qu'un consensus minimal existe autour d'une idée centrale : le changement systémique vise à modifier les mécanismes qui produisent un problème, et pas seulement ses manifestations visibles. Agir sur les causes plutôt que sur les conséquences. La chercheuse Donella Meadows a formalisé cette intuition en distinguant différents niveaux d'intervention dans un système : modifier ses paramètres (un taux, un seuil), changer ses règles (une réglementation, une loi), modifier ses boucles de rétroaction (des mécanismes d'évaluation ou de responsabilité), ou transformer les paradigmes qui le sous-tendent (les croyances et normes qui lui donnent sa légitimité). Plus on intervient haut dans cette hiérarchie, plus l'impact potentiel est profond, et plus l'attribution causale est difficile. Cette distinction intuitive est utile comme point de départ, mais elle est insuffisante à elle seule pour guider des décisions de financement.

Sur le financement pluriannuel et non restreint

Un argument courant dans les milieux philanthropiques défend que le changement systémique exigerait des financements pluriannuels et non restreints, accordés sans demande de résultats à court terme. Cette approche pointe des problèmes réels : des dons trop fléchés sur des livrables précis peuvent déformer la stratégie d'une organisation, et les frais de fonctionnement sont une condition nécessaire à l'impact.2

Mais le financement pluriannuel est une modalité, pas un critère de sélection. Même sur des projets de longue haleine, il est sain que les financeurs et les organisations se posent régulièrement la question : sommes-nous sur la bonne trajectoire ? Les nouvelles données convergent-elles vers le succès attendu ? Un financement peut être interrompu si de nouvelles données montrent qu'une autre intervention serait plus efficace. Ce n'est pas une défaillance. C'est une exigence de rigueur.

Ce que les grands mouvements historiques nous apprennent

L'histoire offre des exemples saisissants de changements systémiques réels et documentés. L'abolition de l'esclavage, l'accès des femmes au vote, la réglementation sur le tabac, l'éradication de la variole. Rutger Bregman, dans Ambition morale (Seuil, 2025), analyse ces transformations : elles ont été portées par des groupes restreints de personnes déterminées, qui ont combiné rigueur dans le choix de leurs cibles, pragmatisme dans leurs méthodes, et persévérance sur le long terme.

Ces mouvements ont aussi bénéficié, à des moments clés, de ressources privées substantielles. Les abolitionnistes britanniques ont été soutenus par des Quakers et des marchands convaincus, bien avant que l'État ne légifère. Le mouvement pour le droit de vote des femmes a compté sur des réseaux de financeurs privés pour ses campagnes, ses journaux et ses avocats. La pilule contraceptive et les premières recherches sur les vaccins ont pu avancer plus rapidement grâce à des fondations privées, avant que les États ne prennent le relais. Bregman en tire une leçon lucide : il serait plus sain de vivre dans un monde où les États prendraient ces enjeux à bras-le-corps avec des ressources publiques adéquates. En attendant ce monde, les ressources disponibles aujourd'hui peuvent contribuer à le rendre possible.


Le spectre conséquences / causes et pourquoi il ne dit rien sur l'efficacité

Une action directe peut générer des effets systémiques massifs

Prenons l'exemple le plus souvent cité comme archétype de l'aide directe : la distribution de moustiquaires imprégnées d'insecticide contre le paludisme. L'Against Malaria Foundation distribue des moustiquaires aux personnes à risque en Afrique subsaharienne. Difficile de faire plus concret, plus direct. Et pourtant.

Entre 2004 et 2019, les moustiquaires ont permis d'éviter environ 816 millions de cas de paludisme et de contribuer à sauver environ 4,8 millions de vies.3 À cette échelle, les effets cessent d'être seulement individuels. Des régions dont la population active n'est plus décimée par la maladie connaissent des gains de productivité documentés sur dix à vingt ans.3b Des enfants qui ne tombent plus malades restent à l'école plus longtemps. Une intervention médicale simple, répétée à grande échelle dans un domaine suffisamment négligé, peut transformer durablement la trajectoire d'une région entière. De plus, distribuer des moustiquaires à suffisamment grande échelle nous rapproche d'un monde où le paludisme serait éradiqué, ce qui constituerait en soi l'un des plus grands changements systémiques de santé publique de l'histoire.

La position de cette intervention sur le spectre conséquences / causes n'a pas déterminé son ampleur réelle. Ce sont son échelle, sa rigueur, et le caractère négligé du problème ciblé qui l'ont fait.

Le faux dilemme entre aide directe et transformation structurelle

Le débat "aide directe contre changement systémique" est l'un des plus récurrents dans les milieux philanthropiques. Il oppose souvent celles et ceux qui financent des interventions mesurables à court terme à celles et ceux qui veulent s'attaquer aux causes profondes. Cette opposition est compréhensible. Elle est aussi largement improductive.

Les organisations les plus efficaces documentées à ce jour opèrent à des positions très variées sur ce spectre. GiveWell recommande des interventions directes en santé mondiale parce que leurs données probantes sont exceptionnellement solides. Founders Pledge recommande des organisations de plaidoyer climatique parce que leur analyse du rapport coût / levier politique est convaincante. La question n'est pas où une organisation se situe sur ce spectre. La question est : a-t-elle des données probantes solides que ses actions contribuent à un changement réel, et comment le sait-elle ?

À quel endroit du graphique vous situez-vous ?

La méthode des trois paniers distingue les ressources que vous consacrez à vous-même et à vos proches, les causes qui vous tiennent à coeur personnellement, et les interventions qui permettent de faire la plus grande différence possible. C'est à vous de décider l'allocation — mais nous vous invitons à ne pas laisser le troisième panier vide.

Si vous choisissez de concentrer une partie de vos dons sur l'impact maximal, vous pouvez tout à fait vous spécialiser sur des démarches plus systémiques. Mais quelle que soit la position sur le spectre, le même constat s'impose : très peu d'organisations en France utilisent les méthodes de priorisation rigoureuses qui permettent d'identifier les interventions à fort impact. La plupart des acteurs intéressés par le changement systémique n'appliquent pas, et souvent ne connaissent pas, ces principes. Orienter des ressources vers une organisation systémique qui ne les applique pas est rarement l'utilisation la plus efficace de votre générosité.


Comment prioriser quand on ne peut pas tout mesurer

Les trois critères : ampleur, potentiel d'amélioration, caractère négligé

Face à des interventions très différentes les unes des autres, comment choisir ? Les évaluateurs indépendants les plus rigoureux, GiveWell, Founders Pledge, Coefficient Giving, convergent autour de trois critères que Mieux Donner utilise dans sa propre démarche de sélection.4

  • Ampleur : le problème touche-t-il un grand nombre de personnes, et à quelle profondeur ?
  • Potentiel d'amélioration : quelle part du problème peut être résolue efficacement avec les connaissances et les leviers disponibles aujourd'hui ? Évaluer ce critère, c'est identifier les points d'appui réels, pas les intentions.
  • Caractère négligé : quelle quantité de ressources est déjà consacrée à ce problème ? Un problème massivement financé offre peu de marge de contribution marginale. Un problème important mais délaissé peut être transformé par un financement modeste arrivé au bon moment.
Schéma des critères de priorisation Mieux Donner : ampleur, potentiel d'amélioration, caractère négligé

Des données probantes sans essai randomisé

Évaluer rigoureusement une intervention systémique ne signifie pas nécessairement disposer d'un essai randomisé contrôlé. Cette méthode est la référence pour tester des interventions médicales ou des transferts de ressources, mais elle n'est pas applicable à la plupart des actions de plaidoyer ou de transformation des normes sociales. On ne peut pas randomiser l'adoption d'une loi.

Ce que l'on peut faire, c'est construire un raisonnement rigoureux à partir de données convergentes. Pour évaluer un plaidoyer en faveur d'une taxation du tabac, par exemple, on peut combiner les données historiques sur l'effet des taxes sur la consommation, les modèles économiques disponibles, les études épidémiologiques sur les maladies liées au tabac, et une estimation de la probabilité de succès selon le contexte politique. Le résultat n'est pas une certitude. C'est une estimation raisonnée qui permet de comparer des options et de choisir avec discernement. L'imprécision n'est pas l'impossibilité de comparer.

Un exemple de référence : le plaidoyer sur la peinture au plomb

En 2020, une organisation de quelques personnes, incubée avec une dotation initiale de 60 000 dollars, a commencé à plaider pour des réglementations sur la peinture au plomb dans des pays à forte charge de morbidité : le Lead Exposure Elimination Project (LEEP).8 Son choix résultait directement des trois critères.

Sur l'ampleur : l'exposition au plomb tue environ 1,5 million de personnes par an, davantage que la tuberculose.9 Sur le caractère négligé : moins de 15 millions de dollars de financements philanthropiques lui sont consacrés annuellement pour un problème représentant environ 1% du fardeau mondial de la maladie.7 Sur le potentiel d'amélioration : 61% des pays n'ont aucune réglementation sur la peinture au plomb, et les gouvernements se sont montrés réceptifs aux données locales produites par LEEP.

Les résultats sont documentés : au Malawi, la part de marché des peintures contenant du plomb est passée de 67% à 24% entre 2021 et 2023. L'estimation préliminaire du coût par DALY évité est de 12 dollars, ce qui se compare favorablement aux interventions de référence en santé mondiale. C'est du changement systémique, une réglementation nationale modifiée de façon durable, appuyé sur une démarche de priorisation rigoureuse et des jalons mesurables. LEEP opère aujourd'hui dans plusieurs pays simultanément : c'est le passage à l'échelle de la preuve de concept qui rend le changement véritablement systémique à l'échelle mondiale.

Trois autres exemples à fort impact affectant le système

Normes sociales et contraception : Family Empowerment Media

Family Empowerment Media (FEM) diffuse des programmes radio au Nigeria pour corriger les idées reçues sur la contraception moderne. Son action vise les causes : le manque d'information et la stigmatisation qui freinent l'accès à des méthodes pourtant disponibles. Un essai randomisé conduit au Burkina Faso par J-PAL et IPA (Glennerster et al., 2022) sur un modèle similaire a montré une augmentation de 20% de l'utilisation de contraceptifs modernes, et 14% de femmes supplémentaires estimant qu'elles devraient contrôler le nombre d'enfants qu'elles ont.10 Ce dernier chiffre mesure un changement de norme sociale, pas seulement un comportement individuel.

Plaidoyer réglementaire : Clean Air Task Force

Clean Air Task Force a contribué à faire adopter la première réglementation majeure sur les émissions de méthane dans l'Union européenne, ainsi qu'à l'Inflation Reduction Act aux États-Unis en 2022.11 Cette seule réglementation a le potentiel de réduire de plus de 30% les émissions mondiales de méthane du secteur pétrolier et gazier, représentant 7% de toutes les émissions humaines. Ce type d'intervention modifie les conditions dans lesquelles opèrent des milliers d'entreprises, sans avoir à les atteindre une par une.

Renforcement de capacités : School for Moral Ambition

La School for Moral Ambition illustre comment appliquer les mêmes critères à des ambitions très systémiques. Pour définir ses domaines d'action, l'organisation a dressé une liste de plus de 30 problèmes mondiaux négligés, conduit environ 1 000 heures de recherche et mené des entretiens avec plus de 50 expertes et experts.12 Trois priorités ont émergé : la transition protéinique, la lutte contre l'industrie du tabac (8 millions de décès par an), et l'équité fiscale pour les ultra-riches. Le Tax Fairness Fellowship y place des professionnelles et professionnels pendant sept mois dans des organisations de justice fiscale, dans six pays. Ce programme n'a pas encore le recul pour être évalué sur ses résultats. Ce qui est évaluable, c'est la méthode qui l'a produit.


L'objection des causes des causes

"Tant qu'on ne change pas le système en profondeur..."

Une objection sincère revient souvent dans les milieux philanthropiques : "Distribuer des moustiquaires, financer du plaidoyer climatique, c'est bien, mais tant qu'on ne s'attaque pas aux structures économiques mondiales, aux rapports de domination ou au modèle de croissance, on ne fait que gérer les symptômes d'un système fondamentalement défaillant."

Cette objection pointe une vraie limite de certaines approches philanthropiques qui se satisfont d'un impact visible à court terme sans jamais interroger les mécanismes qui produisent les problèmes qu'elles traitent. Elle mérite d'être prise au sérieux.

Pourquoi cet argument peut mener à l'inaction

Le problème de l'argument des causes des causes, c'est qu'il n'a pas de fond. Chaque cause a elle-même une cause. Les inégalités économiques mondiales ont des racines historiques dans la colonisation. La colonisation a des racines dans des structures politiques et militaires. Ces structures ont des racines dans des dynamiques culturelles et institutionnelles. On peut remonter longuement.

Poussé jusqu'à sa conclusion logique, cet argument aboutit à une paralysie : aucune intervention ne vaut la peine tant que le système global n'a pas été transformé. Et comme cette transformation est un horizon lointain et incertain, on ne fait rien. Des enfants meurent de maladies évitables pendant ce temps.

Il y a aussi un problème épistémique sérieux. La question de savoir si tel ou tel système économique est la cause principale de la pauvreté mondiale est une question empirique complexe, sur laquelle les données disponibles ne permettent pas de trancher simplement. Ce n'est pas une raison de ne pas la poser. C'est une raison de ne pas en faire le préalable à toute action.

Viser l'utopie et agir maintenant

Rutger Bregman formule dans Ambition morale (Seuil, 2025) une posture qui tient ensemble l'ambition la plus radicale et l'action la plus rigoureuse : il serait effectivement plus sain de vivre dans un monde où les États prendraient à bras-le-corps la lutte contre la pauvreté, la mortalité infantile et le changement climatique, et où les ultra-riches paient leur part d'impôts. Ce monde vaut la peine d'être poursuivi. En attendant, les ressources disponibles aujourd'hui peuvent contribuer à le rendre possible, comme les abolitionnistes et les militantes pour le droit de vote l'ont fait avant nous.

"Il ne cède jamais à cette patience passive qui sert d'excuse à l'inaction. Il reconnaît que le changement social ne se produira pas du jour au lendemain, mais il agit malgré tout comme si ce changement était possible immédiatement." Martin Luther King, "Transformed Nonconformist"13

Pour un financeur ou une financeuse, cela se traduit concrètement : il est tout à fait cohérent de financer à la fois des interventions directes dont l'impact est démontré et des organisations de plaidoyer dont la méthode est rigoureuse. Ce n'est pas un compromis. C'est une stratégie cohérente, à condition que les deux types de financement reposent sur les mêmes exigences de rigueur.


Comment évaluer un projet qui revendique le changement systémique

Ce qu'une organisation sérieuse doit pouvoir expliquer

Face à une organisation qui revendique une ambition systémique, voici les questions concrètes à poser. Les organisations les plus rigoureuses les accueillent volontiers.

  • Le problème est-il clairement défini et délimité ? Une organisation sérieuse sait précisément quel problème elle cherche à résoudre, pour qui, et dans quel périmètre. Une réponse vague du type "transformer le système alimentaire" sans précision sur le levier ou la cible est un signal d'alerte.
  • La théorie du changement est-elle étayée à chaque maillon ? Une théorie du changement n'est pas un schéma décoratif. C'est un raisonnement dont chaque étape s'appuie sur des éléments convergents : données historiques, études comparables dans des contextes similaires, avis d'expertes et experts, résultats intermédiaires mesurés sur le terrain.14
  • Le problème a-t-il un caractère négligé ? Un problème massivement financé laisse peu de place à une contribution différenciée. Un problème important mais délaissé peut être transformé par un financement modeste arrivé au bon moment.
  • L'organisation mesure-t-elle sa progression vers des jalons intermédiaires ? Le changement systémique prend du temps, mais il est possible de suivre une progression. Une organisation de plaidoyer peut mesurer l'évolution des positions des décideurs ciblés, les avancées législatives obtenues, les nouvelles coalitions construites.
  • L'organisation est-elle honnête sur ses incertitudes ? Les meilleures organisations publient leurs hypothèses, leurs erreurs et leurs révisions. Cette transparence n'est pas une faiblesse : c'est le signe d'une organisation qui apprend.

Les signaux d'alerte

  • La confusion entre l'ambition et la méthode. Vouloir changer un système est une aspiration. Avoir une méthode crédible pour le faire est autre chose. Une organisation qui décrit avec précision le monde qu'elle veut construire, mais reste vague sur les mécanismes concrets par lesquels elle pense y contribuer, a confondu les deux.
  • La chaîne causale trop longue sans jalons intermédiaires. Plus la théorie du changement enchaîne d'étapes avant d'arriver à l'impact visé, plus il est difficile de vérifier que chaque maillon tient. Cela exige une attention particulière aux points de fragilité et à la façon dont l'organisation les surveille.
  • L'absence de contrefactuel. Une organisation qui attribue à sa seule action un changement qui aurait probablement eu lieu de toute façon surévalue sa contribution. Les organisations rigoureuses réfléchissent explicitement à la question : qu'est-ce qui se serait passé sans nous ?
Critère Projet rigoureux Projet rhétorique
Définition du problème Précise, délimitée Vaste, diffuse
Théorie du changement Explicitée, étayée à chaque maillon Présente en surface, sans données probantes
Caractère négligé Analysé et documenté Non traité ou revendiqué sans analyse
Jalons intermédiaires Définis et suivis Absents ou très généraux
Honnêteté sur les incertitudes Publique et assumée Minimisée ou absente
Contrefactuel Réfléchi et estimé Supposé sans analyse

Le rôle du financeur dans le système

Financer du changement systémique ne se résume pas à sélectionner les bonnes organisations. Un financeur peut aussi jouer d'autres rôles dans l'écosystème : produire ou financer des données manquantes qui rendent un plaidoyer crédible, construire des coalitions entre acteurs qui ne se parleraient pas sans lui, ou signaler à d'autres financeurs qu'un sujet négligé mérite attention. Ces rôles sont distincts et complémentaires.

Ils n'exemptent pas pour autant de la rigueur de priorisation. Financer de la production de connaissances sur un sujet, c'est aussi choisir ce sujet plutôt qu'un autre. La question de l'ampleur, du caractère négligé et du potentiel d'amélioration s'applique à chacun de ces rôles, pas seulement au choix d'une organisation à soutenir.


Ce que cela veut dire pour vos dons

Le changement systémique n'est pas une catégorie de financement supérieure à l'aide directe. C'est une ambition qui, comme toute ambition philanthropique, mérite d'être évaluée avec rigueur. Les organisations qui répondent sérieusement aux questions posées dans ce guide, quelle que soit leur position sur le spectre conséquences / causes, sont celles qui méritent d'être soutenues.

La bonne question à poser n'est pas "est-ce que cette organisation fait du changement systémique ?" mais "est-ce que cette organisation a des raisons solides de penser que ses actions contribuent à un changement réel, et comment le sait-elle ?" Cette question s'applique à une association qui distribue des moustiquaires comme à une organisation de plaidoyer fiscal international.

Ce que les exemples documentés dans cet article ont en commun, qu'il s'agisse de l'Against Malaria Foundation, de LEEP, de Family Empowerment Media ou de Clean Air Task Force, c'est une démarche identique : un problème clairement délimité, des données probantes sur les leviers d'action, une attention au caractère négligé de la cause, et des jalons mesurables pour suivre la progression. C'est cette démarche que Mieux Donner cherche à identifier dans ses recommandations d'associations.

Pour aller plus loin sur l'évaluation de l'impact, nous vous recommandons notre article sur l'analyse coût-efficacité et ses nuances, ainsi que notre méthode des trois paniers pour structurer une stratégie de don cohérente.


Vous souhaitez financer des organisations à fort impact ?

Mieux Donner sélectionne des associations dont les interventions, directes ou systémiques, reposent sur des données probantes solides et une démarche de priorisation rigoureuse.

Découvrir nos associations recommandées

Sources

  1. Gautier, A. et Spanu, M., "Vers une philanthropie de changement systémique en France", Tribune Fonda n°257, 2023. Ashoka x Fondation de France, enquête quantitative, juin 2021.
  2. Fondation de France, "Pas de philanthropie sans confiance", 2024. Ashoka x McKinsey, "Embracing Complexity : Towards a Shared Understanding of Funding System Change", 2020.
  3. Against Malaria Foundation / GiveWell, données 2004-2019, citées sur mieuxdonner.org/against-malaria-foundation.
  4. Bleakley, H., "Disease and Development : Evidence from Hookworm Eradication in the American South", Quarterly Journal of Economics, 2007. Voir aussi : Barofsky, J. et al., "Malaria eradication and economic outcomes in sub-Saharan Africa", NBER Working Paper, 2015.
  5. Berger, A., "Exploring Cause Prioritization in the Journal of Economic Perspectives", Journal of Economic Perspectives, vol. 38, n°2, printemps 2024, p. 63-82. Disponible sur coefficientgiving.org.
  6. OMS / UNICEF, données paludisme 2023. Citées sur mieuxdonner.org.
  7. Giving What We Can / LEEP, 2025 : givingwhatwecan.org/charities/leep.
  8. Berger, A., op. cit., figure 2 (comparaison fardeau de la maladie / financement philanthropique par cause).
  9. LEEP, "Introducing LEEP : Lead Exposure Elimination Project", EA Forum, octobre 2020 : forum.effectivealtruism.org.
  10. LEEP, "Seven things that surprised us in our first year working in policy", EA Forum, mai 2021. Open Philanthropy / EA Forum, "Announcing the Lead Exposure Action Fund", septembre 2024.
  11. Glennerster, R., Murray, J. et Pouliquen, V., "The Media or the Message? Experimental Evidence on Mass Media and Modern Contraception Uptake in Burkina Faso", J-PAL / IPA, 2022. Préprint disponible sur cepr.org.
  12. Clean Air Task Force / Mieux Donner : mieuxdonner.org/clean-air-task-force. Founders Pledge, Climate Change Fund impact report, 2022.
  13. School for Moral Ambition, site institutionnel, 2024-2025 : moralambition.org.
  14. King, M.L., "Transformed Nonconformist", in A Gift of Love : Sermons from "Strength to Love" and Other Preachings, Boston, Beacon Press, 2012, p. 18. Cité dans Bregman, R., Ambition morale, Seuil, 2025.
  15. Charity Entrepreneurship, "Nailing the basics : Theories of change", EA Forum, juillet 2023 : forum.effectivealtruism.org.